Game of Thrones : une épopée finissante

[Article garanti sans spoilers]

Alors que la série connaît actuellement son épilogue (plus que trois épisodes pour répondre aux attentes inaccessibles des fans du monde entier), le moment était venu d’écrire quelques mots sur cette série.

A l’instar de la sortie du prochain Star Wars ou du dernier film Marvel, difficile en effet d’ignorer l’influence de cette série dans notre univers culturel. Première en nombre de téléchargements. Souvent en top en des tendances Twitter – et le dernier épisode en date a encore accentué le phénomène. On ne compte plus les déclinaisons plus ou moins mercantiles, et les analyses plus ou moins réussies de ce phénomène culturel.

Avant d’en tirer des réflexions personnelles, quelques mots sur mon appréciation, pour éviter les jugements à l’emporte-pièce : j’ai beaucoup aimé cette série (notamment ses trois premières saisons). J’ai encore plus aimé les livres, que je recommande particulièrement. A contrario d’un Tolkien où le merveilleux du livre Le Seigneur des Anneaux fait parfois oublier les enjeux de pouvoir et les constructions sociétales, l’œuvre de G. R. R. Martin éclaire comme rarement dans l’héroic-fantasy les comportements humains. Ici, il n’y a ni gentils ni méchants, juste des hommes poussés par leurs passions, de l’ivresse du pouvoir à la folie de l’amour.

En parallèle, et aimant écrire moi aussi, j’ai pu être bluffé par la construction narrative, comme en témoignent certaines révélations apparues au gré des livres (ou des saisons) mais distillées par indices bien avant. Si j’avais pu trouver les origines de Jon Snow (le livre étant plus indicatif à ce sujet), j’ai beaucoup aimé la préparation de cette révélation, au travers d’éléments signalés au fur et à mesure de la lecture. Cette construction montrait que l’auteur avait, au moins pour les arcs narratifs principaux, toujours su où il voulait aller. Construction opposée à celle de J.K. Rowling pour Harry Potter dont les rebondissements de dernière minute et les doutes exprimés depuis par l’auteur me laissent penser que l’autrice n’avait pas idée d’où elle allait et qu’elle a rattaché par la suite des éléments des livres précédents à des idées plus récentes.

Pour autant, appréciant Game of Thrones à l’origine, je suis content qu’elle finisse. En effet, les dernières saisons ont clairement baissé en qualité.

La faute notamment à nombre d’arcs narratifs bâclés – tort ici partagé à mon avis avec les livres. En effet, alors que l’auteur a écrit 5 livres, on ne voit pas très bien comment il pourrait résoudre en deux livres l’ensemble des histoires lancées au gré des 5 premiers. Je pense que ce n’est pas un hasard si l’auteur a du mal à conclure cette saga. Trop de récits périphériques ont été mis en avant, un trop plein difficile à achever correctement, sans précipiter leur fin. Ce qui faisait l’une des forces, sa polyphonie d’histoires, devient au fil du temps une de ses faiblesses. Forcément, la série n’a pas su éviter un tel écueil, malgré la réduction bienvenue de certains arcs – une indigestion de Targaryen notamment.

La faute aussi inversement à des épisodes étirant les enjeux pour mieux faire monter la tension. Ici, une grande pensée pour l’épisode 2 de la saison 8 qui a balayé l’ensemble des personnages principaux avant la grande bataille. Scène qui dans un film à grand spectacle aurait duré 15 min, scène ici qui a duré 55 min – sans pour autant être réellement justifiée ! Je pense forcément aussi aux épisodes où Daenerys règne sans intérêt dans les cités esclavagistes ou qu’Arya s’entraîne à Volantis.

En parallèle, la bataille de l’épisode 3 m’aura quelque peu laissé sur ma faim. En plus d’être atterré devant la disposition des troupes (à quoi bon un château ?), l’impression désagréable d’assister un peu avant la fin à un remake déguisé des Avengers.

Difficile forcément de conclure une telle saga qui aura su passionner des millions de personnes. J’espère au moins qu’elle aura le courage de ses ambitions et donnera au spectateur le prince qui fut promis… la fin qui fut promise : une fin douce amère.


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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Antoine dit :

    Ca rejoint précisemment ce que je pense de Game of Thrones. Des livres excellentissimes mais qui se sont sans doute trop dispersés et expliquent l’impossibilité par l’auteur de les finir. Une série très bonn également malgré une baisse de qualité certaines sur les dernières saisons, et une influence « Avenger » hélas de plus en plus marquée… Les deux supports m’auront énormément marqué, et je suis content que la série télévisée se termine (en espérant un final rattrapant les derniers épisodes)

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