Uchronie littéraire : Le complot contre l’Amérique

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(Campagne américaine contre le nazisme – Musée de l’histoire allemande – Berlin, Allemagne)

Dérivée de l’utopie, l’uchronie offre une perspective intéressante pour l’étude de nos sociétés et de leurs évolutions. Alors que l’utopie se caractérise littéralement par un monde en dehors de tout lieu – en résumé, un monde qui n’existe pas -, l’uchronie met en place un monde en dehors du temps – en résumé, un monde qui aurait pu exister -.

Généralement, les créateurs d’uchronie prennent un point de basculement au cours de l’histoire (ex : la victoire des Etats-Unis face à l’Allemagne nazie en 1945) pour s’interroger sur le monde qui aurait pu advenir dans un autre contexte.

Plus particulièrement, j’aimerais aborder sur ce blog deux uchronies, l’une télévisée, l’autre littéraire, qui traitent toutes deux du même pays, les Etats-Unis, au cours d’une période proche, l’après-guerre pour la série TV, l’avant-guerre pour le livre.

Avant d’examiner dans un futur article The man in the high castle (voir Uchronie télévisée : The man in the high castle),il me semble intéressant de traiter son versant antérieur,  Le complot contre l’Amérique de Philip Roth récemment disparu.

Dans ce roman, le président américain Frank D. Roosevelt n’est pas réélu, en 1937, pour un 2e mandat, à partir de 1937. En effet, Charles Lindbergh parvient à gagner l’élection. Ce dernier, connu pour son positionnement nazi et antisémite, fit campagne pour s’opposer à toute implication des Etats-Unis dans les tensions naissantes en Europe. Elu, il signe d’emblée un pacte de non-agression avec Adolf Hitler.

Ce roman nous permet de suivre à la fois le quotidien d’une famille juive américaine et le devenir des Etats-Unis. Ce croisement entre la petite histoire et le Grand Récit offre d’intéressantes perspectives, puisque les événements au plus haut niveau finissent toujours par avoir des répercussions sur tout le monde.

Plus particulièrement, l’atmosphère qui entoure la société américaine est très bien traitée. On voit comment la démocratie et les droits de l’homme ne sont jamais un acquis sur lequel on peut se reposer, mais reste avant tout un horizon à atteindre. Que le basculement entre l’Etat de droit et le fascisme ne s’opère jamais d’un seul coup, mais par à-coups successifs, comme autant de renoncements annonciateurs (voir The handmaid’s tale ou la chute de la démocratie). Ainsi, l’antisémitisme croissant de la population au fur et à mesure va de pair avec la libération de la parole au plus haut niveau de l’Etat et par la permissivité offerte aux personnes qui s’inscrivent dans cette logique.

En fin de compte, le roman vient rappeler un principe de vie essentiel : rien n’est  jamais acquis, tout peut être remis en cause. Ainsi, du passé qu’il est parfois plaisant de contempler avec les certitudes que permet le présent, il ne faut jamais oublier qu’un tout autre scénario aurait pu voir le jour. Quant au futur par nature imprévisible, nos actions le détermineront. A chacun d’en tirer les conséquences.


Sur ce même thème, voir Uchronie télévisée : The man in the high castle.

Pour d’autres retours sur des ouvrages littéraires, voir Chien blanc, noirs desseins et Les Racines du Ciel : une lecture en résonance avec l’actualité

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