Twitter : #narcissisme exacerbé et #polémiques stériles

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(Statue – Budapest, Hongrie)

Ceci n’est ni une analyse approfondie, ni une étude référencée, juste la somme de quelques réflexions jetées sur un document Word, fruit de deux années d’usage de Twitter.

Pourquoi Twitter d’abord ? Parce que ce réseau social constitue certainement le meilleur intermédiaire pour permettre la diffusion d’informations et d’analyses des médias vers les citoyens. Les fils d’actualités et les hashtags permettent à chacun de partager, mais aussi de participer et de réagir. La libération de la parole des femmes contre certains abus a pu grâce à Twitter avoir une caisse de résonance formidable.

Justement, certaines critiques de Twitter sont bien connues. A commencer par cette célèbre sentence de l’écrivain Umberto Eco à propos des réseaux sociaux en général :  «Ils ont donné le droit de parole à des légions d’imbéciles qui, avant, ne parlaient qu’au bar, après un verre de vin et ne causaient aucun tort à la collectivité. On les faisait taire tout de suite alors qu’aujourd’hui ils ont le même droit de parole qu’un prix Nobel.».

Cette critique peut être d’ailleurs élargie à l’ensemble d’Internet qui donne effectivement la possibilité de s’exprimer à n’importe qui. Néanmoins, il me semble que cette ouverture de la parole en public à de nombreuses personnes est un plus. A titre personnel, je suis ravi de pouvoir suivre plusieurs blogueurs (de Maître Eolas à Autheuil) qui pointe et explique des problématiques politiques, juridiques ou même artistiques. Internet continue d’être un formidable outil de propagation du savoir.

Bien sûr, ce n’est pas l’immense majorité des cas. Et les réseaux sociaux, et plus particulièrement Twitter, tiennent parfois lieu de café du commerce à ciel ouvert. Forcément, une telle expansion ne peut qu’aggraver certains comportements délétères.

On peut effectivement déplorer l’agressivité individuelle de nombreux utilisateurs qui viennent juste vous insulter copieusement. A titre personnel, j’ai ainsi été accusé à maintes reprises d’être un « agent de la Commission » payée par l’UE pour diffuser de fausses informations, la personne ne voulant pas croire que je puisse effectuer ces articles à titre bénévole. Je passerai évidemment sur les nombreuses insultes qui émaillent les échanges avec certains militants, quel que soit votre degré de politesse à leur endroit. Samuel Laurent, responsable de la rubrique des Décodeurs du journal Le Monde, en connaît un rayon particulier, à force de débusquer les erreurs et les complotismes tous partis politiques confondus. A cet égard, la limitation du nombre de caractères pour un tweet invite peu au débat et renforce le climat de haine. Ce phénomène peut d’ailleurs prendre une tournure particulièrement désagréable lorsque ce n’est pas un mais des dizaines voire des milliers de personnes qui viennent ensemble vous agresser ou harceler.

Plus que Facebook, Twitter est le lieu exécutoire de la polémique permanente. Pas une semaine sans voir les mêmes remontées autour de l’islam, de l’immigration ou de la sécurité. Pas un fait divers qui ne soit commenté à l’aune des présupposés idéologiques de chacun. Marine Le Pen n’est d’ailleurs jamais en reste pour dénoncer le laxisme du Gouvernement, avant même que les causes du drame ne soient connues. Comme si les régimes autoritaires jouissaient d’une meilleure protection. Il n’y a qu’à voir la Russie qui en terme de criminalité est largement devant la France.

De toute façon, la mesure semble avoir quitté cet espace d’interactions. On ne peut plus être un modéré. On est toujours pour quelqu’un, donc forcément contre les autres. La diversité de ses contacts ne semble ici pas toujours une richesse. Etant amené à publier certains billets politiques, j’ai ainsi perdu des abonnés parfois anciens, qui étaient en désaccord avec la teneur d’un article. Curieuse attitude. Comme si on pouvait être d’accord avec quelqu’un tout le temps.

Surtout, Internet a raccourci le temps. Le réfléchir avant d’agir n’a plus de sens à l’heure où des milliers d’internautes peuvent interpeller quelqu’un en moins d’une minute. Il faut sans cesse intervenir et répondre. Si vous tardez, une nouvelle polémique aura pris le dessus et il sera alors nécessaire de rebondir sur celle-ci.

Bilan ? Rien n’est contrôlé, et tout est partagé à la vitesse de l’éclair. Qu’importe la véracité ou l’exactitude. Pourtant, sans faits, la politique et le débat public sont défaits. Pas étonnant que Donald Trump soit féru de l’instrument Twitter (voir Brain Dead ou le néant de la politique).

Enfin, il faut dire un mot d’un comportement qui ne peut manquer d’interpeller. Nombre de gens vous suivent sur les réseaux sociaux, et se désabonnent si vous ne les suivez pas en retour. Comme si, chaque utilisateur se valait et que tout était bon à prendre. Difficile toutefois de ne pas s’y résoudre si vous voulez monter au début. Autre comportement plus ubuesque encore : certains vous suivent, dans l’espoir que vous les suiviez alors, et pour abandonner ensuite. Objectif ? Augmenter son ratio abonnés/abonnements. Cette attitude pathétique est loin d’être le fait d’individu isolé, mais est aussi utilisé par certaines associations (Sauvons l’Europe ! pour ne pas les citer), mais aussi certains universitaires.

Toutes ces expériences rendent malheureusement l’utilisation des réseaux sociaux désagréable. Loin d’offrir une fenêtre sur le monde, ils semblent parfois n’être qu’une voie sans issue.

A l’heure où comme le relevait déjà l’historien Pierre Rosanvallon, « il y a une lisibilité qui diminue et une visibilité qui augmente », phénomène incontestablement renforcé par les réseaux sociaux, l’accent doit plus que jamais être mis sur l’éducation de tous quant à l’usage d’internet Car, oui, « la démocratie sans éducation, c’est de la démagogie ».


Voir aussi Que penser de Facebook Ads, service de publicité ?

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