Entretien européen avec l’eurodéputée Nathalie Griesbeck

 

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(Parlement européen, Strasbourg)

 

Comme indiqué il y a 2 semaines, le mercredi sera désormais consacré à la publication d’entretiens européens, c’est-à-dire d’entretiens autour des élections européennes 2019, mais aussi de manière plus générale autour du rôle du Parlement européen (voir Entretiens européens).

Aujourd’hui, place à l’eurodéputée Nathalie Griesbeck, membre du groupe parlementaire ADLE, présidant la Commission spéciale sur le terrorisme et siégeant à la Commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures au Parlement européen [3e mandat].

 

Entretien avec l’eurodéputée Nathalie Griesbeck 

 

1) Quelle est la journée type d’un eurodéputé ?

Il n’y a pas vraiment de journée type, toutes mes journées sont bien remplies et ne se ressemblent pas. Je partage mes semaines entre mon travail parlementaire à Bruxelles et à Strasbourg, avec mon travail en commission parlementaire et de nombreux rendez-vous, et le travail de terrain dans la circonscription Est où je suis élue, qui regroupe les ex-Régions Champagne-Ardenne, Lorraine, Alsace, Bourgogne et Franche-Comté. J’effectue de nombreuses visites, donne des conférences et participe à des réunions publiques, toujours dans le but de rapprocher l’Union européenne des citoyens. Je reçois également de nombreuses personnes en rendez-vous dans ma permanence à Metz, sur des sujets extrêmement variés, comme par exemple le montage de projets européens.

2) Au cours de ce mandat, quel fut votre meilleur souvenir en tant qu’eurodéputé ? Le pire ?

J’ai plusieurs bons souvenirs, comme l’adoption de la Directive Présomption d’innocence, pour laquelle j’étais rapporteur, mais aussi la création de l’Intergroupe Droits de l’Enfants, pour lequel nous avons bataillé avec quelques collègues.

Je n’ai pas à proprement parler de « pire » souvenir, mais je suis parfois assez inquiète de voir la mauvaise image qu’ont les citoyens du travail effectué par les députés européens, et plus généralement, des apports de l’Union européenne dans leur quotidien, alors qu’il est pourtant essentiel.

3) Selon vous, quelle fut la plus grande contribution du Parlement européen au cours de ces 4 dernières années ? Quelle fut l’occasion manquée ?

Suite au Traité de Lisbonne, le Parlement européen est devenu un véritable co-législateur avec le Conseil, qui représente les États membres. De nombreuses législations emblématiques et importantes ont donc été adoptée en grande partie grâce à l’action du Parlement européen : je pense notamment à la révision de la directive sur les travailleurs détachés, au règlement RGPD, pour une meilleure protection des données des citoyens, ou encore à la fin des frais d’itinérance, pour une mobilité facilitée.

L’occasion manquée fut sans doute celle de la visibilité : sur le sujet du glyphosate par exemple, alors que la Commission européenne avait proposé une autorisation pour 10 ans, le Parlement européen a proposé 3 ans. C’est ensuite le Conseil (les États membres) qui ont finalement opté pour une autorisation pour 5 ans : ce n’est pas lisible, alors même que le Parlement européen a permis de baisser la durée initialement proposée, je suis parfois prise à partie comme « celle qui a prolongé l’autorisation du glyphosate ».

4) Compte tenu de sa composition, il semble que le Parlement européen soit moins sujet à la dichotomie classique majorité/opposition. Est-ce un plus ? Ou est-ce au contraire une faiblesse ? 

Au sein du Parlement européen siègent huit groupes parlementaires, et effectivement, aucun ne dispose de la majorité des sièges. Démocratiquement parlant, c’est très intéressant et en aucun cas une faiblesse : aucun groupe politique ne pouvant à lui tout seul faire voter un texte, nous devons trouver les compromis les plus larges possibles, qui correspondent à l’intérêt d’un maximum de citoyens. Cela nous amène à travailler avec des députés d’autres sensibilités politiques, à confronter nos points de vue, c’est très enrichissant.

5) Que manque-t-il au Parlement européen pour être un Parlement à part entière ? S’agit-il selon vous d’un manque de volonté ou d’un problème institutionnel ?

Le Parlement européen est à mon sens un parlement à part entière. Nous sommes élus au suffrage universel direct, et le Parlement européen est la seule institution européenne qui représente directement les citoyens. Dans le triangle institutionnel européen, le Parlement est co-législateur avec le Conseil, sur un pied d’égalité. Il faudrait que les représentants du Conseil en soient plus conscients…!

Néanmoins, il manque à notre Parlement européen le droit d’initiative législative, c’est-à-dire le pouvoir de proposer les lois – ce que je regrette vivement. En outre, il manque sans doute à notre institution une véritable visibilité, une vraie prise en compte, à la fois auprès des médias nationaux, mais aussi des citoyens.

6) Compte tenu des premières initiatives citoyennes européennes, comment faire évoluer le mécanisme pour que la parole des citoyens puisse davantage exister dans le débat public européen ?

J’ai été en effet très enthousiaste lors du lancement des ICE, mais il est vrai que leur mise en place concrète est assez décevante. Quelques avancées sont tout de même à saluer : par exemple, suite à l’ICE sur l’eau, la Commission a proposé début 2018 une révision de la Directive sur l’eau potable. Tout n’est donc pas si négatif.

La Commission mène également des consultations publiques sur ses propositions législatives, auxquelles citoyens, associations et entreprises peuvent répondre. Nous avons les outils, nous devons les faire connaître, pour que la parole des citoyens ait toute la place qu’elle mérite au sein du processus législatif.

7) La place des lobbys à Bruxelles fait particulièrement débat. Trouvez-vous que les eurodéputés sont particulièrement confrontés à ce phénomène ? Que faire pour rassurer les citoyens sur ce point ?

Le terme même de « lobby » est souvent mal compris : quand on en parle, les citoyens pensent trop souvent uniquement aux lobby du tabac, aux lobbys industriels ou pharmaceutiques. Or il existe des lobbys pour tous les secteurs, qui représentent toutes sortes d’intérêts : les consommateurs, les agriculteurs, l’environnement, les services publics … les États sont parmi les plus grands lobbys ! Les lobbys, en soi, ne sont ni bons ni mauvais. Nous, les députés européens, afin de travailler au mieux les dossiers dont nous avons la charge, nous devons les écouter comme des experts, puis nous faire notre propre opinion. Ainsi, lorsque j’étais rapporteure de la directive Présomption d’innocence, j’ai dû rencontrer différentes organisations de magistrats, de tous les pays membres de l’UE : c’était tout à fait nécessaire pour mener à bien ce travail d’harmonisation. Encore ici, la clé est la communication et la transparence, et la sanction des abus.

8) Les futures têtes de liste aux élections européennes ne devraient-elles pas sortir de primaires citoyennes ?

Les listes réunissant des alliances de plusieurs partis, il serait peut-être intéressant que chaque parti, en interne, ait un débat démocratique sur ses candidats. Je ne suis cependant pas favorable à des primaires ouvertes, comme ce que l’on a pu connaître lors de l’élection présidentielle française, qui mène à mon sens à une trop grande confusion.

9) Étiez-vous favorable aux listes transnationales ? Si oui, pourquoi ? Si non, pourquoi ?

J’étais pour ma part favorable aux listes transnationales, qui auraient permis d’introduire une dimension véritablement européenne aux élections, qui se focalisent bien trop souvent sur des questions de politiques nationales uniquement.

10) Le Brexit, en un mot ?

 Une déception.

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