L’Union pour la Méditerranée : dix ans après, quel bilan ?

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(Méditerranée – Marseille, France – 2018)

Lancée en grandes pompes par Nicolas Sarkozy en 2008, l’Union pour la Méditerranée a atteint ses dix ans dans le plus grand silence.

Plus personne ne semble se soucier de cette organisation censée regrouper les Etats autour de la « Mare nostrum ».

L’idée était a priori intéressante puisqu’elle offrait un forum de discussion inédit autour d’Etats partageant de nombreuses problématiques communes à travers l’appartenance à l’espace méditerranéen. Des questions migratoires à l’exploitation des ressources naturelles, ainsi que le développement économique des Etats, les sujets sont vastes. Il s’agissait aussi d’instaurer un cadre potentiel de dialogue pour favoriser la paix au Proche-Orient (voir Israël et Palestine : longue vie aux extrêmes).

Néanmoins, elle a rencontré trois limites.

Tout d’abord, dès la présentation du projet par Nicolas Sarkozy, ce projet a dû être sérieusement revu. En effet, les pays de l’Union européenne non-limitrophes avec la Méditerranée ont vu d’un très mauvais œil une éventuelle « Union », cadre d’une coopération entre Etats à laquelle ils seraient exclus. Sur ce point, la diplomatie pleine de grandiloquence de Nicolas Sarkozy a heurté une partie de nos plus proches voisins, au lieu de les associer en amont au processus. Résultat ? Il a fallu les intégrer au projet, dont les modalités ont été considérablement revues pour tenir compte de l’appréhension de l’Union européenne dans son entité. Sur les 43 Etats participants, l’Union européenne représente à elle seule 27 Etats (28 depuis avec la Croatie). Au regard du grand nombre d’Etats, on peut s’étonner de l’absence de la Serbie et de l’ex-République de Macédoine, qui n’étaient certes pas membres de l’Union européenne mais auraient eu leur place avec le reste des pays balkaniques.

Ensuite, le projet a souffert de la présence d’Etats opposés, ou du moins, ayant des politiques étrangères incompatibles. Ainsi, la participation d’Israël a suscité quelques conflits, avec notamment l’Algérie et la Libye. A cet égard, le cadre offert par l’Union pour la Méditerranée n’a pas permis d’avancer sur le conflit israélo-palestinien, comme l’a montré l’énième intervention d’Israël à Gaza.

Enfin, le dernier coup d’arrêt – définitif – cette fois a été le « Printemps arabe » en 2011. Le renversement de Khadafi, Ben Ali et Moubarak, en Libye, Tunisie et Egypte, a porté un coup d’arrêt à tout projet de coopération. L’instabilité que connaissent aujourd’hui ces trois pays ainsi que la Syrie ont rendu difficile tout développement. Au demeurant, l’éruption de la question migratoire a mis un coup d’arrêt à une réflexion d’ensemble sur la Méditerranée, la réduisant à la répartition des migrants et à la fermeture des frontières.

Pour autant, l’Union pour la Méditerranée est un projet instructeur à bien des égards. La diplomatie française gagnerait à associer davantage ses partenaires européens, plutôt que de jouer cavalier seul. Surtout, les Etats européens ne devraient pas négliger dans le pourtour méditerranéen la question de la démocratie et des droits de l’Homme, qui est la cause de nombreux défis annexes (migration, développement…).

Un projet durable sur la Méditerranée devrait commencer par donner toute sa place à l’Union européenne, qui reste un « acteur omniprésent », mais une « puissance élusive »  pour reprendre les mots d’Elena Aoun dans son article, L’Union européenne en Méditerranée : puissance en repli, normes en déshérence ?


Sur un thème voisin, voir Europe : une puissance internationale ?

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