Les furtifs : une envie d’évasion dans notre société ultraconnectée ?

 

Doit-on présenter Alain Damasio, auteur de science-fiction/fantasy/héroïc-fantasy (je cite volontairement plusieurs genres pour ne froisser personne dans les guerres de chapelle) ? Cet écrivain français est devenu célèbre au niveau international après la parution de son livre somme, La Horde du Contrevent. Aux amateurs d’imaginaire, aux amoureux du langage, aux aventuriers et aux curieux, ce livre aura tous les ressorts pour vous plaire.

Toutefois, ce n’est pas sur ce roman que je souhaiterai m’attarder aujourd’hui, mais sur une oeuvre plus récente, Les Furtifs. Un livre qui n’a pas reçu le même accueil de la part du public.

Et au premier abord, on comprend vite le décalage entre les deux oeuvres. Cette fois, le monde d’heroic fantasy a laissé place à une excroissance de notre réalité quotidienne, une société dans laquelle chacun est surveillé en permanence, tout le temps. La liberté n’existe plus que dans les rares recoins de ce « panoptique » 2.0. Les interactions sociales sont réduites au minimum, sauf si elles se déroulent à distance ; l’extérieur n’étant devenu de toute façon qu’une galerie à ciel ouvert de publicités. Les villes ne sont plus libres, mais détenues par des multinationales qui les remodèlent en strates sociales. Le nom de ces agglomérations fait aussi l’objet d’un échange monétaire : la pratique du naming qui connaît des exemples heureux (Allianz Arena) ou des ratés (Ligue 1 Conforama) est à son paroxysme. Les gens sont bagués, afin que leur moindre faits et gestes soient connus, catalogués, tracés, enregistrés. L’auteur s’interroge à travers l’un de ses personnages sur « la frénésie d’un monde qui ne supporte plus que le présent passe – et passe sans laisser de trace – juste passe. Sur cette compulsion que vous avez vous et vos affidés, à retenir et à capturer. A piéger dans l’archive, à aspirer sans cesse de la donnée. Sur ce que ça dit de notre inaptitude panique à vivre le présent ». Comme il le souligne quelques lignes plus loin, il ne peut y avoir d’amnistie s’il n’y a pas d’amnésie. Ou comment faire écho aux polémiques entre les GAFAM et les cours européenne sur une notion aussi essentielle que le droit à l’oubli et la nécessité de la prescription dans nos sociétés modernes. Seul le souvenir, en ce qu’il est charnel, trouve grâce aux yeux de l’auteur.

Où est le surnaturel dans ce monde qui ne semble pas si éloigné du notre ? Il se cache justement. Dans un monde où le mystique a quasiment disparu, l’existence de créatures qui se déroberaient à nos regards fait l’objet de controverses. Derrière la grande histoire, nous suivons les cheminements et la quête d’un couple disloqué par la disparition supposée de leur fille.

Si elle est plus éloignée de La Horde du Contrevent par ses aspects plus dystopique et plus réel, il existe plusieurs similitudes fortes entre les deux oeuvres, qui sont autant de thèmes visiblement chers à l’auteur : la liberté, le langage, l’attachement, l’espoir insensé.

Dans ce monde dystopique, c’est bien ces quatre éléments qui constituent le fil du récit et qui permettent d’entrevoir une piste, une solution. Sur le langage notamment, l’auteur nous fait plusieurs démonstrations de force, autour des notions de « self serf vice » et de « sollice-cité ». Face à ceux qui ont renoncé, l’auteur donne tout son crédit à ceux qui continuent. Ceux qui gardent en mémoire face à ceux qui stockent de la donnée.

Et de conclure ce roman par cette jolie saillie que les lecteurs comprendront : « Il n’y a pas de lendemains qui chantent. il n’y a que des aujourd’hui qui bruissent » 

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