Matin Brun : une dystopie réduite à la perfection

Inutile de présenter, je pense, le roman somme qu’est 1984 de George Orwell, tant ce dernier est devenu le canon et la vitrine de la dystopie. Même si ce titre est partagé pour certains avec Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley, je ne les mets pas personnellement au même niveau.

Pourtant, 1984 n’est pas la première œuvre, ni celle qui a posé les canons du genre. C’est dans un roman russe Nous autres d’Eugene Zamatine qu’ont puisé par la suite les écrivains et les amoureux de la dystopie.

Et si aucune œuvre – à mes yeux- n’est arrivée à atteindre la plénitude et les potentialités du genre depuis 1984, certains par leurs partis pris ont su apporter une déclinaison intéressante.

Aujourd’hui, c’est une œuvre française plutôt récente que je voudrais vous présenter. Matin Brun de Frank Pavloff. Nouvelle écrite en 1998, ce livre constitue un formidable condensé du totalitarisme et de la soumission des foules. Un opuscule accessible à tout âge, et qui se parcourt en moins de 30 min.

L’État Brun, organisation politique fictive, interdit la possession de chiens ou de chats non bruns, pour des raisons officiellement scientifiques. Le héros du livre et son ami Charlie, ne se sentant pas concernés, trouvent des raisons d’approuver cette loi. Cependant, un nouveau décret impose l’arrestation de tous ceux qui auraient eu un animal non brun dans le passé, ainsi que leurs familles et leurs amis. Or les deux compagnons ont déjà possédé des animaux non bruns.

Le synopsis derrière une simplicité confondante évoque plusieurs thématiques fortes. En une dizaine de pages seulement l’auteur balaie aussi bien les petites compromissions de chacun (entre admissions des règles absurdes dès qu’elles ne nous concernent pas et apathie généralisée lorsque la police intervient) et les règles arbitraires de l’Etat (de la norme qui change, y compris rétroactivement au recours à une police politique).

Petite par sa taille, Matin Brun n’en constitue pas moins une œuvre majeure, qui fait écho au texte poignant du pasteur Niemoller : 

Quand les nazis sont venus chercher les communistes,
je n’ai rien dit,
je n’étais pas communiste.

Quand ils ont enfermé les sociaux-démocrates,
je n’ai rien dit,
je n’étais pas social-démocrate.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
je n’ai rien dit,
je n’étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus me chercher,
il ne restait plus personne
pour protester.

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