La nationalité des dirigeants européens est-elle un bon critère ?

 

A l’heure où les principaux postes européens ont été attribués – et pour lesquels la nationalité des candidats a indubitablement joué un rôle déterminant -, il est temps d’examiner si la question nationale a du sens dans l’attribution des fonctions de responsabilité européenne.

La réponse peut apparaître a priori facile tant la nationalité ne semble pas être un critère déterminant pour identifier la qualité d’une personne. Toutefois, il s’agit en réalité d’un sujet souvent sensible puisqu’il contient une part de géopolitique et d’inconscient qui nous fait préférer souvent un membre de notre nation à un étranger, le premier étant vu comme plus proche de nos intérêts que le second.

On se souvient à cet égard des polémique générés ou des triomphes annoncés après la désignation d’un Allemand à la tête d’Airbus ou d’un Français à la tête de la Banque centrale européenne. Quel climat de défiance dans le premier cas, quelle attitude confiante dans la seconde situation.

On en retrouve aussi l’écho lors de la nomination de Michel Barnier, un Français en charge des marchés financiers. Et la presse anglosaxonne de s’étrangler de cette provocation comme s’il avait eu l’intention de franchir la Manche et de mettre au pas la City.

Certains s’en souviendront. Initialement, le Traité de Lisbonne prévoyait de réduire le nombre de Commissaires aux deux tiers du nombre des Etats membres pour éviter de constituer une armée mexicaine aux portefeuilles flous (voir Traité de Lisbonne : quel bilan 10 ans après ?).
Toutefois, le Conseil européen, au prétexte bienvenu de satisfaire les desiderata du peuple irlandais, a mis en place une dérogation à cette règle, renouvelée sans cesse depuis : il y aura bien un Commissaire par Etat membre. Comme si les Irlandais avaient initialement rejeté le Traité pour une considération aussi triviale.

Cela étant dit, revenons quelque peu sur les nominations française et allemande à la tête de la Banque centrale européenne et d’Airbus. A priori, rien de commun entre la deuxième banque centrale et le premier avionneur. Pourtant, ces deux exemples sont assez ressemblants. Car en définitive, Allemands et Français avaient regretté leurs choix initiaux. Ainsi, de Tom Enders à la tête d’Airbus qui proposa rien de moins que de faire de Toulouse le centre décisionnaire d’Airbus en lieu et place d’un duopole partagé entre Toulouse et Hambourg. Ainsi, de Jean-Claude Trichet qui s’aligna en grande partie sur l’orthodoxie monétaire allemande.

Voulaient-ils donner des gages de leur indépendance vis-à-vis de leur pays d’origine ? S’agissait-il de convictions ancrées depuis toujours ? Qu’importe ici les raisons qui poussèrent ces deux hommes à ces choix. Ils ont su surmonter les réticences initiales. La France se retrouva même à soutenir une prolongation du mandat d’un Allemand ! On avait donc tout vu !

Ainsi, plutôt que de juger les hommes et les femmes sur leur passeport, il serait temps de s’en tenir à leurs compétences respectives.


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