Élections américaines : la démocratie outragée

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Qui est surpris ? 

Mercredi 7 janvier, plusieurs centaines de personnes chauffées à blanc par leur capitaine en chef, Donald Trump, ont investi par la force le Congrès américain, interrompant la session de certification de l’élection américaine 2020.

Certains ont semblé surpris de découvrir le résultat d’une escalade progressive de dénégations continues et d’affirmations péremptoires. Déjà, aussi bien aux Etats-Unis qu’ailleurs dans le reste du monde, d’un sénateur républicain au leader de l’extrême droite néerlandaise, une partie des soutiens de Donald Trump se sont désolidarisés. Prise de conscience collective mais prise de conscience tardive et partielle. 

Tels des enfants qui ont joué avec une étincelle et ont embrasé la maison toute entière, les populistes pyromanes se découvrent soudain pompiers. Ces incendiaires ont beau avoir mis le feu aux poudres, ils découvrent soudain les conséquences de leurs actes. On attend encore que le parti de Marine Le Pen et ses anciens cadres de Florian Philippot à Jean Messiah se désolidarisent de l’extrême-droite américaine. Sauf à soutenir de facto la sédition. Curieux pour un parti défendant la loi et l’ordre

Le soufflé de colère est certes retombé, mais il persistera longtemps un climat particulier. 

Evidemment, le discours de haine et de peur porté par certains candidats n’est pas sans conséquence. L’affirmation de propos douteux au plus haut niveau finit par déteindre à chaque échelon d’une collectivité. Lorsque les digues cèdent, c’est souvent parce qu’un torrent s’est soudain déversé sur la ceinture de protection. Les responsables politiques comme la presse, ont une grande part de responsabilité dans cette dérive. Un parallèle peut d’ailleurs être établi avec Le complot contre l’Amérique de Philip Roth (voir Uchronie littéraire : Le complot contre l’Amérique). Dans cet ouvrage uchronique, l’auteur décrit une réalité alternative où Charles Lindbergh aurait été élu à la place de Franklin D. Roosevelt. Par la seule force du discours du nouveau gouvernement américain, les brimades et vexations se multiplient à l’encontre des minorités. Prélude au pire ? Un ultime sursaut permet d’éluder la question.

A l’heure actuelle, il est difficile de poursuivre le parallèle tant le recul manque pour savoir si les violences tiennent davantage de réactions épidermiques ou de comportements durables. Rappelons quand même que lors de la campagne du Brexit en 2016, une députée, Joe Cox, avait été assassinée pour ses convictions proeuropéennes (à lire, le compte-rendu du Monde sur le procès : ici). Rappelons aussi que des débordements similaires avaient pu avoir lieu au cours de certaines manifestations des Gilets jaunes.

L’extrémisme aboutit toujours à la violence, faute de pouvoir s’imposer par la voie démocratique. Elle se pare juste des atours du « Bien » pour triompher sans mal. L’hystérisation des positions est pourtant le contraire d’un débat public qui doit conduire à modérer ses propos et trouver des compromis. Car oui, la vie en société ne conduit pas à imposer ses idées mais à les discuter ensemble, aboutissant généralement à une voie intermédiaire.

Cette élection américaine aura définitivement consacrée la négation de la politique. Les faits ont perdu tout intérêt, la crédibilité et l’intégrité du discours sont balayées.

Place au spectacle désormais ; le rideau peut se fermer sur la politique.

Voir aussi 2020 ou la rencontre entre la post-vérité et la science et Brain Dead ou le néant de la politique

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