Brexit : faites vos jeux, rien ne va plus…

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(Londres, Royaume-Uni)

Non. Non. Oui. Voilà comment résumer les trois drôles de jours que connut le Parlement britannique du mardi 12 au jeudi 14 mars, une période consacrée exclusivement au Brexit. Difficile d’en faire résumer succinct ET intelligible. Le Parlement britannique a quand même dû examiner un panel d’options sur la table, l’acmé au fond de mois et mois de débats dans cette enceinte et ailleurs. Faute de ligne claire au Gouvernement et de majorité au Parlement britannique (voir Brexit ou l’impossible unité ?), faute en réalité d’aborder les vrais sujets de fond et leurs lots de difficultés, l’ensemble de la classe politique britannique continue d’être dans des postures. Ainsi, après avoir glorieusement voté il y a quelques dizaines de mois que le Royaume-Uni sortirait le 29 mars 2019 au plus tard, le voilà contraint de repousser sine die son départ. Néanmoins, avant d’en arriver au scénario actuellement en vigueur, revenons brièvement sur quelques uns des épisodes de ce drame pathétique.

Jour n°1 – Le Parlement britannique rejetait – à une toujours très large majorité – le projet d’accord avec l’Union européenne présenté par Theresa May, projet à peine amendé au fond de l’original qui fut repoussé à la mi-janvier. Ou comment perdre deux mois bêtement.

Jour n°2 – Le Parlement britannique rejetait le scénario d’un no deal. A une très courte majorité, il interdisait toute perspective de no deal sans son accord.

Jour n°3 : Le Parlement britannique approuvait le scénario proposé par Theresa May : nouveau vote le 20 mars. En parallèle, le Parlement britannique rejetait l’idée d’un deuxième référendum. Entretemps, une proposition d’examiner l’ensemble des autres options (Union douanière, AELE, etc…) était repoussée. A deux voix près !

Que retenir de ces trois jours ?
Le point risible : un ministre déposant un amendement pour voter contre ensuite.
Le point bascule : deux voix seulement ont manqué pour examiner TOUTES les options.
Le point avancement : un nouveau vote potentiellement prévu le 20 mars, soit à peine six jours après tout ce pataquès et à moins de dix jours du départ effectif du Royaume-Uni.

L’essentiel dans tout ça, c’est que oui, le Parlement britannique va à nouveau voter. Errare humanum est, perseverare diabolicum…. Sur le même projet d’accord. Errare humanum est, perseverare diabolicum…. Avec des hypothèses de réussite qui restent faibles, même si la lassitude finira par gagner aussi les parlementaires britanniques (voir Brexit : un rejet logique, des incertitudes multiples). Surtout que Theresa May a assorti cette nouvelle consultation d’une menace. En cas de nouveau refus, le Brexit serait reporté pour une durée indéterminée. Si le Parlement avalise le projet d’accord, le report ne sera que de trois mois.

Rappelons toutefois que dans un cas comme dans l’autre, le Conseil européen – à l’unanimité – doit donner son accord à toute prolongation. C’était d’ailleurs pour cette raison que le Royaume-Uni avait longtemps tardé à déposer sa notification de retrait (voir 3…2…1… Brexit !).

Rappelons aussi qu’un report au-delà du 1er juillet 2019 ouvrirait la voie à des byzantismes juridiques de mauvais aloi pour concilier cette échéance avec les élections européennes 2019. On n’est plus à l’abri que siègent des députés britanniques lors de la nouvelle législature au Parlement européen. Nigel Farage en ferait-il parti ? Ce serait au moins un clin d’oeil ironique à toute cette histoire.

Rappelons enfin que le plus dur reste à venir : la relation future à construire après le Brexit (voir Brexit : un divorce partiel douloureux).

Quels seront les rebondissements de cette nouvelle semaine de vote ? Faites vos jeux !

4 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Egdltp dit :

    J’espère que le Conseil Européen sera plus cohérent. Vouloir partir avec un Deal mais sans celui qui a été négocié… Les MP marchent sur la tête…
    Pour moi ils ont 3 solutions et il faut que le Conseil Européen dise ce qui se passe sans décision de la Chambre des communes :
    S’ils ne bougent pas avant la fin juin 2019, date d’ouverture de la législature du nouveau parlement européen, ils sortent sans accord.
    Ils ont le choix entre cette solution, signer l’accord qui est sur la table ou abandonner le Brexit. Ils ont 3 mois pour se décider.
    Croyez vous que nos politiques à Bruxelles sont capables de porter ce scénario ?

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    1. Nicolas dit :

      Je ne pense pas car les Européens sont « trop » conciliants avec les Britanniques.
      Surtout, le pire des scénarios serait pour moi un report ad vitam eternam du Brexit qui susciterait du ressentiment contre l’UE.

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  2. cabanis dit :

    Bonjour et merci pour votre vigie sans pareil sur l’Europe. En ce qui concerne le Brexit, on a pris l’habitude de lire dans les éditos que cette sortie est un gâchis pour les deux parties.Pourriez-vous rappeler les bénéfices que tirent l’Union d’une sortie du Royaume Uni ? Il ne me semble pas être le seul à voir d’un très mauvais œil un éventuel statu quo pour revenir à la situation pré Brexit. Encore merci

    Aimé par 1 personne

    1. Nicolas dit :

      Bonjour,
      J’avais eu déjà l’occasion, au tout début de ce blog, d’expliquer pourquoi le Brexit pourrait selon moi constituer une opportunité pour l’Union européenne (cf https://regardseuropeen.org/2016/05/02/brexit-bonne-chose-europe/).
      Cette appréciation a d’ailleurs été reprise dans l’hypothèse d’un Bremain (https://regardseuropeen.org/2016/06/24/bremain-tout-sauf-une-sinecure/) ou plus récemment lors des discussions d’un deuxième référendum (https://regardseuropeen.org/2018/09/26/brexit-deuxieme-referendum-mauvaise-idee/).
      Sans tout reprendre ici, je pense que le départ du Royaume-Uni a plusieurs vertus :
      – renforcer la cohésion interne (le Royaume-Uni n’étant ni membre de l’euro ni de l’espace Schengen)
      – avancer dans l’intégration (le Royaume-Uni ayant souvent bloqué de nombreux volets)
      – donner un exemple d’une sortie de l’UE par un « grand » Etat.
      Surtout, je crois que maintenant que le processus est engagé, il serait PARTICULIEREMENT délétère en terme d’image que le Royaume-Uni n’en vienne à ne jamais quitter l’UE. C’est préférable que celui-ci en sorte, quitte à ce que dans quelques mois, il effectue une demande d’adhésion. Quel camouflet pour les eurosceptiques de tout bord !
      En espérant avoir pu répondre à votre commentaire et merci pour votre message :).

      Aimé par 1 personne

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