Faire le Brexit sans le Parlement britannique : le pari de Boris Johnson, un déni démocratique ?

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« O temps, suspend ton vol » s’exclame le poète. « O Parlement, suspend ta session » a décidé Boris Johnson. Cette décision du nouveau Premier ministre de suspendre la session parlementaire tout au long du mois de septembre et jusqu’à début octobre n’a pas manqué de susciter de nombreuses réactions, beaucoup soulignant qu’il s’agissait d’une atteinte aux droits du Parlement britannique, voire d’un déni de démocratie.

La stratégie de l’exécutif britannique est certes évidente. Il s’agit de limiter la possibilité que le Parlement britannique se réunisse avant la date reprogrammée du Brexit, à savoir le 31 octobre 2019. En effet, l’idée clairement exprimée par Boris Johnson est d’éviter que le Parlement ne cherche à repousser la date butoir, ou à s’immiscer dans les négociations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Il considère – à tort ou à raison – que le Royaume-Uni sera plus fort dans ses échanges avec le continent, si le débat parlementaire ne parasite pas en parallèle l’affichage d’unité du Premier ministre.

Si on peut clairement déplorer la réduction des prérogatives du Parlement, surtout de la part d’une personne qui n’a pas directement été élue par le Peuple pour exercer le pouvoir qui est désormais le sien, ne tombons pas dans certaines surenchères.

Oui, c’est vrai, il est ironique que le Brexit qui devait, d’après ses partisans, renforcer le rôle du pouvoir législatif, se retrouve à devoir rogner au maximum la caisse de résonance que sont les chambres parlementaires. Oui, c’est vrai, cette décision de Boris Johnson semble directement en contradiction avec les décisions des plus hautes juridictions du pays quant au rôle essentiel du Parlement britannique dans la vie politique du Royaume-Uni en général et dans les négociations sur le Brexit en particulier. Est-il besoin de rappeler qu’au Royaume-Uni, la souveraineté appartient encore par tradition au Parlement, et non au peuple ? Est-il utile de souligner que le résultat du référendum de 2016 n’avait aucune valeur obligatoire ?

Pour autant, c’est une erreur que de vouloir prendre totalement fait et cause pour le Parlement.

De quel mandat dispose-t-il pour mettre à bas le Brexit ? Aucun. Dès lors, celles et ceux qui voudraient faire annuler purement et simplement par le Parlement britannique le référendum citoyen de juin 2016 commettent un pêché d’orgueil. Outre le préjudice réel en terme d’image, pas seulement pour le Royaume-Uni, mais aussi pour l’Union européenne – qui pâtit déjà suffisamment de critiques sur son caractère adémocratique -, il ne faudrait pas que ce que le peuple a souhaité, le Parlement seul le défasse. Si les Britanniques ont changé d’avis – ce que les sondages ne savent d’ailleurs pas certifier -, qu’un nouveau référendum ait lieu. Ou à défaut, que des élections anticipées soient organisées, et que ceux qui s’opposent formellement au Brexit fassent campagne expressément en ce sens. A cet égard, que les Jeremy Corbyn et les autres arrêtent de louvoyer entre deux extrémités et prennent position. A l’issue de ces élections, il sera toujours possible de voir s’il existe une majorité favorable ou non au Brexit.

En attendant ce jour, il importe que chacun prenne dès à présent ses responsabilités. Avec une lucidité rare, suite à un énième rejet de son projet d’accord, Theresa May avait remarqué que « on sait ce que le Parlement ne veut pas, on ne sait pas ce qu’il veut ». Et c’est bien là l’une des difficultés du Brexit. Le Parlement semble incapable de s’accorder autour d’une solution. Les députés britanniques, pour une bonne partie d’entre eux paraissent encore espérer pouvoir concilier le beurre (la sortie de l’UE) et l’argent du beurre (un accord si proche qu’il maintiendrait tout, et si possible en payant le minimum). Ce qui n’est ni tenable, ni envisageable. Si les parlementaires sont contre le Brexit, qu’ils le fassent savoir et agissent en conséquence. Qu’ils renversent Boris Johnson, prorogent les négociations et fassent campagne devant les électeurs sur ce sujet.

En attendant, qu’on le déplore ou qu’on s’en félicite, la sortie sans accord du Royaume-Uni se rapproche à grands pas. A l’Union européenne de s’y préparer au mieux.

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