Décennie 2000 : une Europe entre euphorie et difficultés

Après avoir fait le point sur l’Europe des années 2010 (voir Décennie 2010 : l’Europe coincée dans une polycrise), plongeons-nous dans la décennie d’avant, celle post-bug de l’An 2000, celle de l’euro et de l’élargissement, et de l’échec du « Traité constitutionnel » de 2005 et de la crise économique de 2008.

Comment résumer les années 2000 en Europe ? Le recul d’une décennie permet de mieux prendre conscience des événements marquants, et de ceux anecdotiques. Ainsi, du Traité de Nice en 2001, aussitôt oublié.

La décennie s’ouvre sur l’absence de crise. Pas de bug informatique général, les machines ont passé le cap sans difficulté. Cette décennie se solde en revanche sur la plus grave récession économique depuis 1933, la crise économique de 2008, devenue une crise de la dette souveraine en Europe.

On pourrait presque découper cette décennie en deux temps : le temps de l’euphorie et le temps des complications.

Euphorie tout d’abord, car c’est la concrétisation d’un vieux rêve de plusieurs décennies. L’Union européenne se dote d’une monnaie commune (principe arrêté en 1992 avec le Traité de Maastricht). Le principal instrument de souveraineté, la monnaie, appartient désormais à une entité commune, la Banque centrale européenne, indépendante des Etats. Que de chemins parcourus. L’euro est une réalité pour quelques centaines de millions d’Européens.

En parallèle de cet approfondissement inédit, le début des années 2000 voit un élargissement hors norme. En 2004, l’Union européenne passe de 15 à 25. 10 nouveaux Etats membres, issus principalement des pays d’Europe centrale et orientale, auxquels s’ajoutent Malte et Chypre. C’est la fin officielle du rideau de fer, presque 60 ans après sa construction. C’est la réunion des deux Europes. Un beau moment de fraternité européenne aujourd’hui oubliée (voir L’élargissement à l’Est : une erreur historique ?).

Ni l’explosion de la bulle internet ni les attentats de 2001 ne viendront réduire cette ardeur.

Or, au milieu de la décennie, après l’élargissement, l’Union européenne cherche à franchir un cap. Choc de simplification avec un seul Traité qui est censé réunir l’ensemble de l’existant. Choc symbolique aussi avec la reconnaissance de nombreux symboles (de l’hymne et du drapeau à la terminologie de loi et de ministre des affaires étrangères). C’est un objet hybride qui est présenté à l’assentiment des peuples européens. Pas vraiment un Traité, pas vraiment une Constitution, le bien mal-nommé « Traité établissement une Constitution pour l’Europe » (voir Traité constitutionnel : un échec pavé de bonnes intentions). Ce document de plusieurs centaines de pages échoue à remporter l’adhésion de chaque Etat. Tour à tour, les Français et les Néerlandais le rejettent, sonnant le glas de cette avancée plus technique que réelle. Il faudra deux ans pour préparer une solution alternative – à défaut du plan B annoncé par les nonistes -, et deux ans supplémentaires pour solder définitivement cet épisode malheureux avec le Traité de Lisbonne définitivement adopté après le second vote irlandais (voir Traité de Lisbonne : quel bilan 10 ans après ?).

Ce dernier arrive d’ailleurs au pire des moments. Une grave crise économique secoue alors le monde entier et ce Traité apparaît désormais dépassé pour répondre au problème. Entre plans de relance nationaux, endettements désordonnées, la réponse européenne est aux abonnés absents, ce qui se paiera très cher par la suite. L’Europe n’était pas prête.

En parallèle, l’élargissement 2.0 est difficile à digérer pour une Europe engoncée dans le marasme du doute sur son avenir. A quoi sert l’Union européenne ? Si les 15 « anciens » Etats membres n’ont pas la réponse, les 12 nouveaux n’ont pas davantage de solution.

Au sortie de cette décennie, nombreux sont alors ceux annonçant la mort imminente de la monnaie unique, voire de l’Union européenne. Dix ans après, les deux sont toujours présents. Mais, à quel prix ?


 

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