Elections européennes 2019 : l’avènement de la désinformation

On l’avait senti poindre à plusieurs reprises lors de la campagne présidentielle 2017, sans pour autant parvenir à s’imposer réellement. Comme un frémissement. Si la victoire du Brexit et le triomphe de Trump avaient généré une avalanche sans précédent de désinformation au cours des campagnes britannique et américaine (voir Brain Dead ou le néant de la politique), curieusement, la France a été relativement épargnée. Certainement, la concentration d’une partie du débat autour de la candidature de François Fillon a détourné la problématique. Certainement aussi, la France plus habituée au froid débat d’entre-deux-tours n’était pas prête à basculer dans le monde de l’entertainment. En témoigne à cet égard la chute dramatique de Marine Le Pen dans les intentions de vote au sortir d’une confrontation où elle se sera remarquée pour ses pitreries et approximations. Il faut croire que les Français n’étaient pas prêts.

Pourtant, en ce début d’année 2019, la tendance est clairement inversée. Il faut reconnaître qu’en l’absence de campagne réelle – à moins de trois mois de la votation ! – et faute de connaître l’ensemble des têtes d’affiche – La République en Marche et le Parti socialiste étant pour l’heure furieusement absents -, le débat nécessaire se déploie dans des directions insoupçonnées.

Si on laisse de côté les Gilets jaunes qui occupent quelque peu l’espace médiatique – et ce ce blog par la même occasion, voir ici -, quatre sujet ont concentré l’attention des politiques de tout bord, et notamment ceux situés à droite de l’échiquier : deux sujets dits internationaux (le Pacte de Marrakech et le Traité d’Aix-la-Chapelle) et deux sujets plus nationaux (la comparaison d’un retraité et d’un migrant ; et les liens des journalistes avec le pouvoir).

Dans une sorte de concurrence du pire, les leaders du Rassemblement national et de Debout la République ont alternativement pris les devants pour réagir à de supposés scandales. D’emblée, il faut le souligner : cette course entre les deux anciens alliés d’un soir ne vise qu’à asseoir l’hégémonie de l’un ou l’autre sur l’extrême-droite française – Nicolas Dupont-Aignan y mettant d’autant plus de zèle qu’il se sait particulièrement en retard sur sa rivale.

Sur les sujets internationaux : à chaque fois, la même manœuvre. On fait semblant de s’indigner à propos d’un texte public et accessible à tous. On lui fait dire ce qu’il ne prévoit pas. On annonce le pire, sous couvert d’un vaste complot global. Et on s’assure ainsi d’un maximum de partages. Une bonne partie de la population ne prenant même pas la peine de se demander quel serait l’intérêt pour nos gouvernements d’adopter une telle mesure ! Ce fut d’abord le Pacte de Marrakech où les gouvernements furent accusés d’ourdir un vaste plan sur les migrations. Ce fut ensuite le Traité d’Aix-la-Chapelle accusant Emmanuel Macron de céder rien de moins que l’indépendance de la France à l’Allemagne.

Plus récemment, cette course a connu un nouveau tournant, avec des sujets plus nationaux. Marine Le Pen a ouvert le bal en affirmant abusivement qu’un migrant étranger était mieux traité qu’un retraité français. Cette déclaration a été développée par la suite, à grands renforts d’illustrations chocs et de raccourcis douteux, pour tenter de répondre aux contre-analyses effectuées par la presse. Force est de constater que loin de l’arrêter, cette contre-démonstration l’a visiblement galvanisée puisqu’elle s’est enfoncée dans son histoire et a persisté au-delà de toute réalité. A l’instar de Donald Trump, Marine Le Pen ne s’embarrasse plus des faits et préfère poursuivre dans ses affabulations.

Forcément, son concurrent direct ne pouvait rester de marbre et a trouvé un combat dans la supposée servilité de la presse avec le pouvoir. Tout est bon ici pour faire le buzz. Procédé qu’avait d’ailleurs déjà employé ce même Nicolas Dupont-Aignan en 2017, avec le succès qu’on lui connaît.

A ces deux politiques, il ne faudrait pas oublier non plus à l’heure du bilan leur homologue de chez Les Républicains, qui en plus de contribuer au déport vers la droite de son parti, en fait de moins en moins un parti de gouvernement (voir Propos de Wauquiez : la fin du « politiquement correct » signifie-t-elle le début du parler-vrai ?), comme le montre d’ailleurs un discours qui fleure de plus en plus l’euroscepticisme.

Certains préfèrent rire de la puérilité du comportement de ces politiques. Attention toutefois à ne pas rire jaune le lendemain de l’élection en découvrant le résultat.


Dossier sur les élections européennes ici, voir notamment Dix bonnes raisons d’aller voter aux Européennes 2019 ! et Dix mauvaises raisons de ne pas aller voter aux élections européennes 2019 !

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. O dit :

    Ce qui est étonnant c’est que vous pointez toujours les mêmes. Quid des fake news et mensonges de Macron et LREM, du parti socialiste (qui n’a de socialiste que le nom ) et de la France Insoumise (laquelle est tout sauf insoumise ) ? Quid de la propagande xénophobe propagée sur la France par des journaux pro-clinton tels que le New York Times ou The Washington Post ? Ou The Guardian ? Quid des mensonges et du double discours du parti démocrate américain, qui sert aujourd’hui de vitrine officielle à des groupuscules d’extrême droite afro-suprémaciste (notamment Nation of islam) ? La liste n’est guère exhaustive, mais les partis que vous citez ne sont pas pires que leurs adversaires en matière d’intox et de propagande . En outre, à propos de Wauquiez il faut être précis sur les termes : l’euroscepticisme ne signifie pas l’europhobie et le rejet de l’Europe, mais la contestation des innombrables dérives menant l’Europe à sa perte. L’eurosceptique est celui qui souhaiterait voir l’Europe réussir mais qui constate qu’elle va droit au mur. L’europhile béat est au contraire celui qui fonce droit dans le mur et qui tel Pangloss affirme que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. En fait l’europhilie béate et l’europhobie aboutissent in fine au même résultat : la destruction du projet européen. Lorsqu’on passe en revue le discours et le bilan de Macron et Merkel d’une manière objective et non partisane, ce qui frappe aux yeux c’est leur aveuglement idéologique, leur totale incompréhension du monde actuel (qui n’est pas celui des années 30 ou 50), leur rhétorique manipulatoire, et l’immense abîme séparant les principes affichés des actes, que ce soit en matière d’économie, d’écologie, de lutte antiterroriste, de défense de la démocratie etc…

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    1. Nicolas dit :

      Si vous n’arrivez pas à voir la différence entre le Rassemblement national et quelques autres partis du même acabit (Debout la République, UPR…) et les autres, je n’y peux rien. Sans être crédule sur les autres partis quant à une possible exemplarité, ils ne tombent pas dans des raccourcis aussi grossiers. En tout cas, pas encore.
      On peut être eurocritique, je suis le premier à l’être sur ce blog. Laurent Wauquiez flirte – et c’est nouveau – vers un euroscepticisme qui tend à se rapprocher des Tories, et non des autres partis de droite en Europe.
      Je pense par ailleurs que l’europhile béat n’existe pas. C’est d’ailleurs mon projet d’article pour le 1er avril. Soyez au rendez-vous ;).

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