Boucs émissaires : les personnes à faibles ressources (3/3)

IMGP3266

(Exposition d’inauguration – Centre Pompidou-Metz)

Il est des boucs émissaires idéaux aux difficultés, notamment financières, que peut rencontrer notre pays. Trois catégories font plus particulièrement les frais des attaques politiques en période de crise :  les migrants (voir Bouc-émissaires : les réfugiés (1/2)), les personnes sans emploi (voir Boucs émissaires : Les personnes sans emploi (2/3)) et les personnes à faibles revenus – l’objet de ce billet.

Il va sans dire que cette catégorie est moins pointée du doigt que les précédentes. Néanmoins, on ne compte plus les propos des politiques montrant un décalage croissant entre la réalité quotidienne de nombre de leurs concitoyens et leur train de vie. Sans tomber dans l’antiparlementarisme primaire, on pourra se rappeler la phrase peu inspirée d’une députée de la République En Marche non créditée qui expliquait qu’avec sa nouvelle situation d’élue, elle en était réduite à manger des pâtes (dans le même ordre d’idées, voir Le devoir d’exemplarité des responsables publics).

De plus, la politique actuelle mise en oeuvre au plus haut niveau de l’Etat bénéficie principalement – en proportion – aux ménages les plus aisés. L’idée derrière ceci est de favoriser l’investissement de ces particuliers, ce qui devrait améliorer les résultats économiques du pays et donc bénéficier en définitive à tous. Cette théorie est plus connue sous le nom de « ruissellement ». Pour autant, rien ne permet d’affirmer qu’elle soit valide empiriquement.

Il semble donc préférable d’assurer un minimum de redistribution réelle. Cela ne veut pas dire que l’ensemble des politiques actuelles qui contribuent à cette redistribution ne doit pas être interrogé et examiné. A titre d’exemple, les allocations logement qui représentent plusieurs milliards d’euros pour l’Etat ont davantage enrichi les bailleurs qu’elles n’ont aidé les locataires. Elles ont notamment contribué à l’inflation démesurée des loyers.

C’est dans cette optique qu’il convient d’examiner avec bienveillance l’expérience finnoise d’un revenu universel. Les résultats obtenus tant dans le bien-être global que dans la lutte contre la précarité pourraient s’avérer particulièrement intéressants.

Cette question du revenu universel s’articule autour d’une problématique plus large, la juste rétribution à laquelle chacun peut prétendre. Ainsi, loin des fantasmes, travail et pauvreté sont plus liés qu’on ne le croit. Ainsi, dans son rapport de 2013 Penser l’assistance, l’ONPES  relève que 2/3 des personnes en situation de pauvreté sont en emploi ou en recherche active d’emploi. Sur ce point, François Béguin pour le journal Le Monde, a réalisé une enquête sur les travailleurs pauvres (le lien est ici).

Cet état de fait doit conduire à combattre les nombreux préjugés sur les personnes à faible revenus. L’accent mis sur la fraude sociale est certes important tant le respect des règles conditionne l’acceptation collective de la participation. Toutefois, il importe de souligner que la fraude sociale est inférieure aux non-recours aux droits. Loin de chercher à gagner de l’argent, les gens se privent. A cet égard, lors du lancement de la prime d’activité, le Gouvernement n’a budgétisé que 50% des sommes nécessaires, s’attendant à une demande inférieure à la moitié des potentiels bénéficiaires. En parallèle, il faut ajouter qu’encore trop de professionnels de santé refusent de prendre en charge les personnes pourtant couvertes par la protection universelle maladie.

De plus, cette chasse aux gaspillages et fraudes pour méritoire qu’elle soit devrait être menée avec autant de vigueur si ce n’est plus à l’encontre des autres fraudes, et notamment fiscales. En effet, la fraude fiscale représente un manque à gagner de plus de 40 milliards d’euros (voir Paradis fiscaux : l’envers de la mondialisation ? (ParadisePapers 1/2). Une telle somme représente la moitié des sommes actuellement engagées en faveur de l’emploi.

Enfin, il convient d’ajouter que contrairement à certaines croyances, les personnes de faibles revenus contribuent au budget de l’Etat. En effet, elles n’échappent ni à la TVA – la moitié des recettes fiscales de l’Etat -, ni à la CSG. Grâce aux réductions d’impôts, il peut arriver que des personnes plus riches paient en proportion moins d’impôts que les pauvres. Par ailleurs, il faut souligner qu’une bonne partie des politiques publiques sont en réalité orientées vers les classes plus aisées (ex : l’enseignement supérieur et la culture).

En fin de compte, comme le fait remarquer le sociologue S. Paugam, « responsabiliser les pauvres ne doit pas conduire à déresponsabiliser la société dans son combat contre la pauvreté ». Il faut davantage de moyens pour les personnes qui en ont le plus besoin.


Voir les deux précédents volets de la série :
– Boucs émissaires : les réfugiés (1/3)
– Boucs émissaires : Les personnes sans emploi (2/3)

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