Crise de 2008 : quel bilan 10 ans après ? (1/2)

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(Affiche – Metz, 2018)

Il y a dix ans, Lehman Brothers, l’une des plus grandes banques d’affaires américaines, faisait faillite, suite au refus du Gouvernement américain de venir à son secours. Alors que les secousses des marchés financiers ne cessaient de bousculer l’économie mondiale, cet épisode fut l’élément déclencheur d’une crise économique sans précédent, depuis 1928. La Grande Dépression de 1928 avait désormais une lointaine cousine, la Grande Récession.

Cette crise, qui de financière et américaine se répercuta à l’ensemble de l’économie et de la planète, a profondément bouleversé le monde dans lequel nous vivons actuellement. Pour autant, les élans des déclarations de principe en plein de cœur de la crise ne se traduisirent pas toujours en plans d’action concrets – loin de là.

Pour examiner les répercussions de la crise de 2008, il me paraît intéressant de revenir sur son impact à différents niveaux :
– au niveau international : la réaction des Etats encore hantés par le spectre de 1928 (l’objet de ce billet)
– au niveau européen : la transformation de la crise économique en crise de la zone euro (l’objet d’un futur billet)

Tout d’abord, premier volet de cette nouvelle série : comment les Etats et les organisations internationales ont-elles réagi à cette crise ?

Déjà, force est de constater que malgré les dégâts causés par cette crise, elle n’a pas connu les mêmes soubresauts que celle de 1928.

Encore marqués par les leçons de la Grande Crise, les Etats ont su éviter certaines des erreurs commises à l’époque.

Au moment de la crise, aucun Etat membre n’a procédé à des restrictions budgétaires, mais tous ont au contraire laissé filer l’équilibre des finances publiques, augmentant les déficits pour pallier l’initiative privée. Oui, cet Etat encore vu récemment comme « le problème » (Reagan) est redevenu « la solution au problème ». Et ironie du sort, c’est dans les pays les plus libéraux que la puissance publique dut le plus intervenir, nationalisant ici les banques (RBS pour le Royaume-Uni, Freddie and Mac pour les Etats-Unis), soutenant là les entreprises (General Motors aux Etats-Unis).

En parallèle, alors que dès le début de la crise de 1928, les Etats avaient procédé au relèvement des droits de douane vis-à-vis des produits étrangers, on n’a pas constaté de rétablissement massif des barrières commerciales. Il y en a certes eu, mais pas au niveau général. Si le commerce international a ralenti, la mondialisation ne s’est pas arrêtée. Les organisations internationales contribuèrent, il faut le reconnaître, à contrôler la crise. En offrant des forums de discussion aux Etats, elle a évité un repli sur soi collectif qui aurait aggravé l’impact négatif. C’était l’époque où Dominique Strauss Kahn, alors président du FMI, donnait des leçons d’économie aux Etats.

Avec une crise moins brutale, la réaction politique et les réformes économiques qui suivirent furent bien moins ambitieuses. Il y eut bien quelques déclarations ici et là. Pensée pour François Hollande et sa saillie « Mon adversaire, c’est la finance ». Mais, dans l’ensemble, le souffle réformateur s’écrasa devant le lobby bancaire. Ainsi, après la Grande Dépression, les activités des banques furent clairement séparées entre activités de spéculation et de détail. Après la crise de 2008, il n’eut pas de révolution majeure. Tout juste quelques évolutions, comme le pointait du doigt l’OFCE, dans son billet « Loi de séparation bancaire : nouveau paradigme économique ou symbole politique ». De même, au niveau international, derrière l’appel à un nouveau « Bretton Woods » de Nicolas Sarkozy en 2008 – Bretton Woods qui mit en place les bases du système financier international entre 1945 et 1975 – , rien de concret ne sortit vraiment. La constitution d’un groupe réunissant les 20 plus grandes puissances consacra certes la prise en considération des émergents comme nouvelles forces économiques. Mais, cela tenait plus de l’ordre de l’affichage que de la gouvernance réelle.

Certainement, le moindre impact économique a réduit la portée des répercussions politiques. Les conséquences de la dépression de 1928 (faillite d’entreprises et chômage de masse) avaient engendré de nombreuses crises politiques en Europe. Est-il besoin de le rappeler, mais le triomphe du parti nazi en 1933 doit beaucoup à l’incapacité de la République de Weimar de juguler les effets néfastes de la récession.

Le pire sur le moment a sûrement été évité. Mais, est-ce durable ? La crise est justement par essence « une situation sans précédent, introduisant une rupture avec un passé qui ne fournirait plus les ressources pour penser le présent et s’orienter dans l’avenir » (formule d’Hannah Arendt), appelant donc à une refonte globale du système. Ici, les logiciels économiques n’ont été modifié qu’à la marge, loin de la révolution keynésienne qui accompagna la crise de 1929.

Si l’histoire ne se répète jamais – et on en a encore eu la preuve avec le « mai 68 » bis vendu par certains -, les événements qui la jalonnent présentent des aspects parfois similaires. Ainsi, la difficulté à sortir de la crise a permis la montée – plus lente – mais non moins inexorable des partis populistes en Europe et dans le monde. L’élection de Donald Trump au pays dont tout le monde vantait la croissance retrouvée a révélé combien les fruits de la reprise avaient été inéquitablement répartis, au point de créer des fractures qui paraissent aujourd’hui irréversibles (voir Elections américaines 2016 : Trump, au nom des autres).

Donald Trump et les autres figures populistes sont certainement les enfants non-reconnus d’une crise qui n’a jamais été ni véritablement reconnue ni totalement réglée.


Prochain volet : les effets de la crise en Europe.

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