Hulot et Collomb : deux démissions qui interrogent

20180113_152143

(Tableau – Musée des Beaux-Arts de Lyon)

Après Nicolas Hulot, numéro 2 du gouvernement – dans l’ordre protocolaire -, voici donc Gérard Collomb qui quitte l’exécutif à son tour. Forcément, la démission de deux poids lourds du Gouvernement dans un aussi bref intervalle ne peut manquer d’interroger – en plus d’être inévitablement analysé.

Pourtant, si la temporalité invite à une proximité évidente, les différences sont nombreuses. Surtout, dans les leçons à tirer pour Emmanuel Macron quant à là conduite de l’exécutif.

A tout seigneur, tout honneur : je commencerai donc par la figure médiatique de ce Gouvernement « nouveau monde », Nicolas Hulot. Certainement, la plus belle prise d’Emmanuel Macron vis-à-vis de l’opinion publique, le fait d’avoir convaincu des élus anciennement membres des Républicains de le rejoindre relevant davantage de la stratégie politique. Nicolas Hulot, l’homme qui a dit non tour à tour à Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande, avait accepté l’offre d’Emmanuel Macron. Niveau symbole, c’était difficile de faire mieux. Un homme de la société civile connu du grand public pour ses engagements écologistes – mais pas trop – rejoignait le Gouvernement.

Pourtant, mis à part l’arrêt de l’aéroport de Notre Dame des Landes – 20 ans d’indécision tout de même – et l’alignement de la fiscalité sur le diesel,  peu d’avancées sont à mettre à son actif. Dans de nombreux dossiers, l’arbitrage a été défavorable à Nicolas Hulot. Il s’en est d’ailleurs fallu de peu pour que le Gouvernement ne revienne en arrière quant à certains néonicotinoïdes néfastes aux abeilles.

Or, son impuissance à enregistrer des progrès réguliers a certainement pesé lourd dans la balance de sa démission. A cet égard, elle ne peut manquer d’interroger quant à la gestion politique d’Emmanuel Macron. En effet, loin de demander l’impossible, il paraissait au contraire possible de satisfaire certaines des revendications de Nicolas Hulot, sans heurter la cohésion gouvernementale ni entraver l’action politique. L’Elysée a semblé sûr que le ministre ne démissionnerait pas. Pari risqué, pari perdu. Toute la caution écologiste du Gouvernement s’en est allée – sans faire offense à son remplaçant qui joue en deuxième division sur cette question, en plus d’être moins médiatique.

Au demeurant, comment ne pas s’interroger sur la stratégie de réduire le coût du permis de chasse, qui a aussi contribué au départ de Hulot ? Si la visée électorale est évidente, on peut douter de son efficacité. Non seulement elle risque de faire perdre le vote écolo, mais en plus, il n’est pas dit que les chasseurs, électorat plutôt à droite, privilégie les candidats d’En Marche.

Deuxième cas de figure : Gérard Collomb. Difficile de faire plus éloigné entre ces deux personnes. Là où le premier incarnait la société civile et l’ouverture d’En Marche à de nouvelles têtes, le second est un briscard de la politique et l’un des membres fondateurs dudit mouvement. Ces différences se ressentent dans la démission, spontanée pour Nicolas Hulot, préparée pour Gérard Collomb.

Ici, c’est justement plus la gestion de la démission qui interroge. Comment Emmanuel Macron s’est-il réduit à se résigner au départ du premier alors qu’il a tout tenté pour conserver le second ?  On comprend difficilement pourquoi il a tout fait pour maintenir un homme loin de faire l’unanimité dans un poste où il est pourtant facile de faire consensus (cf Nicolas Sarkozy et Manuel Valls – je parle ici des sondages flatteurs, pas de leur bilan réel ni de mon appréciation personnelle).

Surtout que Gérard Collomb traînait depuis quelques temps déjà une réputation d’intermittent, toujours attaché à sa ville lyonnaise. Caricature d’un baron local qui a aspiré toute sa vie à être ministre pour une fois nommé préférer sa localité. Le fait qu’il soit intéressé par les élections municipales de Lyon était donc un secret de polichinelle. Néanmoins, fallait-il tolérer cette annonce prématurée de sa candidature ? Enième provocation qui suivait sa déclaration sur l’hubris présidentiel – ce n’est nullement un jugement sur le fond de l’analyse, mais de la forme. Que dire par ailleurs de sa performance lors de son audition pour l’affaire Benalla ? A croire qu’il n’était pas le Ministre de l’Intérieur de la France. Il a feint l’ignorance tout du long, préférant jouer une partition très personnelle. Bref, le « mini » remaniement orchestré par les démissions de Hulot et de Flessel était l’opportunité parfaite pour évincer Collomb préventivement.

Au lieu de cela, l’instigateur de son départ n’a été autre que Collomb lui-même qui a parlé une première fois de sa proposition de démission, soulignant le refus d’Emmanuel Macron de lui rendre sa liberté. Proposition réitérée le lendemain même. Pied de nez suprême envoyé par Gérard Collomb au Président, obligeant ce dernier à l’accepter contraint et forcé une nouvelle par les événements. Rarement, la Ve République avait connu un tel vaudeville politique, digne de la farce pathétique. Et encore, cet épisode est loin d’être terminé. On risque de voir certains qui avaient conspué Gérard Collomb jusque là se mettre à porter aux nues chacune de ses prises de parole futures, qui seront à n’en pas douter autant de flèches contre le chef de l’Etat.

Gouverner, c’est composer avec les sensibilités de ses poids lourds. Pour l’homme qui aspirait à redevenir le « maître des horloges », le temps semble s’être emballé. Il faut agir désormais, l’heure tourne.

N.B : Une précision s’impose enfin. Ce n’est pas pour faire offense à Laura Flessel que je ne l’ajoute pas dans ce billet, ni remettre en cause ici sa qualité de ministre. Mais, son départ semble – à lire Le Canard enchaîné – davantage été contraint que voulu, la faute à des difficultés avec le Fisc. Difficile alors d’en tirer une leçon particulière.


Voir aussi L’affaire Benalla : la communication en crise ?

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Sylvain dit :

    Gérard Collomb a eu raison de démissionner. Lors de son discours de départ, il a insisté à juste titre sur le fait que les banlieues sont une bombe à retardement. En off, il expliquait aux journalistes qu’il essayait de faire comprendre à Macron et Philippe l’urgence de la situation mais se heurtait systématiquement à un mur. Macron ne renouvelle donc pas la façon de politique : au contraire, il perpétue les tares de ses prédécesseurs, à savoir le déni de réalité et la procrastination, sources de tous les maux de la République. Laquelle se trouve aujourd’hui en danger d’implosion totale.
    Quant à Hulot même constat en substance : Macron se pose en défenseur de l’écologie, mais en réalité il s’oppose à toute avancée concernant le droit animal et son projet de mine d’or géante en Guyane s’annonce un vrai désastre écologique.

    J'aime

    1. Nicolas dit :

      Je serai plus mitigé quant à la démission de Gérard Collomb qui se drape certes dans des grands principes, mais joue en réalité une carte bien personnelle : Lyon.

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s