Un Parlement en opposition, un gouvernement en perdition : le Brexit en suspension

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Jamais deux sans trois. Le Parlement britannique vient de rejeter pour la troisième fois l’accord de retrait présenté par Theresa May (voir Brexit : un rejet logique, des incertitudes multiples). Difficile ici de ne pas avoir une petite pensée pour Albert Einstein. Non pas au concepteur de la relativité – pourtant bien utile ici, mais à l’inventeur de cette phrase : « La définition de la folie, c’est de refaire toujours la même chose, et d’attendre des résultats différents »

Pourtant, ni le Parlement britannique ni Theresa May ne sortent vainqueurs de ce pourrissement : la PM s’obstine dans une stratégie qui ne fonctionne pas ; le Parlement est incapable de proposer autre chose. Comme l’avait justement relevé Theresa May un peu désabusée lors du premier rejet, « on sait ce que le Parlement britannique ne veut pas, on ne sait pas ce qu’il veut ».

Néanmoins, Theresa May ne peut s’exonérer non plus de toute responsabilité tant elle a mené solitairement une négociation qui devait se terminer par l’approbation du Parlement. Elle ne semble pas avoir tenu compte de la décision de la High Court qui avait rappelé le rôle central de l’institution parlementaire dans ce processus. Je m’interrogeais justement à l’époque sur l’impact de cette décision dans le positionnement du Parlement (Article de 2016, Brexit : le chemin de croix de Theresa May) : « Se contentera-t-il d’être une simple chambre d’enregistrement du vote populaire ? Ou, sera-t-il le lieu d’un deuxième round au débat Brexit/Bremain ? La Premier ministre court le risque alors de voir sa majorité réunie autour d’elle se fragmenter à nouveau sur un sujet aussi épineux. » 

Si Theresa May est jusqu’à aller mettre sa démission dans la balance, les ralliements des candidats à sa perte n’auront pas suffi à atteindre le seuil nécessaire. La faute notamment à ses 10 alliés nord-irlandais, irrésistiblement accrocheurs, de peur d’être désuni de la mère patrie. La frontière irlandaise encore et toujours (voir Question irlandaise et Brexit : la quadrature du cercle). La paix permise par l’Europe. Le prix aussi d’une alliance de circonstance des Conservateurs avc le DUP pour rester majoritaire.

Le Brexit est un immense chemin de croix pour Theresa May qui encaisse les avanies et les coups durs (voir Brexit : May Day). Mais, comment penser qu’elle puisse encore rester à la tête de son pays après avoir proposé sa démission ? Sans cap, le navire britannique risque bientôt de se retrouver sans capitaine. Le Brexit s’avère un gigantesque champ de bataille politique sur lequel veillent quelques élus désireux de tirer profit pendant que les citoyens épuisés n’y prêtent qu’un regard désabusé (voir Brexit ou l’impossible unité ?). Il reste heureusement dans ce marasme à saluer l’inventivité des caricaturistes et humoristes qui permet de donner quelques couleurs à une situation bien terne.

O temps suspend ton vol dit le poète. Ici, le temps court irrémédiablement contre le Royaume-Uni, alors que se profile déjà une nouvelle échéance, et certainement une nouvelle consultation. Le 12 avril est le nouveau 29 mars. Jusqu’au prochain contre-temps…


Voir aussi Brexit : faites vos jeux, rien ne va plus… et Brexit : un divorce partiel douloureux

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