Parlement : une série sur les coulisses de Bruxelles

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Après l’exercice réussi de mettre en scène l’arène politique française avec Baron Noir (voir Baron Noir : lumière sur LA série politique du moment), on ne pouvait qu’espérer que la scène publique européenne puisse bénéficier du même coup de projecteur. C’est chose faite avec Parlement, la mini-série de France TV, qui suit les premiers pas au Parlement européen d’un jeune assistant parlementaire auprès d’un eurodéputé jusqu’alors bien inexistant. 

Que penser de Parlement ?

Côté positif, tout d’abord, un éclairage sur l’organisation et le fonctionnement de la principale instance de représentation à l’échelle européenne : le Parlement européen. Si la série n’échappe pas à quelques clichés (absence de travail des eurodéputés, rôle caricatural des lobbys, …) – mais, est-ce seulement des clichés -, beaucoup de clés de compréhension sont livrés au détour de la série. Autre réussite : rappeler que la politique s’inscrit sur un temps long. Entre l’effet d’annonce et l’application concrète, il y a un gouffre d’abord temporel. Rédiger une réglementation ne se fait pas en quelques minutes, sauf à ne pas réfléchir aux différents aspects d’un problème. On ressent très bien aussi le melting-pot de Bruxelles, ainsi que l’idée d’une « bulle européenne ».

Côté négatif, ensuite. Deux écueils selon moi. Le premier, une inspiration trop forte du récit développé sur le blog par le collectif, les Grecques. Après avoir suivi leur aventure et lu le livre qui s’en inspire largement, Les Compromis, j’ai eu l’impression de revoir une nouvelle fois la même oeuvre. Un exemple parmi d’autres : la relation entre le héros et une assistante parlementaire d’un eurodéputé d’extrême-droite. Le deuxième écueil, ne pas avoir réussi à échapper aux poncifs du genre « groupe de trentenaire ». Cela rend certes parfois les personnages plus attachants, mais c’est aussi très téléphoné par moment.

Pour autant, la série se regarde facilement et a quelques bons moments, notamment lors de l’épisode 9 – certainement l’acmé de la série. L’Allemande Ingeborg se lance dans une tirade intérieure sur son ressenti à l’égard d’une organisation qu’elle prétend protéger et où chacun en prend pour son grade. Discours reproduit in extenso : « J’emmerde l’Europe et tous ceux qui en font partie. J’emmerde les Français et leurs rêves de grandeur pour l’Europe. Bande de connards imbuvables. Votre pays est un immense bordel, et vous nous dites comment gérer les choses ? J’emmerde les Britanniques et ce sentiment que tout leur est dû où qu’ils aillent. Vous n’êtes qu’une île minuscule, sans pouvoir, avec un sérieux problème d’alcoolisme. Et deux ans plus tard, vous êtes les seuls à rester persuadés que le Brexit est une bonne chose. J’emmerde le Grand-Duché du Luxembourg. Un paradis fiscal sans soleil ni plages. Pas étonnant que seul l’argent veuille y vivre. J’emmerde les Italiens et leurs expériences politique. Le fascisme, les (…) et la politique du vaffanculo. Toujours précurseurs de toutes les idées à la con. Tenez-vous en à vos pâtes pas cuites. J’emmerde les Scandinaves. Suédois, Danois, Finlandais … quelle est la différence ? « On fait tout mieux que les autres. » Les premiers de la classe. J’emmerde les Grecs. Vous gaspillez notre fric, et maintenant vous pleurnichez parce qu’on vous demande de payer des impôts ? Arrêtez un peu, bordel. Je nous emmerde, les Allemands, avec notre ton paternaliste. On ne peut pas s’empêcher de diriger le continent. Bande de connards condescendants. On prêche les règles mais on vend des véhicules trafiqués. Mais, à côté des Néerlandais, les Allemands, ce n’est rien. J’emmerde le bloc de l’Est. Vous nous crachez dessus alors qu’on finance vos villes avec l’argent de l’Europe. Vous pleurnichez sans cesse parce que l’Histoire vous a maltraités. Et maintenant, vous crachez sur la démocratie libérale ? Vous nous avez trahis ! Rendez-nous notre putain de fric ! Et la Belgique ! Sérieusement ! Vous n’êtes même pas un vrai pays. J’emmerde les citoyens. Vous ne méritez pas les efforts qu’on fait pour vous. Vous savez quoi ? Vous ne comprenez rien à l’Union européenne ? Vous êtes peut-être juste (…) ! La vie est complexe, l’Europe aussi. Grandissez un peu, bordel ! Et continuez à voter pour le clown le plus rigolo tous les 5 ans ! Regardez les ! Des populistes qui dénigrent l’Europe mais acceptent son fric ! Ils crachent sur tout ce qu’on fait sans en foutre une ! Vous savez quoi ? Si ca ne vous plait pas, retournez dans vos putains de pays ! J’emmerde les fonctionnaires ! Avec votre air prétentieux et votre ton paternaliste. Vous vous croyez plus malins ? C’est peut-être vrai. Mais, vous n’avez été élus par personne. Alors, fermez votre putain de gueule et obéissez aux ordres ! Et je t’emmerde, Ingeborg ! Tu veux jouer avec les procédures pour baiser les populistes ? T’es rien de plus qu’une eurocrate dans sa tour d’ivoire dont le passe-temps préféré est de dire aux gens ce qu’ils doivent penser et comment ils doivent mener leur vies. Tu pensais pouvoir tromper tout le monde ? Dommage. Ca n’a pas marché. C’est ça, le Parlement. 750 élus pour 750 versions de ce que les gens veulent vraiment. C’est pas facile ? C’est ça, la démocratie, connasse ».
Pouvait-on mieux résumer la démocratie européenne et ses imperfections, qui sont parfois autant de qualités ?


Sur les séries « politiques », voir aussi Baron Noir : lumière sur LA série politique du momentHouse of cards, Baron Noir, Borgen et Veep : quatre déclinaison de la politique dans les séries et Brain Dead ou le néant de la politique

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