L’Union européenne fait-elle toujours envie ?

IMGP0729

A l’occasion d’un entretien accordé au journal Le Monde, Français Hollande, alors président, estimait que « la plus grande menace qui pèse sur l’Europe, c’est de ne plus être aimée». Cette sentence de la part d’un homme qui s’y connaît en terme de désamour a le mérite de rappeler l’importance du consentement des citoyens dans un projet au-delà de la nature particulière du projet. Pour paraphraser Ernest Renan, dans son célèbre discours Qu’est ce qu’une nation ? prononcé à la Sorbonne  la fin du XIXe siècle, l’Union européenne doit être un « plébiscite de tous les jours. »

Or, les récents sondages témoignent d’un rejet grandissant de l’Union européenne auprès de ses propres citoyens.

Pourtant, l’utilisation du terme « plus » par l’ex-Président semble indiquer que la situation a changé, ce qui sous-tendrait que l’Union européenne ait fait un jour envie. Ce doute peut apparaître provocant. Pourtant, il ne faudrait pas négliger le peu d’attrait qu’a suscité l’Union au sein de la population, entre des politiques considérées comme « économico-centrées » et une extension sujette à caution.

Néanmoins, l’Union semble encore enviée à l’étranger. Il suffit pour s’en convaincre de voir les nombreux candidats à l’adhésion. Se pose alors la question du terme « envie ». Peut-on avoir envie de quelque chose qu’on a déjà ? Cette problématique n’est pas anodine et peut expliquer cette sentence de J. Delors « La demande d’Europe est beaucoup plus forte à l’extérieur qu’à l’intérieur de nos pays. ».

En effet, les politiques européennes sont rejetées par une partie de la population, alors qu’elles attirent les pays étrangers. Les valeurs européennes ne séduisent pas les citoyens européens, mais sont parfois reprises aux frontières de l’Union.

Comment expliquer alors la situation paradoxale d’une Union européenne dont le poids sur la scène internationale ne cesse de grandir, mais dont l’intérêt à son égard par ses propres citoyens semble sans cesse diminuer ?

I) L’Union européenne au niveau international : un modèle de coopération régionale reconnu autres Etats

A) Un modèle parfois raillé, souvent imité

  • Nombreuses critiques :

    • absence (ou grande difficulté) de gouvernance de la zone euro

    • Absence (ou grande difficulté) de prise de position commune en politique étrangère

    • Question sur le leadership (« L’Europe ? Quel numéro de téléphone? » H. Kissinger)

  • Un exemple d’organisation régionale réussie

    • Un exemple d’organisation régionale (ex : Union eurasienne lancée par le président russe)

  • Volonté d’Etats tiers de conclure des accords commerciaux avec l’Union, plutôt qu’avec ses Etats membres.

B) Un modèle toujours attractif

  • Nombreux candidats à l’adhésion (ex : Turquie depuis presque 50 ans, même le Maroc a tenté sa chance)

  • Volonté d’Etats tiers d’appartenir d’une certaine manière à cet ensemble (ex : les Etats de l’AELE, la Suisse avec des accords spécifiques, la Turquie avec notamment l’Union douanière, ….)

II) L’Union européenne au niveau interne : une organisation d’union des peuples en partie décriée par ses citoyens

A) Une organisation a priori en perte de vitesse :

  • Origines de l’Europe par la guerre → Origines trop lointaines désormais

  • Place majeure de l’économie (ex : « On ne tombe pas amoureux d’un grand marché » J. Delors)

  • Système complexe d’organisation et de méthodes (« Pour étudier une telle machine, ce doit être une grande joie pour un admirateur des inventions techniques, mais pour moi, dont l’intérêt dans le monde n’est pas satisfait par l’admiration des machines bien huilées, quelque chose manque sérieusement, quelque qui pourrait être appelé, dans une manière simplifiée, une spirituelle, ou morale ou émotionnelle dimension. Le traité s’adresse à ma raison, mais non à mon coeur. » Vaclav Havel)

  • Rejet d’une partie des citoyens

B) Une organisation à réinventer

  • Peu de peuples européens veulent réellement abandonner le projet européen (ex : les Grecs n’ont pas voulu sortir de l’euro)

  • Certains peuples arborent les valeurs de l’UE (ex : en Ukraine)

  • Faible espérance générale dans les institutions (Etat, hommes politiques, presse…) Problème car l’Europe est moins ancrée qu’eux. Nécessité de trouver de quoi les réunir

  • Importance de trouver de nouveaux projets

 

« Qui aurait pu imaginer que le premier peuple dans l’histoire à mourir pour pouvoir agiter fièrement le drapeau de l’Union européenne serait les Ukrainiens, citoyens d’un pays qui n’était même pas membre de cette Union ? » Srdja Popovic, Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit et sans armes ?

Finalement, ne faudrait-il pas voir cette dualité international/interne comme le couple désir/relation ? En effet, dans le premier cas, les États tiers ont tendance à désirer quelque chose qu’il leur est extérieur. A l’inverse, dans le second cas, comme souvent dans une relation amoureuse, la passion des débuts fait place peu à peu à des sentiments plus raisonnables.

J. Monnet ouvrait ses Mémoires par cette sentence : « Nous ne coalisons pas des États, nous unissons des hommes. » Reste désormais à définir sur quoi. Pour reprendre le titre d’une pièce de Luigi Pirandello

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s