Les salauds de l’Europe de Jean Quatremer : une déconstruction bienvenue des discours eurosceptiques

Pour celles et ceux qui suivent les affaires européennes, difficile de ne pas connaître Jean Quatremer, l’emblématique correspondant de Libération à Bruxelles depuis bientôt 30 ans. Son blog Coulisses de Bruxelles constitue un passage obligé pour toute personne intéressée par ces questions. Une figure tellement « iconique » de la scène européenne que c’est tout naturellement lui qui figure en creux dans le roman imaginaire conçu par les Grecques (avant de connaître, consécration ultime, une déclinaison papier : Les compromis)

Ici, Jean Quatremer publie ce qu’il qualifie de « Guide à l’usage des eurosceptiques », un livre au titre évocateur (et provocateur) : Les salauds de l’Europe.

Si la focale est clairement française, élection présidentielle française oblige (2017), l’ouvrage est une réflexion à échelle européenne. Mais, qui sont-ils ces salauds ?

En plus d’un style percutant (que l’on peut trouver d’ailleurs régulièrement dans ses articles), Jean Quatremer s’attaque à l’ensemble des assertions répétées des eurosceptiques « L’Europe s’est faite contre les peuples » / « L’Europe, c’est l’UERSS » / « L’Europe n’est pas démocratique » / « L’Europe méprise les peuples » / « La Commission est technocratique  et hors sol » et j’en passe.

A chaque fois, le mantra est décrypté, déconstruit. Bien des « euro-mythes » tombent ainsi, devant une réalité souvent bien plus complexe. Pour autant, on n’aurait tort de croire, et Jean Quatremer est là pour nous le souligner, que l’Europe actuelle ne continue pas de trainer des écueils et des défauts. Mais, plutôt que de se complaire dans l’idée que c’est la faute « à l’Europe », cette « entité métaphysique », ce concept qui sert de bouc-émissaire facile, de tête de turque habituelle, coalisant les mécontents de tous pays, Jean Quatremer prend soin à chaque fois de pointer la plume sur les véritables coupables. Souvent, les Etats membres en prennent pour leurs grades, eux qui sont incapables de donner à l’Union les moyens de ses ambitions, tout en se défaussant sur elle à la moindre difficulté. Mais, les autres protagonistes de la scène européenne ne sont pas épargnées. Et tour à tour, et à raison, la Commission européenne (et notamment certains de ces anciens Présidents et membres actuels) et le Parlement européen se retrouvent clairement visés.

Le mot de la fin ? Imaginer un monde dans lequel l’Europe n’aurait pas vu le jour. Après tout, l’adoption du plan Schuman/Monnet reste un miracle de diplomatie, et de stratégie politique, ayant permis la création d’une entité d’intégration et de coopération unique à l’échelle mondiale au cœur même de pays mutuellement en guerre les uns contre les autres des décennies durant (voir L’Europe, est-ce la paix ?). Comme le conclut Jean Quatremer, « l’Europe est la dernière utopie pacifiste du monde moderne, et, pour cela, l’aventure mérite d’être poursuivie », reprenant peu ou prou les mots de l’éditorialiste Jean Daniel qui estimait que « l’Europe, c’est que les hommes ont fait de mieux sur le continent ».

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