Election de Joe Biden : le temps des jours heureux ?

Samedi 7 novembre, après de nombreuses péripéties et alors que des recomptages sont en cours dans certains Etats, Joe Biden était déclaré vainqueur de la présidentielle américaine 2020. Une page se tournait avec le départ annoncé de Donald Trump. Et déjà, les Européens se félicitaient de retrouver leur bonne vieille relation transatlantique. Dans la liesse générale, on avait qu’une hâte : tirer un trait sur le passé et ouvrir un nouveau chapitre.

Pourtant, aussi bien sur le fond que la forme, on aurait tort de réduire la présidence de Donald Trump à une parenthèse.

En effet, si Donald Trump est vaincu, force est de constater que jamais un candidat républicain n’a remporté autant de suffrages sur son nom. Malgré les dérapages récurrents, l’anarchie au plus haut sommet de l’Etat, les mensonges éhontés, les votants lui sont restés fidèles. Et ceci devrait inviter au minimum à la prudence. Ainsi, de même que l’élection de Barack Obama n’avait pas signifié le début de l’ère post-raciale, l’élection de Joe Biden ne doit pas être interprétée trop largement. Sinon, les désillusions suscitées avec Barack Obama reviendront de plus belles avec Joe Biden.

A cet égard, si Joe Biden ne suscite pas les mêmes envolées et les mêmes soutiens en Europe, on retrouve un fort attrait pour sa vice-présidente Kamala Harris. Bien sûr que comme Barack Obama en son temps, le symbole est beau. Bien sûr que c’est une avancée pour la représentation des femmes en politique. Pour autant, attention à ne pas projeter sur sa personne des fantasmes. On a tous vu la vidéo où elle se déhanche au côté de jeunes américains. Peu sont allés se renseigner sur ses actions concrètes au cours de ses mandats passés.

N’oublions pas que le mouvement dont Donald Trump s’est fait l’écho ou la figure (voir Elections américaines 2016 : Trump, au nom des autres), est loin de se circonscrire aux Etats-Unis (voir Qu’est-ce qui fait monter le populisme ?). On le retrouve au Royaume-Uni avec Nigel Farage, au Brésil avec Bolsonaro, aux Philippines avec Dutertre, en Hongrie avec Orban, et dans tant d’autres pays. Ce mouvement pseudo-nationaliste aux relents xénophobes aboutit comme souvent à célébrer les dictateurs voisins plutôt que ses propres dirigeants, comme à l’époque où certains Français préféraient soutenir Mussolini ou Franco que Blum. Patriotisme quand tu nous tiens.

L’erreur serait de croire que sa défaite temporaire signe la fin d’une époque. Les crises sanitaire et économique ainsi que le développement continu des réseaux sociaux n’ont fait qu’amplifier la défiance des citoyens à l’égard de leurs gouvernants et des médias. Cette défiance continue de se traduire dans les urnes, et risque de prendre dans d’autres formes plus violentes.

Sur la politique étrangère américaine, et cela a d’ailleurs été souligné par de nombreuses analyses, les actions de Joe Biden ne différeront pas sensiblement de celles de Donald Trump. Tout juste pourra-t-on s’attendre à plus de mesure dans la scène internationale (pas de « rocket man » voir La méthode Trump à l’épreuve) – et encore, on parle d’un homme qui avait soutenu la guerre en Irak. Sur l’environnement, malgré des intentions clairement favorables, il faut rappeler que seul le Sénat peut ratifier l’accord de Paris. Un Sénat toujours républicain et climato-sceptique. Certes, les Etats-Unis, au moins sur les discours, reprendront le sacerdoce de la démocratie libérale comme horizon pour l’humanité. Certes, la position américaine sera certainement plus cohérente face à la Russie ou la Chine, qui ont grandement profité des turpitudes de la Présidence Trump. Mais, cela paraît bien mince comme perspective. A cet égard, le risque est que les Européens aillent chercher à nouveau refuge auprès du « grand frère » américain, oubliant qu’il est temps de construire leur souveraineté. Le pire serait de reporter à nouveau cette occasion (voir Trump : une chance pour l’Europe ?).

Si le départ de Donald Trump peut en réjouir certains, attention à bien tirer les leçons de sa Présidence, qui loin de clôturer une époque, ouvre plutôt une nouvelle ère. Au niveau interne, celle d’un populisme sans complexe, affranchi de toute vérité, se reposant sur des faits « alternatifs » pour écrire son histoire. Au niveau international, sur un monde où le chaos multiétatique entraîne des conflits répétés, loin du rêve caressé un temps d’un nouvel ordre mondial.

Voir aussi Donald Trump est-il un personnage de fiction ? et Barack Obama : huit années pour quoi ?

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