Emmanuel Macron : un coup d’arrêt à l’élargissement ?

Un coup de semonce qui a fait grand bruit. En refusant d’approuver la proposition de la Commission européenne de faire entrer au sein de l’Union européenne l’Albanie et la Macédoine du Nord, Emmanuel Macron a assurément jeté un pavé dans la mare européenne.

Cette décision a suscité de nombreuses réactions, souvent excessives, et finalement assez révélatrices d’une certaine déconnexion d’une partie des élites européennes face aux tentations de repli sur soi.

Plusieurs dirigeants se sont plaints de cette position française qui affaiblirait la parole de l’Europe et renverrait une image négative de l’organisation à destination de l’extérieur. De même, une tribune de deux  chercheurs parue dans Le Monde a qualifié le veto français d’erreur, voire de faute.

Des critiques dans l’ensemble aisément balayables.

Déjà, Emmanuel Macron n’est pas tributaire des décisions passées par ses prédécesseurs. L’acte d’adhésion devait être tranché ce jour, et pas un autre. On peut d’ailleurs noter qu’à aucun moment, il ne s’était engagé pour de nouveaux membres.

Surtout, parler de faute pour un nouvel élargissement peut faire sourire alors même que le bilan des derniers élargissements laisse à désirer (voir L’élargissement à l’Est : une erreur historique ?). L’Union européenne peine encore à digérer sa croissance de membres. Et ce n’est pas le départ du Royaume-Uni qui devrait à lui seul renverser considérablement la donne.

Au contraire, ce choix politique fort du Président français est une bonne chose.

Tout d’abord, il faut saluer le souhait de mettre un terme au caractère très administratif et assez automatique de la procédure d’adhésion. En effet, si la Commission est incapable d’assumer un rôle politique, il est encore heureux que le Conseil européen ait osé faire de la politique. Rappelons que la procédure d’adhésion avec la Turquie est un cas d’école d’un prisme trop administratif, où les institutions européennes s’avèrent impuissantes à mettre un terme à une mascarade qui a trop duré et contribué au ressentiment turc (voir Turquie : le mirage révolu d’une adhésion ?).

Surtout, derrière ce veto, il faut souligner la volonté affichée de replacer sur le devant de la scène : le débat élargissement / approfondissement. Si ces deux notions ne s’opposent pas nécessairement – j’y reviendrai bientôt dans un article plus détaillé – force est de constater que les deux ne vont pas toujours de concert. L’actualité récente montre quand même que l’Europe actuelle est difficilement gouvernable. A cet égard, les derniers élargissements conséquents faute de s’être accompagnés d’une refonte d’ampleur ont aggravé le fonctionnement bancal de l’Union européenne.

Si on peut partager les propos de la présidente de la Commision européenne, Ursula von der Leyen, en estimant que « l’adhésion est un investissement dans la paix, la sécurité et la stabilité de l’Europe », un investissement a un coût. Il est un pari sur l’avenir, qui peut s’avérer profitable ou non. Aujourd’hui, ce coût paraît démesuré face aux autres ambitions européennes. Dans cette séquence, le pire fut d’assister pour cette adhésion à un concert de soutiens, véritables Tartuffes qui font mine de ne pas voir qu’un même gâteau à partager en toujours plus de parts finit par ne nourrir personne. Emmanuel Macron eut à cet égard une métaphore toute aussi fouillée à base de tartine : « Quand la tartine est plus grande et qu’on met moins de beurre, il faut étaler le beurre. On finit par ne plus le voir. Et, bizarrement, à la fin, ça a un goût de tartine. »

Alors que nombreux étaient ceux à vouloir poursuivre la course effrénée de l’élargissement, il est temps de se poser un peu. La politique extérieure de l’Union européenne vis-à-vis de ses voisins ne peut se résumer à une politique d’élargissement. Plutôt que d’aller droit dans le mur, si on prenait un virage à 180 degrés ?


Voir aussi L’élargissement à l’Est : une erreur historique ?

Hasard de calendrier : le journal Monde publie ce jour même une proposition française visant à réviser la procédure d’adhésion (lien ici)

3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. J.O. dit :

    L’élargissement de l’UE est d’autant moins porteur de sens que tout le projet de l’UE se résume aujourd’hui à la règle inepte des 3%, hérésie économique ayant pour uniques effet la baisse de l’investissement (et donc de la compétitivité des entreprises créatrices d’emploi), la montée du chômage, l’augmentation de la pauvreté et de la précarité sociale. Le traité très droitier de Lisbonne a tué l’UE et son idéal. Et quand bien même la règle des 3% ne serait pas économiquement inepte (or elle l’est), cela ne saurait constituer un projet civilisationnel. C’est le degré 0 de la politique.
    Par ailleurs les « élites » politiques ne sont pas les élites intellectuelles. Les premières ignorent les secondes, et celles-ci n’ont généralement que peu d’estime pour les « élites » politiques.

    Aimé par 1 personne

    1. Nicolas dit :

      Pour rappel, la règle des 3% n’est pas liée au Traité de Lisbonne.
      Quant à ce Traité que vous conspuez, il se contente pour l’essentiel de reprendre les règles existantes, en tâchant tant bien que mal de moderniser le fonctionnement institutionnel de l’Union européenne. Pour aller plus loin, je vous mets ici le billet que je lui avais consacré : https://regardseuropeen.org/2017/11/20/traite-lisbonne-union-europeenne-bilan-10-ans/

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  2. jggiraud dit :

    Excellente analyse trop peu répandue Voir cependant : https://www.lesamisdutraitedelisbonne.com

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