Oscars : au bal des faux semblants

Une curieuse manie semble s’être emparée de l’Académie des Oscars. C’est presque devenu une obsession au point d’en être devenue grotesque. Pour obtenir la statuette, il suffit d’incarner une personne ayant réellement existé. Oscar assuré à la clé.

A titre d’exemple sur les années 2010, pour l’Oscar du meilleur rôle masculin, 6 fois sur 10, la récompense a été attribuée à un acteur ayant interprété une personne existante (2011, Colin Firth pour George VI ; 2013 Daniel Day-Lewis pour Abraham Lincoln ; 2014 Matthew McConaughey pour Ron Woodroof ; 2015 Eddie Redmayne pour Stephen Hawking ; 2018 Gary Oldman pour Winston Churchill ; 2019 Rami Malek pour Freddy Mercury). On trouvait déjà des prémisses de cette manie dans les années 2000 avec notamment une triplette entre 2005 et 2007 (Jamie Foxx pour Ray Charles ; Philip Seymour Hoffman pour Truman Capote & Forest Whitaker pour Idi Amin Dada).

Désintérêt des studios pour les femmes célèbres, on retrouve beaucoup moins de biopics portés sur le grand écran et consacrés à une personne de sexe féminin. Cela n’empêche pas toutefois de remporter la timballe lorsque le film voit le jour, comme 2012 Meryl Streep pour Margaret Tchatcher. On notera aussi une jolie triplette entre 2006 et 2008 : Reese Witherspoon pour June Carter ; Helen Mirren pour Elisabeth II ; Marion Cotillard pour Edith Piaf.

On peut certes comprendre la volonté de saluer la performance artistique qui efface l’interprète derrière la personne qu’il incarne. Il y a évidemment la voix (de l’élocution à l’accent), mais aussi souvent un brin de maquillage voire une transformation complète. Sans parler de ces acteurs qui doivent en plus savoir chanter (et si possible de façon ressemblante).

On se doute que le fait de revoir une copie de quelque chose qu’on connaît déjà facilite en bonne partie son appréhension. On sait que cette personne a existé. Cela aide certainement à l’identification par le public et la critique.

Pour autant, est-il toujours plus impressionnant de savoir incarner une personne ayant réellement existé que d’incarner de toute pièce un personnage qui n’a aucune prise avec la réalité ? Car malgré les consignes du scénariste et du metteur en scène, celui qui donne vie et vraisemblance au personnage reste l’acteur.

C’est évidemment source de discussions et de débats. Mais, cette systématisation à récompenser les performances qui copient une personne réelle oublie la difficulté à inventer, à rendre réel un personnage qui ne l’est pas du tout, à ce qu’on puisse s’identifier à lui, parce qu’on pense qu’il peut exister. 

Plutôt qu’une copie, ne devrait-on pas privilégier plus souvent une version originale ? 

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