Boucs émissaires : Les personnes sans emploi (2/3)

Viewty

(Oeuvre – ESSL – Vienne, Autriche)

Il est des boucs émissaires idéaux aux difficultés, notamment financières, que peut rencontrer notre pays. Trois catégories font plus particulièrement les frais des attaques politiques en période de crise :  les migrants (voir Bouc-émissaires : les réfugiés (1/2)), les personnes sans emploi – l’objet de ce billet – et les personnes pauvres (voir Boucs émissaires : les personnes à faibles ressources (3/3)) .

Ainsi, à plusieurs reprises récemment, des membres de l’actuelle majorité ont tenu des propos plutôt durs à l’encontre des personnes sans emploi. Entre ceux accusés de se la couler douce aux Bahamas et ceux décrits comme des fainéants, les demandeurs d’emploi ont été l’objet de très nombreuses critiques. Ces attaques entre le pathétique et le risible ignorent malheureusement la réalité de la situation de nombre de demandeurs d’emploi.

Tout d’abord, il importe de rappeler quelques chiffres. En France, il y a 3,1 millions de personnes indemnisées pour un montant moyen de 1100€, qui cache de fortes disparités. Surtout, de nombreuses personnes ne bénéficient d’aucune indemnisation entre ceux trop jeunes qui n’ont jamais travaillé ou ceux arrivés en « fin de droit ».

Ensuite, en comparaison de ses voisins européens, la France ne figure pas parmi les pays les plus généreux en matière d’indemnisation. Seule différence – et elle est de taille -, la France rétribue beaucoup plus les personnes ayant eu un salaire élevé. Le plafond maximal est ainsi assez haut.

A cela, on pourrait ajouter que comme souvent en France, ce qui est un droit (la perception d’allocations chômage) est transformé en parcours du combattant. Entre des rendez-vous abscons avec des conseillers Pôle Emploi perdus devant l’ampleur de la tâche – dans la lignée des conseillers d’orientation du lycée – et les formations inutilement chères proposées grâce auxquelles de nombreuses sociétés privées prospèrent, Pôle Emploi n’est clairement pas à la hauteur du défi de l’emploi. Sans critiquer le travail de ces conseillers qui se retrouvent bien malgré eux démunis, le système actuel concentre ses forces sur ceux qui ont le plus de chance, délaissant les personnes au profil plus difficile.

Or, le marché du travail est loin d’être la rencontre heureuse entre la demande de travail des entreprises et l’offre de travail des employés. En effet, de nombreuses études économiques semblent indiquer une baisse de la quantité de travail disponible. Le travail est-il un monde fini ? A cette baisse d’emplois, la tertiarisation des économies en évolution constante avec les nouvelles technologies paraît produire des travaux de moindre qualité. Comme le remarquent les sociologues B. Gomel et D. Méda « Tout se passe comme un jeu de rôles dans un théâtre où l’on obligerait les allocataires à singer la recherche frénétique d’emploi alors qu’il n’y a pas d’emplois – ou du moins d’emplois dignes de ce nom  (…) En l’absence d’emplois, la mécanique des droits et devoirs, même mise en œuvre de la façon la plus humaine possible peut se transformer en instrument de torture morale. »

A ce recul de l’emploi disponible, s’ajoutent des années de politiques publiques tournées autour du supérieur. Ainsi, les enfants ont été incités par l’Education nationale et leurs parents à rejoindre l’université, vue comme l’apothéose d’une vie, au détriment des filières professionnelles. Le baccalauréat est ainsi devenu le point de passage obligé, alors même que les débouchés qu’il offre sont loin de correspondre à tout le monde (voir bientôt le billet sur le baccalauréat).

Peut-être serait-il enfin temps de prendre exemple sur les systèmes scandinaves qui accompagnent et financent beaucoup mieux les demandeurs d’emplois pour permettre à chacun de trouver sa voie, plutôt que de les pointer du doigt.


Les autres volets de la série sont à retrouver ici :
–  Boucs émissaires : les réfugiés (1/3)
– Boucs émissaires : les personnes à faibles ressources (3/3)

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