L’affaire Benalla : la communication en crise ?

20180710_163954

(Exposition de la Fondation Pinault – Rennes, France)

Au-delà des rivalités politiques, il est un point sur lequel les responsables politiques se retrouvent tous : la médiocrité de leur réponse en temps de crise.

Pourtant, notre époque, ère de l’information tout azimut, est censée faire la part belle à la communication. Des éléments de langage aux images soigneusement choisies, tout est étudié pour offrir la meilleure réponse aux attentes supposées de l’opinion.

Aujourd’hui, il n’y a plus un homme politique célèbre qui ne soit entouré d’un bataillon de communicants. Certains ont d’ailleurs eu leur heure de gloire, comme Jacques Séguela avec François Mitterrand.

L’imagination de ces professionnels est parfois sans limite, transformant régulièrement des vieilles recettes en nouvelles idées créatives. Mention spéciale tout particulièrement pour la police de proximité et les hôpitaux locaux, supprimés par le pouvoir politique, pour réapparaître ensuite mais sous un nouveau nom. Il est certain que c’est un communicant qui inventa un jour l’eau tiède.

Or, malgré cette « invincible armada », force est de constater que aussi bien les politiques que leurs communicants s’avèrent incapables de répondre correctement lorsqu’une crise ou un scandale survient. Dernier exemple en date avec l’affaire Benalla.

Pourtant, c’est loin d’être la première fois qu’un tel cas se produit. On ne compte plus les communications hasardeuses, pour ne pas dire désastreuses, qui ont émaillé tour à tour François Fillon avec les soupçons autour de l’emploi de sa femme, Alexis Corbière avec l’utilisation d’un HLM, François Hollande avec sa relation avec Julie Gayet et tant d’autres. A cela, s’ajoutent des choix purement ubuesques, comme lorsque François Hollande décida de recevoir en personne Leonarda pour lui proposer une solution, qualifiée au mieux de « mitigée », au pire de « merdique » ou lorsque Marine Le Pen se lança dans une improvisation de L’invasion des profanateurs de sépulture.

Bien sûr, aucun de ces faits n’est similaire à l’affaire en cause, et tous sont très différents, aussi bien sur la question de leur légalité que de leur gravité. Mais, l’objectif de ce billet est essentiellement d’appréhender la communication du politique face à un événement inopportun.

Avec l’affaire Benalla, on retrouve ainsi tout ce qui ne faut faire en cas de révélation d’un événement par la presse :
– attendre : à l’heure de l’instantanéité, on ne peut plus « donner du temps au temps » pour reprendre la formule utilisée par François Mitterrand
– ne pas répondre ou esquiver le sujet : ne pas évoquer une affaire est le meilleur moyen de lui offrir une tribune démesurée et d’amplifier le phénomène.
– minimiser les faits : une fois les faits connus, inutile de tâcher de les atténuer, au risque sinon de perdre tout crédit dans la parole du politique.
– ne pas avoir de réponse commune : la confusion et les différentes versions donnent le sentiment qu’il y a des secrets non-avoués. Comme le disait Martine Aubry, « quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup ».
– ne pas prendre les décisions qui s’imposent directement : dans une République exemplaire, toute violation de la loi même minime (ce qui n’est pas le cas ici !) par quelqu’un de haut placé est vue comme un horrible passe-droit
– ne pas désigner un responsable : dans tout système, il y a une chaîne de hiérarchie, qui va de pair avec une chaîne de responsabilité. La seconde est un élément essentiel de l’acceptation de l’autorité.

Bien sûr, certains de ces écueils à éviter, notamment désigner un responsable (bouc émissaire ?) peuvent paraître choquants. Mais, lorsqu’un incendie gagne, il s’agit de mettre en oeuvre tous les moyens pour l’éteindre. Pour reprendre une formule connue dans le droit administratif, « lorsque la maison brûle, on ne va pas demander l’autorisation pour y envoyer les pompiers ». 

Ainsi, dans l’affaire Benalla, dès les faits connus par les principaux intéressés, il aurait fallu mettre en oeuvre une suspension de l’agent à titre conservatoire, le temps de conduire l’enquête afin d’évaluer leur gravité. Par ailleurs, une fois les faits révélés par la presse, il aurait fallu procéder au licenciement de l’agent sans tarder et demander la démission de son ou ses responsables hiérarchiques. A chaque fois, le politique semble en retard dans sa réponse, qui ne peut apparaître que comme insuffisante.


Sur ce thème, voir aussi Le devoir d’exemplarité des responsables publics et La justice dans la séparation des pouvoirs

Un commentaire Ajoutez le vôtre

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s