Un cantique pour Leibowitz : le cycle ininterrompu du temps ?

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« Sommes-nous condamnés à faire et à refaire toujours la même chose. N’avons-nous d’autres choix que de jouer les Phoenix, en une suite éternelle de chutes et de renaissances. L’Assyrie, Babylone, l’Egypte, la Grèce, Carthage, Rome, l’Empire de Charlemagne, l’Empire Turc. Réduits en poussière, labourés, semés de sel. L’Espagne, la France, l’Angleterre, l’Amérique. Brûlées, oubliées depuis des siècles. Toujours la même chose, encore, et encore et encore. »

Dans ce roman de Walter M. Miller, notre monde a subi les affres d’une guerre nucléaire entre grandes puissances. A l’instar du déclenchement de la 1ere guerre mondiale, certains gouvernements ont cédé à un coup de bluff raté (« jamais mon voisin n’osera »). On ne peut s’empêcher alors de penser à cette phrase de Clark dans Les somnambules : « En ce sens, les protagonistes de 1914 étaient des somnambules qui regardaient sans voir, hantés par leurs songes mais aveugles à la réalité des horreurs qu’ils étaient sur le point de faire naître dans le monde » (voir Centenaire de la Première Guerre mondiale – Leçons d’histoire 1/2 : Suicide collectif). Ainsi, naquit le drame. « Les Retombées » dans le roman.

La science et le savoir, coupables de s’être compromis dans cette entreprise, se voient pourchassés, balayés de par le monde. L’humanité veut rejeter l’objet de sa perte, faute de pouvoir s’exclure elle-même.

Et c’est dans ce contexte que débute Un cantique pour Leibowitz. On y suit sur 3 périodes la vie d’une abbaye entièrement consacrée à la (re)copie des rares manuscrits ou extraits ayant survécu de la période passée. Le savoir est ici vu comme un objet sacré qu’il faut préserver à tout prix. Dans cette première phase, le monde est encore plongé dans les ténèbres et l’entreprise des moines apparaît bien vaine. Dans la deuxième phase, une nouvelle renaissance a lieu, la science avance vite, mais la guerre fait rage. Dans la dernière phase, les tensions internationales atteignent un nouveau paroxysme. La guerre n’a jamais semblé aussi proche. Le pire est-il à venir ?

Ce roman mérite assurément qu’on s’y attarde. Si les thématiques sont connues (le caractère mortel des civilisations, les dangers de la science et du progrès, …), elles sont ici bien servies par la trame de l’histoire, et par le positionnement de ces personnages.

On retrouve cette place de la guerre autodestructrice et une fin similaire dans la suite de La Planète des singes de 1968 (Le secret de la planète des singes). Alors que le premier film se terminait avec une image forte, montrant l’hubris humaine (voir Le questionnement de la nature humaine : La planète des singes), le second volet s’achève avec le déclenchement d’une bombe. Bombe nucléaire dont on comprend qu’elle a certainement joué un rôle dans la destruction de la civilisation antérieure.

Faute d’intervention, le cycle se répète. Si salut, il viendra d’ailleurs (le départ des 2 singes dans La Planète des singes ; le départ d’une colonie dans ce roman).

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