Retour sur les premiers mois de …. Manon Aubry

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Comme indiqué, ce blog démarre une nouvelle série autour du début de la Législature 2019-2024 du Parlement européen. Cette série consacrée à nos élus européens vise à saisir leurs premières impressions (voir Retour sur les premiers mois de mandat des eurodéputé(e)s)

Troisième volet de cette série, c’est donc Manon Aubry qui revient sur ses premiers mois comme eurodéputée. Actuellement membre du Groupe parlementaire Gauche unitaire européenne / Gauche verte nordique (en France, La France insoumise), il s’agit de son premier mandat comme eurodéputée.

Entretien avec Manon Aubry

1) Qu’est-ce qui vous a marqué le plus au cours de ces premiers mois ?

« Beaucoup de choses. Principalement, c’est la déconnexion entre les institutions européennes et le Parlement européen et la vraie vie. On prend le métro, on arrive au Parlement européen. On arrive dans une bulle, dans une vie parallèle. Ce qui explique en partie l’éloignement entre les institutions et les citoyens. Toute la question est comment faire tomber ces murs. »

2) Quels sont les événements le plus positif et le plus négatif que vous ayez vu/subi/rencontré ?

« Le plus positif : ce sont les maigres victoires que l’on arrive à avoir. Notamment sur la question des lobbys et de leur poids. Exemple récent : le rejet de la candidature de Gerry Cross comme président de l’Autorité bancaire européenne, suite à son passé chez l’Association européenne des marchés financiers. Ce cas est finalement assez représentatif du pantouflage très commun qui existe à Bruxelles.

Cette belle victoire doit en appeler d’autres, et notamment la création d’une Autorité indépendante en charge de l’éthique au niveau européen

Côté négatif, il s’agit d’une défaite politique, d’un vote dont j’anticipe déjà l’issue défavorable. La ratification de l’Accord de libre-échange avec le Vietnam. Cette tendance libre-échangiste de l’UE est en contradiction énorme avec le « Green Deal ». On ne peut pas continuer à baisser nos barrières pour faire venir des produits d’aussi loin »

3) En six mois, avez-vous été sollicité par les autorités françaises (Ministères, Représentation permanente à Bruxelles, autres interlocuteurs, …) ? Trop ou pas assez selon vous ?

« Un petit peu mais pas énormément. J’ai été plus saisi en la qualité de Présidente du Groupe. J’ai beaucoup d’échanges avec le ministère, peu avec la RPUE. J’ai parfois des échanges avec des députés nationaux.

En tout cas, ces échanges ne sont pas assez nombreux. On a des intérêts communs à défendre. Exemple : défendre la PAC dans son montant global et comme outil de transition écologique. »

4) En 6 mois, quel regard jetez-vous sur les lobbys ?

« J’étais à 10000 lieues d’imaginer ce qui se passe à l’intérieur. Omniprésence et omnipuissance de ceux-ci. Ca va du lobby qui s’appelle « Les amis des plantes » et qui vous dit à quel point les les pesticides sont bons, au lobby sur le Vietnam qui fait le pied de grue pour faire ratifier l’Accord. J’insiste à cet égard sur le rôle des ambassades comme puissants lobbys au Parlement européen : la Russie avec sa bouteille de champagne ; l’Arabie Saoudite pour défendre ses achats d’armes (armes qui servent à tuer des civils au Yémen).

Avec mon équipe, j’ai mis en place un épisode hebdomadaire : Le coin des Lobbys. On reçoit un lobby chaque semaine. Je suis convaincu que plus on donne à voir l’activité des lobbys, plus on pourra contraindre leur influence. »

5) Quelles sont vos attentes pour la mandature 2019-2024 ?

« Mes attentes sont triples :

1) L’ambition sur les questions écologiques. Le niveau d’ambition affichée mérite d’être précisé au niveau de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Et pour cela, on ne peut pas signer à tour de bras des accords de libre-échange, ne pas se donner les moyens financiers. Il y a un manque de cohérence claire. Il n’est pas encore trop tard mais il le sera bientôt.

2) Il n’y aura pas de transition écologique, sans lutte contre les inégalités. C’est aussi avoir des politiques économiques qui permettent une redistribution des richesses. Cela suppose de changer le cadre économique et lutter efficacement contre l’évasion fiscal (à commencer par une liste crédible de paradis fiscaux)

3) La démocratie. Le Brexit est l’illustration du divorce entre les institutions européennes et les citoyens. Un enjeu : relancer la flamme. Et cela passe par une forte refonte institutionnelle : autoriser des RIC ; revoir complétement le contrôle budgétaire et la gouvernance économique ; révisions des Traités européens. Il faut faire primer l’éthique sur le fric. D’où le combat pour encadrer le rôle des lobbys et mettre en place une autorité éthique. Une condition nécessaire mais non-suffisante. »

6) Quel regard portez-vous sur le Brexit ?

« Il faut respecter la souveraineté des peuples (et notamment de Britanniques), et en tirer des leçons. Il ne faut pas se dire : les Britanniques ont tort. Cela doit servir d’électrochoc. Cela doit servir pour reconstituer un pacte de confiance entre l’UE et les citoyens. Dans les mois qui viennent, il faut réfléchir à comment faire en sorte que le RU ne devienne pas un paradis fiscal (baisse de l’impôt sur les sociétés), comment faire pour éviter que le RU alimente une concurrence déloyale au porte de l’UE; et c’est là tout l’enjeu des négociations entre l’UE et le Royaume-Uni. Si on donne accès au marché intérieur sans garde-fou, ça alimentera l’envie de sortie de l’UE. »


Pour mieux connaître Manon Aubry, je vous invite à ouvrir la page dédiée à l’eurodéputée par le Parlement européen : ici.

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