Elections européennes 2019 : la non-campagne

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Citoyens recherchent débat public désespérément. Pas le « grand débat public » lancé avec tout l’apparat de l’Etat, mais bien le petit débat classique, celui qui est censé précéder une élection, celui qui permet aux citoyens de se faire une opinion et de voter de manière éclairée. Car oui, comme tout le monde semble l’avoir oublié, il y a une élection dans presque 30 jours. Une élection, et non des moindres. Il s’agit quand même d’élire des députés européens, soit le colégislateur de l’Union européenne (voir Elections européennes 2019 : à quoi sert le Parlement européen ?).

Alors oui, l’actualité est capricieuse. Et les sujets brûlants ne manquent pas. Surtout que les chaînes d’info en continu sont là pour nous faire croire qu’à chaque seconde arrive un événement déterminant. Le bruit devient plus rassurant que le silence. Forcément, ces dernières semaines, les Gilets jaunes ont saturé l’espace médiatique. Si j’ai une sympathie pour certaines des revendications affichées par ce mouvement (notamment l’ISF – voir Réforme de l’Impôt de solidarité sur la fortune : une erreur à plusieurs titres), je n’en reviens pas que certains non-événements soient glosés comme des tournants capitaux dans l’histoire du pays. On en arrive aujourd’hui à faire plus de pages pour l’acte nième du mouvement qu’un jour de grève général.

On ne peut que regretter, à cet égard, le désinvestissement de la presse sur les élections européennes à venir, qui auraient mérité plus que quelques entrefilets ça et là, mais de constituer des relais directs auprès des électeurs afin de mobiliser les esprits sur un vote bien trop sous-estimé. Même le quotidien de référence, Le Monde, ne fait toujours pas figurer dans ses sujets d’actualité : les élections européennes 2019 ! Et ce n’est pas faire offense aux intéressés que de s’interroger sur la mise en lumière de sujets pourtant éculés comme Carlos Ghosn, la Libye ou Donald Trump.

Le Monde Européennes 2019

(Capture d’écran, en date du 12/04/2019)

Difficile à admettre. Mais, c’est Le Figaro qui sauve un peu l’honneur.

Le Figaro Europeennes 2019

(Capture d’écran, en date du 21/04/2019)

Pour autant, sur l’échelle des fautifs, la presse n’est pas la première à regarder. Les politiques sont les premiers responsables de cette absence de campagne. Et le premier d’entre eux a – et c’est bien regrettable – a sa part de responsabilité dans cette campagne. Comment parler d’Europe alors que s’est greffé le « grand débat national », qui peine à se terminer et à se conclure ? On ne peut que déplorer ce débat – non sur le fond, mais sur la forme – qui est venu paralyser complément toute discussion à propos des élections européennes. Et le pire, c’est que l’idée a visiblement caressé un temps le Président de procéder à un référendum le jour même des élections européennes 2019. Si on voulait dire qu’on s’en contrefiche de ces élections, on ne trouverait pas meilleur moyen de les remédier à l’arrière-plan.

En parallèle, comme à chaque fois, ces élections européennes auront abouti à une non-campagne, les partis se concentrant sur les sujets nationaux. Pour un parti comme La République En Marche qui avait fait de ce scrutin une échéance clé, on ne peut que déplorer une stratégie d’évitement du sujet et une faible mobilisation des acteurs. Faible mobilisation qui s’explique notamment par la volonté du Président de la République de préempter ce sujet – assurément un plus – mais qui empêche une participation plurielle dans cette campagne. On pourrait aussi gloser quelque peu sur les têtes d’affiche qui se caractérisent pour beaucoup par une absence totale de charisme. A croire que c’est la course à « Qui sera le candidat le plus insignifiant ».

On ne peut pas dire, en plus, qu’a contrario d’un duel de listes, on ait une opposition de programmes. Entre ceux qui travestissent continuellement la réalité (voir Elections européennes 2019 : l’avènement de la désinformation) et ceux dont on se demande bien ce qu’ils ont à dire, l’électeur consciencieux se retrouvera bien en difficulté de faire un choix.

Il ne faudra pas, comme après chacun scrutin européen, venir se plaindre du taux de participation (voir Elections européennes 2019 : l’abstention pour seul horizon ?).


Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. O dit :

    Je suis parfaitement d’accord avec vous lorsque vous dites qu’il n’y a pas de débat. En 2017 aussi,
    d’ailleurs, pendant la campagne des élections présidentielles, il n’y a eu aucun débat. Certains journalistes racontaient même que lorsqu’on demandait aux hommes /femmes politiques de s’exprimer sur des sujets essentiels comme la laïcité, ils éludaient tous la question. Et en 2022 ce sera très certainement la même chose (ce qui du reste m’indiffère , ayant déjà pris le parti de m’abstenir).Je suis également d’accord lorsque vous parlez du manque de charisme des candidats (mais en fait il ne s’agit pas que d’un manque de charisme : c’est bien plus grave…). Mais…paragraphe 3 ! ‘Le quotidien de référence, Le Monde « …non, non, non ! Il y a trente ans, peut-être (je suis trop jeune pour l’avoir lu à cette époque), mais pas en 2019 !
    Bien à vous .

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