Audition des commissaires : un jeu de massacre ?

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Après les candidatures roumaine et hongroise rejetées, voici que Sylvie Goulard, la candidate française a été  malmenée au cours des auditions devant le Parlement européen, rejoignant les candidats polonais et suédois qui doivent compléter leurs auditions par des réponses à des questions écrites.

A celles et ceux qui s’échinaient à affirmer que la principale institution représentative des citoyens ne servait à rien, le Parlement européen offre le plus clair des démentis (voir Elections européennes 2019 : à quoi sert le Parlement européen ?). Se montrant enfin intransigeants, les eurodéputés mettent sur le grill les différents candidats, sommés de justifier d’éventuels écarts ou certains choix passés. Le succès obtenu par Manon Aubry, tête de liste France insoumise aux Européennes 2019, avec sa série de tweets sur les déclarations d’intérêt des candidats montre que les eurodéputés ne feront aucun cadeau aux différents candidats.

[Citation de Manon Aubry sur ce blog]

 

On doit cette particulière vigilance à l’absence d’accord entre les groupes politiques. Ici, plus d’arrangement entre le PPE et le PSE, les deux groupes qui ont tant dominé la vie politique européenne et se retrouvent à devoir composer avec des groupes parlementaires qui ne lâcheront rien (voir Elections européennes 2019 : résultats et premières analyses – Participation en hausse et fragmentation du paysage politique). Fini donc les compromis bancals et les pactes de non-agression qui existaient jusqu’alors. On se souvient notamment de l’échange de bons procédés entre le PPE soutenant Miguel Arias Cañete et le PSE plaidant pour Pierre Moscovici. Désormais, tirs à vue sur tous et tant pis pour ceux qui ne survivront pas à l’épreuve. Recalés en masse, les futurs candidats.

A ce petit jeu prévisible au vu des rapports de force issus des élections européennes 2019, on peut s’étonner quelque peu du choix d’Emmanuel Macron de mettre en avant Sylvie Goulard (voir Sylvie Goulard à la Commission européenne : un bon choix ?). Ce n’est évidemment pas ses compétences qui sont mises en cause, mais bien certains manquements à l’éthique. Sans revenir sur l’affaire des assistants parlementaires, sa rémunération par un think thank ne manque d’interroger. Comment quelqu’un d’aussi sourcilleux par ailleurs a pu trouver normal de cumuler deux salaires pour une production somme toute assez inexistante ? Comment Emmanuel Macron a pu penser que son choix ne serait pas disséqué particulièrement par les eurodéputés, après avoir mis à bas le système des Spitzenkandidaten auquel tenaient tant certains (voir Elections européennes 2019 : la fin des Spitzenkandidaten) ?

Seul regret de ce petit jeu, son manque de diffusion sur les chaines télévisées. En effet, en plus d’assister à un jeu rare de démocratie, qui n’existe pas en France – les ministres n’ayant pas à être soumis à pareils tourments parlementaires -, ces auditions rappellent le pouvoir de contrôle du Parlement européen sur la Commission européenne. D’où l’importance de participer aux élections du premier pour surveiller la seconde.


Voir aussi
¤ Commission européenne : une introduction ratée
¤ Postes-clés de l’Union européenne : que penser des candidats ? (Partie I)

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