Accords de Munich 1938 ou les illusions de la France et du Royaume-Uni

« Vous aviez le choix entre le déshonneur et la guerre. Vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre ». Ces mots prêtés à Winston Churchill une fois les accords signés, reflètent assez bien l’appréciation portée aujourd’hui sur le comportement de la France et du Royaume-Uni lors des négociations de Munich.

Pour rappel, en 1938, Adolf Hitler, soucieux du « droit des peuples à disposer eux-mêmes », souhaite ardemment venir en aide à une minorité germanophone de la Tchécoslovaquie, les Sudètes (sic). Plus particulièrement, il demande le retour dans la « mère-patrie » de ce peuple. Or, la Tchécoslovaquie est un des alliés de la France et du Royaume-Uni, derniers garants sur le continent des acquis de la Première Guerre mondiale. En effet, si en 1934 Benito Mussolini avait massé ses troupes à la frontière pour empêcher toute tentative allemande durant les troubles en Autriche, l’Italie s’est considérablement rapprochée de l’Allemagne depuis l’invasion de l’Ethiopie.

Au demeurant, la demande d’Hitler fait suite à l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne (Anschluss). Elle semble donc s’inscrire dans des velléités d’expansion sans fin du IIIe Reich.

C’est Mussolini qui propose une conférence internationale autour de la Tchécoslovaquie pour éviter la guerre qui semble alors inévitable. Au même moment, en effet, l’ensemble des pays a lancé une conscription militaire pour se préparer. Dans son deuxième opus de la série Les Chemins de la Liberté, Le sursis, Jean-Paul Sartre raconte brillamment la mobilisation et l’attente des troupes apprêtées en urgence.

A Munich, sont conviés les 4 grandes puissances en Europe : deux démocraties, France et Royaume-Uni et deux dictatures, Allemagne et Italie. Ont été oubliés la Russie de Staline et le principal intéressé, la Tchécoslovaquie.

Conscients que leur population n’aspire qu’à la paix, les négociateurs français et britannique cherchent à parvenir à un compromis à tout prix – terrible aveu de faiblesse. Comme le voulait Hitler, le démembrement de la Tchécoslovaquie est acté, sans aucun coup de feu. Véritable tour de force alors qu’un éventuel conflit aurait tourné à l’avantage de la coalition menée par la France et le Royaume-Uni. L’armée nazie qui allait faire tant de dégâts par la suite n’en était qu’à ses balbutiements et Hitler ne disposait pas d’assez de divisions pour attaquer la Tchécoslovaquie, tout en protégeant son pays contre une attaque française.

Les conséquences de l’acte de décès de la Tchécoslovaquie, sous le haut patronage des Français et des Britanniques, furent multiples.

Tout d’abord, cet accord offrit à Hitler un formidable succès sur le plan international, éteignant les dernières velléités d’opposition en interne. Après tout, il semblait aller de succès en succès.

Surtout, cet accord affaiblit considérablement l’image de démocraties apparues comme vieillissantes. Outre le passage dans la neutralité par d’anciens alliés (la Belgique notamment), cet accord précipita l’alliance de circonstances entre Staline et Hitler (autrement appelé le Pacte germano-soviétique). En parallèle, la France et le Royaume-Uni perdirent avec la Tchécoslovaquie un allié de poids puisqu’il disposait non seulement de divisions armées bien entraînées mais aussi d’un terrain de combat peu favorable aux chars allemands.

Etonnamment, la réaction en France comme au Royaume-Uni de ces accords fut extrêmement positive. Mis à part quelques oiseaux de mauvaise augure (sic), les populations paraissaient soulagées d’avoir évité le pire. Accueilli en héros sur le tarmac de l’aéroport, on prête souvent à Edouard Daladier, président du Conseil (France) ses mots « Oh les cons ! Ils n’ont pas compris ». Néanmoins, ce récit tient plus de l’anecdote puisqu’il provient justement du livre de Jean-Paul Sartre.

Refusant le conflit au moment où il s’y prêtait le mieux, les démocraties n’empêchèrent nullement la guerre, qui fut déclarée une année seulement après. L’invasion de la Pologne par l’Allemagne en 1939 signa le glas des illusions française et britannique sur la possible modération des ambitions nazies.


Sur la première guerre mondiale, voir le triptyque consacré à ce conflit :
¤ Centenaire de la Première Guerre mondiale – Leçons d’histoire 1/2 : Suicide collectif
¤ Centenaire de la première guerre mondiale – Leçons d’histoire 2/2 : paix impossible
¤ Faut-il encore célébrer le 11 novembre ?

Dernier article de 2018. L’auteur – et par ricochet le blog – prend quelques vacances. Il revient très vite, avec une année 2019 particulièrement chargée d’actualités entre les #Europeennes2019 , le #Brexit et tant d’autres événements.

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Sylvain dit :

    Difficile de ne pas faire le parallèle avec la situation moderne, alors que les dirigeants occidentaux sont les alliés du régime fasciste d’Erdogan, qui après avoir soutenu Daesch s’apprête à lancer une offensive contre nos alliés kurdes, abandonnés à leur triste sort. La phrase de Boualem Sansal « Les gouvernants occidentaux sont coupables d’aveuglement face à l’islamisme  » se vérifie chaque jour, à l’extérieur comme à l’intérieur de nos frontières : il s’agit d’une nouvelle politique munichoise, accueillie avec bienveillance dans une sorte d’hallucination collective.
    Entre 1933 et 1936, une offensive conjointe de la France et de la Grande-Bretagne aurait permis de vaincre facilement le régime d’Hitler et de sauver des dizaines de millions de vies. Cela aurait également permis à l’Europe et au reste du monde d’échapper à cette désastreuse domination américaine, de plus en plus mortifère depuis au moins 20ans. Mais pour cela il aurait fallu des dirigeants responsables et des peuples souhaitant entendre la vérité : chose aussi inconcevable dans l’Europe des années 1930 que dans celle des années 20000 et 2010.

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