OTAN en emporte les Etats-Unis

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(Ukraine – 2010)

Cette année, une organisation parmi les plus contestées de la planète va fêter ses 70 ans : l’Organisation sur le Traité Atlantique Nord. Cette institution suscite beaucoup de débats, particulièrement en France. Elle est souvent vue comme le véhicule des Etats-Unis, et une preuve de dépendance des Etats européens à l’égard de l’Oncle Sam.

Pour rappel, initialement, l’OTAN s’est constituée comme une alliance militaire contre l’URSS. Nous sommes alors en pleine guerre froide et il s’agit de nouer un système de protection et de défense entre les alliés. Comme l’a très bien résumé le premier secrétaire de l’OTAN, Lord Ismay, il s’agissait de « garder les Américains dans l’Europe, les Russes dehors et les Allemands en bas » (in, out and down). La France a rejoint l’OTAN dès l’origine. A cet égard, la France est toujours restée un membre important de l’organisation, y compris durant la Présidence de Charles de Gaulle.

En parallèle, dès l’origine, la construction européenne a pensé à mettre en place une organisation de défense commune, alternative au système américain. Néanmoins, cette Communauté européenne de défense, à l’ambition extrême, a été rejetée par l’Assemblée nationale française par un assemblage baroque associant gaullistes et communistes (voir Traité de Rome : sexagénaire Europe ) Empêchant certes la construction d’une défense européenne, cette alliance de circonstances a surtout permis à l’OTAN de prospérer en Europe sans organisation concurrente. Drôle de stratégie que de préférer une création américaine à un système européen.

Avec la disparition de l’URSS, la question de la pérennité de l’OTAN s’est logiquement posée. Pourtant, les Etats-Unis comme les Etats européens ont souhaité maintenir cette organisation. Déjà, il n’était pas certain que la Russie qui a succédé à l’URSS soit empreinte d’intentions pacifiques – la suite l’a plutôt bien démontré d’ailleurs. Ensuite, d’autres menaces communes pouvaient voir le jour et justifier le maintien de cette alliance militaire.

Dès lors, traiter de la question de l’OTAN nécessite d’aborder deux points : l’OTAN et la France, et l’OTAN et l’Union européenne.

Tout d’abord, l’OTAN et la France. Aborder les relations entre l’OTAN et la France revient forcément à évoquer le général de Gaulle. En effet, difficile de couper à cette figure de l’indépendance nationale (voir Election présidentielle 2017 : tous gaullistes ?). Pourtant, de Gaulle n’a jamais été un adversaire résolu de l’OTAN, malgré l’image que voudraient en donner certains partis politiques sur les deux extrêmes du spectre politique. En effet, si de Gaulle quitta bien le commandement intégré de l’OTAN en 1966, jamais la France ne sortit de l’OTAN en elle-même. La décision de quitter le commandement intégré, associée au départ des troupes américaines du territoire français, était certes symbolique. Toutefois, elle ne doit pas tromper. Elle revêtait une apparence surtout technique, la France restant d’ailleurs liée au mécanisme de défense commune de l’OTAN.  Derrière tous ces discours de non-alignement, De Gaulle n’en continuait pas moins à penser que les alliés de la France se situaient à l’Ouest, non à l’Est.

Jusqu’à l’arrivée de Nicolas Sarkozy, la France s’était résolue à ce positionnement baroque d’avoir un pied dedans et un pied dehors de l’organisation – de là, à penser que ce modèle fut une source d’inspiration pour les Britanniques dans leurs relations avec l’Union européenne. Ce positionnement de la France ne l’a pas empêché de participer à la première guerre du golfe sous l’égide de François Mitterrand, ni de s’opposer à la guerre en Irak sous le mandat de Jacques Chirac.

La donne changea quelque peu avec l’élection de Nicolas Sarkozy qui rejoignit le commandement intégré de l’OTAN. On peut certes critiquer l’opportunité d’un tel choix, surtout sans réelle contrepartie. Néanmoins, il ne faut pas lui prêter une portée qu’il n’a pas. Non, la France ne s’est pas alignée sur les décisions américaines à venir. Non, la France n’a pas aliéné son indépendance. A cet égard, Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères a fait un état des lieux très instructif de cette décision, à la demande de François Hollande. S’il regrette la décision de Nicolas Sarkozy de rejoindre le commandement intégré compte tenu de la symbolique qu’elle porte, il rejette l’idée de sortir à nouveau de ce commandement car comme il le souligne, nos alliés ne comprendraient pas cet énième revirement. En effet, en dehors des querelles franco-françaises, ce débat est difficilement audible à l’extérieur de nos frontières puisque la France est l’un des membres historiques de cette alliance.

Ensuite, l’OTAN et l’Union européenne. C’est peu dire que les rapports entre les deux entités font l’objet de fantasmes. Certes, la plupart des membres de l’Union européenne sont aujourd’hui membres de l’alliance atlantique. Mais, cette liaison est davantage historique : l’absence d’une Europe de la défense torpillée dès l’origine – et pas par les Américains, mais les Français. En réalité, l’Union européenne n’est pas directement liée à l’OTAN, même si les traités européens mentionnent l’OTAN. Cette référence doit beaucoup à l’inquiétude de certains Etats de voir se construire un projet concurrent à l’OTAN et donc sans les Américains. Or, pour l’heure, compte tenu du passif historique, le parapluie américain apparaît encore à beaucoup d’Etats comme le meilleur garde-fou face à certains de leurs voisins environnants (notamment à l’Est).

Pour autant, la distanciation prise récemment par Donald Trump pousse enfin les Européens à envisager une voie alternative à l’alliance atlantique, une voie plus autonome des Américains. On pourrait croire qu’un tel parti-pris réjouirait les contempteurs  traditionnels des Américains. Il n’en est rien. Certains, à l’instar de Jean-Luc Mélenchon, dénoncent dans ce projet d’Europe de la défense une Europe de la guerre (voir Europe de la défense : à l’attaque ?). Il est pourtant loin le moment où l’Union européenne aura une armée intégrée, et surtout une envie de se projeter à l’international.

En attendant cette construction future, il ne sert à rien de couper les ponts d’une alliance dans laquelle, il faut aussi le relever, les militaires des différents pays européens ont appris à travailler ensemble et à organiser des interventions communes.

On le voit bien, la réalité est plus complexe que certains discours portés par l’UPR, le RN, Debout la République ou la France Insoumise. Non, sans ironie, ces partis conspuent le conditionnement de l’OTAN pour mieux se jeter dans les bras de la Russie. A tout prendre, je préfère la démocratie américaine à l’autoritarisme russe. Et la seule alternative à l’OTAN n’est pas dans un hypothétique isolement, mais dans la construction d’une défense européenne. Sauf à vouloir n’être qu’une grande Suisse (voir Europe : une puissance internationale ?)

7 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. O dit :

    L’OTAN aurait toute sa raison d’être si elle avait pour ambition de soutenir la lutte contre les islamistes, en Afrique sub-saharienne ou ailleurs. Si ce n’est pas le cas, son existence est dénué de fondement dans le contexte du vingt et unième siècle.L’OTAN devrait également être un frein aux ambitions du régime turc fasciste d’Erdogan. Mais, problème…la Turquie fait partie de l’OTAN ! Ubuesque.

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    1. O dit :

      Dénuée de fondement. (faute de frappe)

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  2. O dit :

    En effet, comment peut-on oser préférer la Russie, pays francophile, aux USA, pays éminemment francophobe ? Comment peut-on oser nier que les USA soient une grande démocratie, alors que 25 % des personnes incarcérées sur terre sont incarcérées dans ce sympathique pays, où par ailleurs suprémacistes blancs et noirs ont pignon sur rue , et où les parents apprennent à leurs enfants à tirer au fusil d’assaut ?

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    1. Nicolas dit :

      Je ne suis guère surpris par votre russophilie. Néanmoins, je ne partage clairement pas votre point de vue. Et les sujets d’interventionnisme russe tout azimut au détriment de nos démocraties ne manquent pas.
      De manière plus générale, l’UE doit considérer sa relation avec la Russie sans naïveté.
      https://regardseuropeen.org/2016/08/05/russie-sanctions-partenaire-union/

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      1. O dit :

        Je ne suis pas spécialement russophile. A moins qu’aimer Tchaïkovski et Tcheckov soit considéré comme de la russophilie. Sur les ingérences américaines en France : voir les révélations des écoutes de la NSA, le financement d’organisations identitaires et racistes par des fonds américains (voir dossier Marianne paru il y a quelques mois), les campagnes de presse diffamatoires et francophobes de la presse étasunienne depuis 2003 etc…Je ne suis pas atteint du syndrome de Stockholm.

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      2. Nicolas dit :

        Je ne prétends nullement que les Etats-Unis soient un modèle d’exemplarité. D’ailleurs, notre pays s’en distingue et ce, dans plein d’aspects. Je continue juste à penser qu’il vaut mieux l’Atlantique à l’Oural. Et cela ne date pas d’hier. Mais, je continue d’être surpris par cette espèce d’attirance que continue d’avoir la Russie autoritaire de Poutine aux yeux de nombre de Français.
        https://regardseuropeen.org/2018/03/23/poutine-russie-autoritarisme-soutiens/

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