Brexit : lassitude généralisée

Lundi 25 février, une dépêche annonçait un report de dernière minute d’un vote sur le Brexit au Parlement britannique. En effet, une fois encore, Theresa May doutait d’obtenir une majorité sur son projet de texte, texte qui aujourd’hui encore n’a pas été amendé par les Européens. Le prochain vote devrait avoir lieu le 12 mars, soit moins de vingt ans jours avant la date officielle du Brexit. Pour mémoire, le précédent vote s’était soldé par un échec cuisant (voir Brexit : un rejet logique, des incertitudes multiples).

Ce report tardif aurait dû susciter une inquiétude généralisée ou une réaction particulière. Il n’en a rien été. Pourtant, le risque de no deal n’a jamais semblé aussi important. Faut-il encore le rappeler ? Dans à peine un mois, sauf accord, le Royaume-Uni ne sera plus membre de l’Union européenne. Toutes les règles existantes tomberont. La législation britannique d’origine européenne perdra toute validité. La circulation sera coupée entre le continent et la Grande Bretagne. Cette situation vraisemblablement chaotique sera certes atténuée par les mesures d’urgence que ne manqueront pas de prendre l’Union européenne comme le Royaume-Uni. Mais, de telles mesures ne peuvent qu’être transitoires et exceptionnelles.

Le pire, c’est que le scénario de no deal n’a même pas les faveurs de la classe politique britannique. Elle recueille certes le suffrage de quelques Brexiters comme Boris Johnson. Mais, ils sont loin de représenter une fraction essentielle. Aucune solution ne parvient à faire émerger une majorité – alors, un consensus (voir Brexit ou l’impossible unité ?). Le scénario du no deal devient chaque jour plus prégnant car la conduite du Royaume-Uni ressemble à s’y méprendre à une voiture dont cinq personnes se partageraient le volant. Le premier ne veut pas sortir de l’Union européenne et tente de faire demi-tour. Le deuxième veut sortir de l’Union européenne à tout prix et cherche l’accélérateur. Les deux suivants veulent bien avancer mais se disputent s’il vaut mieux aller à droite ou à gauche. Le dernier braille s’agite à l’arrière, voyant le désastre arriver mais ne sachant que faire. En fin de compte, la voiture fonce dans le mur.

Or, ce suicide politique collectif ne suscite quasiment plus de vagues sur le continent. A chaque fois, les réactions baissent en intensité. Qui prend encore connaissance des derniers rebondissements sur le Brexit ? Quelques lignes suffisent à savoir que ce qui était préalablement conçu n’existe plus ou existera peut-être mais différemment. Jusque là, on faisait mine d’avancer pour offrir l’illusion que les choses progressaient (voir Brexit ou l’illusion du mouvementet A six mois de la sortie du Royaume-Uni, le Brexit dans l’impasse). En attendant, le Brexit est à la dérive. On ne sait plus vraiment à chaque fois, si le Royaume-Uni se rapproche ou s’éloigne de l’Union européenne (voir Brexit : un divorce partiel douloureux). Faute de régler cette question, un éventuel report comme le suggère Theresa May, ne résoudra pas la problématique de fond et ne fera que reporter l’épineux débat interne.

Le plus triste, c’est que les principaux intéressés par le Brexit, à savoir les Britanniques eux-mêmes, semblent s’être résignés à n’être que les spectateurs désabusés de leur propre naufrage. Un peu comme les passagers d’un navire dont l’équipage s’acharnerait à couler son propre bateau.

Comme un mauvais feuilleton qui inlassablement se répète (voir Brexit : le soap permanent ?), les citoyens britanniques se sont détournés du Brexit. Il a lieu désormais sans eux. Les sondages le montrent : l’attente aujourd’hui n’est plus de trouver un accord acceptable mais que cette mascarade s’arrête. D’où, cette idée qui ne cesse de gagner de nouveau partisan : une deuxième consultation (voir Un nouveau référendum sur le Brexit : une fausse bonne idée). C’est vrai que la dernière fois, faire un référendum avait réussi aux Britanniques…

Il serait temps que le Brexit connaisse aussi sa conclusion. D’apothéose, il n’y aura pas. Mais, un final réussi pourrait éviter de transformer cette farce tragicomique en désastre indigeste (voir 2019 : année charnière pour l’Europe ?).


Voir aussi Brexit : May Day

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