Réforme sociétale et évolution des moeurs

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Actuellement en cours de finalisation, le futur projet loi de bioéthique contient certaines dispositions déjà bien connues et qui soulèvent déjà leur lot de polémique. Parmi celles-ci, figure notamment l’ouverture de la PMA aux couples de femmes.

Pour rappel, jusqu’alors, la procréation médicalement assistée (ou PMA) était seulement accessible aux personnes ne pouvant engendrer pour des raisons médicales. Son éventuel accès et remboursement à des personnes qui ne peuvent engendrer en raison de leur orientation sexuelle ouvre un nouveau champ.

On s’en souvient la précédente avancée sociétale sur cette thématique, l’ouverture au mariage à d’autres formes de couples en 2013 avait généré une véritable hystérie d’une partie de la classe politique, exacerbée par la frénésie de la « Manif pour tous ». Comment oublier ces élus qui s’étaient alors même engagés à abolir cette loi une fois arrivés au pouvoir, voire à purement et simplement l’annuler – c’est-à-dire supprimer les effets y compris pour le passé, en l’occurrence procéder à des « démarrages » ? Rétrospectivement, ce baroud d’honneur d’une mouvance politique aurait presque un petit charme désuet, si on arrivait à faire fi des excès de langage et les insultes en tout genre qu’eut à subir une frange de la population.

Il est intéressant de constater qu’aujourd’hui que ce nouveau pas franchi par l’actuelle majorité suscite bien moins de remous – on mettra à part l’ex-députée de la République En Marche, Agnès Till, qui visiblement n’avait visiblement pas pris connaissance du programme du mouvement pour lequel elle postulait. Déjà, parce que le Mariage pour tous est depuis entré dans les mœurs, les gens ayant pu constater que la société n’avait pas implosé. Ensuite, parce que la PMA pour toutes apparaît comme une suite logique du Mariage pour tous. A cet égard, on pourra noter que François Hollande n’est pas allé au bout de l’un de ses engagements, préférant reporter cette réforme à plus tard. J’ouvre ici une parenthèse sur la stratégie de l’ancien Président socialiste pour faire adopter le Mariage pour tous. On savait le Président peu porté sur cette question, ne l’embrassant que du bout des lèvres. Mais, la réaction vive suscitée sur cette évolution paraît aussi être la conséquence des atermoiements du Président (notamment sur la liberté des maires de procéder aux cérémonies) ainsi qu’aux trop longs mois de débat accordés. A l’instar de Barack Obama avec la réforme de l’Assurance santé aux Etats-Unis, François Hollande a cru pouvoir convaincre l’opposition en prenant le temps du débat. Dans les deux cas, ces deux Présidents ont polarisé l’opinion et la réforme a finalement été adoptée uniquement avec les voix de leur propre majorité.

Par ailleurs, certains esprits chagrins – parce qu’il y en a toujours – estiment que l’ouverture de la PMA n’est qu’un prélude à l’ouverture de la « Gestation pour autrui » (GPA). Et les politiques favorables à la première tout en étant opposés à la seconde ont beau jeu d’assurer la main sur le cœur que jamais la GPA ne sera autorisée.

Et justement, j’aimerai m’attarder quelque peu sur ce point. Un minimum d’honnêteté politique serait en effet de ne pas s’engager sur le futur, et notamment un éventuel avenir pas forcément si lointain qui verrait arriver la GPA. Plus encore, d’un point de vue tant évolution sociétale que logique juridique (ce sacro-saint principe d’égalité), j’aurai plutôt tendance à penser que oui, la PMA pour toutes constitue une ouverture vers la GPA. A titre personnel, n’étant pas opposé à l’une ou l’autre, je vois forcément cette évolution d’un bon œil. J’essaierai un jour de revenir sur pourquoi je suis pour la GPA.

Certains s’en souviendront. Mais, lors de l’adoption du PACS en 1999, la gauche avait juré la main sur le cœur que ce dernier n’était pas une étape vers le mariage. Quatorze ans plus tard, il était évident que si. Christine Boutin, avec tout l’excès qui la caractérise, l’avait bien compris. D’où, son opposition caricaturale à l’Assemblée, vent debout à cette réforme.

Après, il est normal que le politique s’adapte à l’évolution des mœurs. Il ne peut pas non plus brusquer totalement une population pas prête à certaines réformes, sous peine sinon d’éviter toute évolution même mineure. On retrouve un parallèle assez intéressant de ce débat intérieur lors du film Lincoln de Spielberg où le personnage incarné par Tommy Lee Jones se retrouve à devoir voter une loi insuffisante (l’abolition de l’esclavage plutôt que l’égalité en droit) car il vaut mieux une petite victoire qu’une défaite. C’est le propre de l’homme de n’avancer souvent que par petits pas, acceptant petit à petit l’évolution des mœurs et de la société qui l’entoure. On peut parfois se désespérer de cette lenteur pour ceux qui ont déjà pris de l’avance. Mais, ce rythme est souvent le meilleur moyen pour que les réformes soient acceptées et intégrées par le plus grand nombre.

Pour autant, il semble nécessaire de toujours préparer les esprits au futur, et ne pas engager le présent. Qui sait de quoi demain sera fait ? Loin d’être une mince affaire.

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