Crise de 2008 : quel bilan 10 ans après ? (2/2)

Il y a dix ans, Lehman Brothers, l’une des plus grandes banques d’affaires américaines, faisait faillite, suite au refus du Gouvernement américain de venir à son secours. Alors que les secousses des marchés financiers ne cessaient de bousculer l’économie mondiale, cet épisode fut l’élément déclencheur d’une crise économique sans précédent, depuis 1928. La Grande Dépression de 1928 avait désormais une lointaine cousine, la Grande Récession.

Cette crise, qui de financière et américaine se répercuta à l’ensemble de l’économie et de la planète, a profondément bouleversé le monde dans lequel nous vivons actuellement. Pour autant, les élans des déclarations de principe en plein cœur de la crise ne se traduisirent pas toujours en plans d’action concrets – loin de là.

Pour examiner les répercussions de la crise de 2008, il me paraît intéressant de revenir sur son impact à différents niveaux :
– au niveau international : la réaction des Etats encore hantés par le spectre de 1928 (voir Crise de 2008 : quel bilan 10 ans après ? (1/2))
– au niveau européen : la transformation de la crise économique en crise de la zone euro (l’objet de ce billet)

Aujourd’hui, second volet de cette série : l’impact de la crise au niveau de l’Union européenne.

Partie des Etats-Unis, cette crise a touché rapidement les Etats membres – mondialisation oblige. Les effets furent plus ou moins importants selon le niveau de financiarisation de l’économie. Ainsi, l’Irlande et le Royaume-Uni furent plus durement touchés que la France ou l’Allemagne. Il n’est pas interdit de penser d’ailleurs que le passage de l’Irlande d’une économie florissante à une économie de crise contribua au revirement électoral lors de la deuxième consultation sur le Traité de Lisbonne.

Conscient de l’importance de la crise, les Etats membres lancèrent de nombreux plans de relance, soutenus par la Commission européenne qui appliqua de manière plus souple les règles concurrentielles. Il s’agissait de préserver l’état des économies européennes, preuve s’il en est que la Commission européenne sait avoir une approche politique – et non seulement juridique.

Toutefois, à l’inverse des Etats-Unis, les Etats membres mirent un certain temps à sortir de la crise économique entamée en 2008. La faute à deux problématiques bien distinctes.

D’une part, la Commission inquiète des déficits affichés par les Etats membres de la zone euro demanda un resserrement budgétaire qui ralentit la demande et paralysa la croissance. L’orthodoxie financière s’avéra clairement néfaste à une reprise durable.

D’autre part, les difficultés persistantes mirent en lumière l’état réel des économies des Etats membres, à commencer par la Grèce. La révélation en 2009 par le Gouvernement socialiste du trucage des comptes publics grecs par les précédents gouvernements – grâce à Goldman Sachs – suscita une forte inquiétude au sein des marchés financiers déjà passablement échaudés par la crise.

Force est de constater que cette double crise révéla l’inadaptation des mécanismes, aussi bien ceux censés établir le cadre budgétaire (les fameux « critères de Maastricht ») que ceux censés répondre à une possible crise financière et/ou monétaire.  Le Traité de Lisbonne pourtant entré en vigueur la même année que la crise était incapable de répondre correctement aux événements (voir Traité de Lisbonne : quel bilan 10 ans après ?).

Pour autant, étant donné l’âge de l’euro (16 ans déjà) et le poids famélique de la Grèce dans le PIB de la zone euro, la crise aurait pu – dû– être rapidement circonscrite au niveau de ce pays.

Néanmoins, faute de mécanisme approprié, les Etats membres jouèrent avec le feu, menaçant plusieurs fois la Grèce d’une exclusion. L’Allemagne particulièrement contribua à installer un climat délétère avec une formule que n’aurait pas renié Poincaré : « la Grèce paiera ! » (voir Années Merkel : la raison allemande). En jouant les pompiers pyromanes, les Etats contribuèrent à aggraver la crise des dettes souveraines, qui toucha ensuite l’Irlande, le Portugal, Chypre, etc… Pour la première fois, la viabilité de la zone euro était posée. Il n’existe pas une réponse parfaite quant à savoir s’il aurait mieux valu expulser d’emblée la Grèce de la zone euro. On peut toutefois noter que comme le relevait l’économiste Danny O’Brien, le risque n’était pas négligeable qu’une sortie d’un Etat membre même mineur ne se traduise par un soupçon généralisé lorsqu’un autre Etat serait en difficulté. Ainsi, l’irréversibilité de la zone euro a permis de calmer les attaques des marchés financiers. Cela, et l’intervention inédite de la Banque centrale européenne.

Rien ne montre mieux l’absence d’outils adaptés à la crise que la principale figure en Europe – et la seule – face à cette crise fut le Président de la Banque centrale européenne. L’Italien Mario Draghi, choix initial des Allemands, s’est révélé, contrairement aux réticences françaises, le candidat idoine pour gérer la crise. D’une part, il a, dès le début, martelé qu’il ferait « tout ce qu’il faut faire » pour préserver la zone euro. D’autre part, il a accompagné son discours de mesures fortes (baisse des taux, prêts aux banques, achat de dettes sur les marchés secondaires). Si les légalistes des Traités furent outrés devant ces mesures, elles permirent – tout le monde s’accorde là-dessus – de répondre enfin à l’ampleur de la crise.

Compte tenu des dégâts causés par cette crise, l’Union européenne se dota bien d’instruments renforcés de surveillance, tout en mettant en place une « union bancaire » (contrôle des banques). En parallèle, les Etats membres de la zone euro se dotèrent d’un nouvel instrument de coordination budgétaire, le fameux TSCG, celui que François Hollande s’engagera à ne pas accepter avant d’y consentir moyennant une faible contrepartie (voir La gauche française et l’Europe : une histoire de plan B).

Pour autant, ces nouveaux instruments paraissent bien faibles dans l’éventualité d’une nouvelle crise. En effet, il manque toujours à l’Union européenne un budget conséquent, ainsi que de véritables mécanismes de soutien en cas de crise. L’idée d’un budget de la zone euro et d’un Fonds monétaire européen sont actuellement à l’étude.

Néanmoins, ce qu’a révélé la crise, c’est la faiblesse de la démocratie européenne pour encadrer et régir les actions d’intervention dans les Etats, actions qui ont reposé le plus souvent sur des consensus entre Etats adoptés à huit clos. Or, ces sommets ont conduit régulièrement à des tensions ou des compromis bancals  (ex : la taxation des dépôts à Chypre) . S’ils ont renforcé le rôle du Conseil européen, cela fut principalement au détriment du Parlement européen. La montée des populistes aujourd’hui en Europe en est l’une des principales conséquences. Faute d’endosser leur responsabilité, les Etats ont fait de la Commission le visage par défaut des prêts de l’Union européenne, l’image de l’austérité sur le continent. Un rôle incarné, faut-il le rappeler, par José Manuel Barroso (voir Pièce de théâtre : Unis dans l’adversité – Acte I).

Avec cette crise, jamais peut-être, la phrase de Jean Monnet dans ses Mémoires n’a semblé si vrai :  « J’ai toujours pensé que l’Europe se ferait dans les crises, et qu’elle serait la somme des solutions qu’on apporterait à ces crises ». Néanmoins, l’Union européenne ne peut aujourd’hui se construire seulement sur les crises, elle doit être capable d’offrir la protection en amont pour éviter la crise


Voir aussi La fin du Pacte de Stabilité : le début d’une nouvelle ère ? et Italie : à quoi joue la Commission européenne ?

Pour retrouver le premier volet, voir Crise de 2008 : quel bilan 10 ans après ? (1/2)

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