Le Brexit n’aura pas lieu

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(Big Ben – Londres, Royaume-Uni)

Avertissement : Toute ressemblance avec des situations ou des personnes réelles serait purement fortuite.

 

Il était tard ce lundi soir. Une nouvelle session extraordinaire avait été convoquée. Objectif : éviter que l’impensable ne se produise. Dans les travées du Parlement britannique, la tension était palpable. Depuis plusieurs semaines, les nerfs de chacun avaient été mis à rude épreuve. Lorsqu’on s’enorgueillit de siéger au sein de la plus vieille démocratie du monde, il n’est jamais agréable de se retrouver vilipender dans la presse. Que les tabloïds anglo-saxons se moquent, c’est supportable. Mais être la risée de la presse dans son ensemble, ce n’est pas vivable. Un tableau de Bansky, le célèbre graphiste, avait même été ressorti pour l’occasion, grimant les parlementaires en singes. Heureusement, aucun n’avait été peint en orang-outang. Après tout, on était passé proche de faire un vote sur l’opportunité de faire un vote.

Des voix avaient même suggéré de s’en remettre à la Chambre des Lords, tant la Chambre des Communes paraissait avoir atteint une nouvelle échelle dans le pathétisme. Face à l’incapacité de la seconde, s’en remettre à la première.

Dans son atmosphère irrespirable que certains n’hésitaient pas à rapprocher de celle qu’avait connu le pays avant-guerre – les parallèles douteux proliféraient toujours autant -, un énième vote était en cours. Le dernier d’une nouvelle série. Une ultime motion était présentée à cette Assemblée. Le Parlement allait-il encore conclure une séance par un « no » ? Un esprit farceur avait d’ailleurs suggéré que les questions ne soient plus posées sous forme affirmative, mais négative afin de voir si cela permettrait de changer l’orientation de la Chambre des communes.

312 votes pour, 308 votes contre. La motion était adoptée. Une stupeur générale gagna la salle. La motion était adoptée. Magie des nouvelles technologies de l’information : une seconde après, la Commission européenne annonçait sur les réseaux sociaux prendre acte de la décision de la Chambre des Communes. Donald Trump réagissait immédiatement sur Twitter « MAKE BRITAIN GREAT AGAIN ». Un tweet aussitôt aimé par Matteo Salvini et Marine Le Pen.

Dans l’enceinte de la Chambre des communes, le choc était encore important. Ainsi, le « oui » l’emportait. La motion était adoptée. Les parlementaires échangeaient des regards presque inquiets devant la fin de ce qui avait longtemps leur quotidien : accepter dans l’urgence le moins pire des accords avec l’Union européenne. Theresa May restait prostrée dans son fauteuil. Boris Johnson s’apprêtait déjà à jeter à la volée un discours mûrement réfléchi pour saluer le travail de son prédécesseur et l’invitait à se retirer pour le bien collectif. Il ne manquait qu’à retrouver le titre de cette motion pour l’insérer au bon endroit dans son envolée. Motion Z. En découvrant la lettre, Boris Johnson fut surpris. Il ne se rappelait pas avoir vu passer cette motion. Il l’ouvrit et ne découvrit qu’une page blanche avec pour en tête les seuls deux mots « Motion Z ». Pas d’exposé des motifs ni d’indication à l’intérieur.

« Trahison » hurla Boris Johnson, faisant converger les regards sur sa personne. « Qu’est-ce que cette motion Z vide de toute proposition ?
– C’est la position du Parlement britannique sur le Brexit, lui répondit pince sans rire le speaker.
– Je suis perdu ! s’exclama un député conservateur du Sud de l’Angleterre. Je pensais qu’il fallait voter pour. Je ne comprends plus rien à ces histoires. On marche quand même sur la tête. La Première ministre en arrive quand même à demander de voter un accord, en échange de quoi elle démissionnerait. Ne souhaitant pas qu’elle parte et ne voulant pas qu’elle soit remplacée par Boris Johnson, j’en arrive à voter contre un accord que je soutiens par ailleurs.
– Je ressens la même chose, cher collègue, embraya un député de l’opposition. Je suis censé voter contre un accord dans le but de faire tomber Theresa May et ainsi voir de nouvelles élections anticipées qui nous permettraient d’arriver au pouvoir, pour à la fin proposer peu ou prou le même type d’accord. Résultat, je vote pour car je ne crois pas que nos électeurs souhaitent un tel accord.
– Trahison ! Le Parlement britannique a adopté une motion sur le Brexit qui ne contient pas un mot sur l’Irlande du Nord ! Vous comptez faire le Brexit dans notre dos, s’écria le chef de file du DUP. Je retire mon soutien au gouvernement.  »

A la suite de cet événement, le gouvernement de Theresa May tomba. De nouvelles élections anticipées durent être organisées, en même temps que les élections européennes. Pour éviter un no deal, un report de plusieurs mois fut demandé. A l’instar de Charles Quint, Theresa May partit se retirer dans un couvent. Boris Johnson prit congé de la politique britannique à la suite de sa défaite et décida de se lancer dans une carrière de comédien et plus particulièrement, de sosie de Donald Trump. Ce dernier d’ailleurs twitta « British are bastards ». Mais, on ne sut jamais si c’était en réaction aux difficultés à s’affranchir du Brexit ou à la défaite humiliante de son pays face au Royaume-Uni au football la veille au soir.

On apprit plus tard que tout ce chaos avait été causé par un député britannique farceur qui avait voulu faire un poisson d’avril à ses collègues, en les invitant à s’exprimer autour d’une motion qui ne contenait rien.Il ne savait pas à quel point il était visionnaire puisque lorsque les négociations reprirent, les Britanniques demandèrent à repartir de zéro. D’une feuille blanche. A charge eux pour de s’accorder  sur ce qu’il fallait mettre dedans.


Voir aussi :
¤ Brexit : le soap permanent ?
¤ Brexit : tragédie shakespearienne

Pour un état plus réel de la situation, voir :
¤ Un Parlement en opposition, un gouvernement en perdition : le Brexit en suspension
¤ Brexit : faites vos jeux, rien ne va plus…

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