La Vie de Galilée : la modernité en accusation

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(Cathédrale de Chartres – 2014)

« Moi, je soutiens que le seul but de la science consiste à soulager les peines de l’existence humaine. Quand des hommes de science intimidés par des hommes de pouvoir égoïstes se contentent d’amasser le savoir pour le savoir, la science peut s’en trouver mutilée, et vos nouvelles machines pourraient ne signifier que des tourments nouveaux. Vous découvrirez peut-être avec le temps tout ce qu’on peut découvrir, et votre progrès cependant ne sera qu’une progression, qui vous éloignera de l’humanité. L’abîme entre elle et vous pourrait un jour devenir si grand qu’à votre cri de joie devant quelque nouvelle conquête pourrait répondre un cri d’horreur universel. »

Ce sublime monologue de Galilée résume parfaitement l’un des axes majeurs de la pièce de Bertold Bercht, La Vie de Galilée.

Galilée, scientifique de renom, astronome remarquable, fut parmi les premiers à discerner que la Terre n’était point le centre de l’Univers, puisqu’elle tournait autour d’un autre astre, le soleil. Or, la découverte de Galilée s’inscrivait contre la doxa de l’Eglise. De cette opposition, naquit une controverse célèbre, et un procès non moins fameux. Le perdant de cette affaire fut l’humanité puisque Galilée rejeta sa théorie.

La pièce de Bertold Brecht porte essentiellement sur les expériences de Galilée qui le conduiront à son hypothèse explosive, ainsi qu’à l’affrontement avec la religion. Tour à tour, sûr de lui et implacable, on le découvre tourmenté et inquiet. Quelle responsabilité pèse sur ses épaules ? Un homme de science peut-il réellement ne pas s’estimer comptable des conséquences des avancées qu’il découvre ? Cette question hautement symbolique résonne fortement avec l’actualité d’aujourd’hui où la science repousse sans cesse les limites, ouvrant le champ des possibles – et la boîte de Pandore ?.

Le rôle de la science, pilier de la modernité, est interrogé à plusieurs reprises, notamment sa capacité à influer sur le réel et sur les rapports de pouvoir. Ainsi, dans une idée qu’on trouvait déjà chez la philosophe Hannah Arendt à propos de l’invention de la lunette astronomique, Galilée questionne le savoir dans cet autre monologue : « Notre nouvel art du doute a ravi le grand public. Il nous a arraché le téléscope des mains et l’a braqué sur ses tourmenteurs. Ces hommes égoïstes et violents qui avaient profité avidemment des fruits de la science ont senti en même temps l’oeil froid de la science braqué sur une misère millénaire mais artificielle, qu’on pouvait très clairement supprimer en les supprimant eux. Ils nous inondaient de menaces et de tentatives de corruptions, irrésistibles pour les âmes faibles. Mais pouvons-nous nous refuser à la foule et rester tout de même hommes de science ? Les mouvements des corps célestes sont devenus plus prévisibles ; mais toujours incalculables pour les peuples sont les mouvements de leurs souverains »

Mais, d’objecteur de conscience et d’accusateur, Galilée finit par se retrouver sur le banc des accusés, avec sa renonciation. « Qui ne connaît la vérité n’est qu’un imbécile. Mais qui, la connaissant, la nomme mensonge, celui-ci est un criminel ? »

Dans la pièce, Galilée parvint à faire sortir d’Italie le manuscrit contenant sa théorie. Mais, de ce savoir si important, l’auteur met en garde contre les éventuels effets incontrôlés qu’il pourrait provoquer :

« Bonnes gens, ne l’oubliez pas
Le livre a passé la frontière.
Nous qui du savoir avions faim,
Nous sommes restés en arrière.
Ce feu sacré entre vos mains
De grâce n’en abusez pas
Ou autrement il finira
Par nous dévorer tous
Oui, tous.  »

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