Elections européennes : ne pas rejouer l’élection présidentielle

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(Affiches de la campagne présidentielle 2017)

La France insoumise l’a annoncé : elle souhaite faire des futures élections européennes qui se tiendront en 2019 un « référendum contre Emmanuel Macron ».

Or, ce type de déclaration de la part d’un mouvement d’opposition face à un Président est devenu monnaie courante. Cette attitude, qui se répète à chaque élection intermédiaire, revient à faire de chaque scrutin un succédané de l’élection présidentielle, une redite mais dans laquelle on voudrait que le résultat nous soit plus favorable que lors du scrutin présidentiel. Il est vrai que l’élection présidentielle a tendance en France à accaparer toute la lumière – à tort parfois, voir notamment La majorité parlementaire, gage et condition de l’élection présidentielle ?. Après tout, la désignation d’un monarque républicain ne peut qu’intéresser le tout un chacun. Il peut donc être tentant de rattacher une élection intermédiaire, qu’elle soit locale ou européenne, à L’élection présidentielle, afin d’électriser le débat et de pousser les gens à participer. La question de la participation est une donnée non-négligeable alors que l’abstention risque de frôler les 50% (voir Elections européennes 2019 : l’abstention pour seul horizon ?).

Pour autant, il s’agit d’une erreur à plusieurs niveaux, qui mérite qu’on s’y attarde quelque peu.

Déjà, chaque scrutin a son importance, y compris les élections européennes et locales qui permettent de faire vivre la démocratie à différents niveaux (voir Elections européennes 2019 : peut-il exister une démocratie supranationale ?). Particulièrement, les élections européennes auront lieu dans 27 Etats. Placer ces élections sous le seul prisme interne ne permet pas d’aborder les véritables enjeux. Analyser le scrutin sous ce biais-là ne permet pas non plus d’apprécier le fond de la question ou la problématique du débat. Or, on ne peut pas s’évertuer à dire que ces élections sont importantes, pour en détourner ensuite le sens.

Ensuite, réduire un scrutin à un référendum pour ou contre quelqu’un est résolument réducteur. Il est vrai que c’est une attitude courante lors des référendums, y compris lorsqu’ils portent sur une question éloignée. On se souvient que Charles de Gaulle, pour avoir perdu une réforme du Sénat, se retira du pouvoir. Pour autant, ce n’est pas l’objet de ladite consultation ici. On aurait tort ici de négliger le rôle acquis par le Parlement européen (voir Elections européennes 2019 : à quoi sert le Parlement européen ?).

En parallèle, cette tentation de personnaliser le scrutin laisse penser que lesdits partis choisissent cet angle d’attaque pour cacher quelque chose. L’absence d’un programme ou le vide de la pensée. N’ont-ils rien de mieux à proposer aux Français qu’un contre-plébiscite sur le nom de leur adversaire ? Le rejet d’un adversaire dans l’opinion peut certes permettre de l’emporter, comme nous l’a démontré François Hollande face à Nicolas Sarkozy. Mais, être élu ainsi s’avère ensuite problématique pour construire une véritable gouvernance.

Par ailleurs, il serait temps de rappeler que le Président est élu pour cinq ans. Et heureusement d’ailleurs. Aucune politique ne produit des résultats véritables en six mois. La planification écologique que propose par exemple la France insoumise ne se mettra pas en place en deux semaines. Il faut du temps. Cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas remettre en cause ou critiquer certains choix, cela veut juste dire qu’il ne faut pas prendre prétexte de chaque moment pour tenter de renverser ou de s’opposer au pouvoir en place. Comme le relevait le politologue Bernard Manin dans son ouvrage Principes du gouvernement représentatif, « l’heure des bilans commence peut-être

Enfin, l’histoire politique française dont certains chez la France insoumise sont particulièrement friands devrait permettre de tirer quelques leçons. En effet, on ne compte plus les exemples de défaites à des élections intermédiaires, européennes comme locales, pour le parti au pouvoir au niveau national. Parmi les plus marquantes, figurent les déculottées successives de la droite aux européennes et aux régionales de 2004, auxquelles répondent celles de la gauche aux élections européennes et municipales de 2014. Or, que constate-t-on ? Que malgré ces échecs, à aucun moment, le parti au pouvoir n’a dévié de sa ligne ou de la politique mise en place. Au mieux, le Président de la République a sacrifié son fusible politique préféré, c’est-à-dire le Premier ministre. A cet égard, les Français ont-ils préféré Manuel Valls à Jean-Marc Ayrault ? Vaste question à laquelle je laisse chacun trouver une réponse.

Arrêtons donc de faire croire aux Français qu’un échec, même majeur, pourrait peser sur la ligne politique actuelle. A cet égard, le désarroi des électeurs ne peut qu’être abyssal si s’étant prononcé en fonction de telles considérations, ils s’aperçoivent que rien ne change. Proposons et débattons des sujets en lien avec l’élection. Ici, l’Europe, et je crois d’ailleurs que les partis – la France insoumise comprise – ont suffisamment à dire sur cette question pour réduire ce sujet à un autre débat.


Sur les élections européennes 2019, voir le dossier consacré ici, notamment Elections européennes 2019 : l’heure d’un débat public ? et Elections européennes 2019 : peut-il exister une démocratie supranationale ?

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