Brexit ou l’impossible unité ?

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(Tableau – Tate Britain)

La démission du secrétaire d’Etat au Brexit David Davis, suivi quelques heures plus tard de celle du ministre des affaires étrangères, Boris Johnson, a rappelé la crise politique permanente à laquelle faisait face Theresa May. En effet, le Brexit est loin de s’inscrire dans l’habituel clivage Travaillistes/Conservateurs. Il existe d’ailleurs un groupe politique transpartisan qui cherche à poursuivre la relation la plus large possible avec l’Union européenne. A l’inverse, certains, à commencer par l’un des remplaçants putatifs de Theresa May, Rees-Mogg, ne jurent que par la sortie la plus nette possible avec l’Union.

Ces divisions se sont déjà illustrées à plusieurs reprises autour du rôle du Parlement dans le Brexit (voir Le particularisme anglais à l’épreuve du Brexit), mais aussi quant à la durée de la période transitoire (voir L’après Brexit : la période transitoire (1/2)) ou le futur accord commercial (voir L’après Brexit : l’accord commercial 2/2).

Elles ont pris une tournure particulière lorsque Theresa May a précisé sa stratégie le 6 juillet 2018  devant ses ministres. Preuve de la sensibilité du sujet, lorsque Theresa May leur a présenté son plan, elle avait privé de moyens de communication et de transport ses ministres afin que ceux-ci ne puissent qu’avaliser sa décision. Ce coup de poker a semblé fonctionner, avant de voir le départ avec pertes et fracas des deux ministres précités.

Pourtant longtemps, les divisions, notamment au sein des Conservateurs, ont su se limiter à l’arrière-cuisine politique. Elles se sont même tues quelques temps lorsque et l’aura de Theresa May et la nécessité d’offrir un front uni face à l’UE ont constitué les meilleurs éteignoirs des velléités de chacun.

Oui, mais voilà, l’unité de façade a volé en éclat. Les différends entre ministres se sont étalés dans la sphère publique. A cet égard, la caricature ci-dessous (Kal pour The Economist) représente magnifiquement la situation politique du Royaume-Uni.

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Cette désunion s’explique certes par la position précaire de Theresa May. A cet égard, les élections catastrophiques de 2017 n’ont fait qu’aggraver la situation, privant de leadership une Theresa May désormais esseulée et privée de réelle majorité (voir Brexit : l’inconséquence électorale). Ses alliés, les unionistes irlandais, apparaissent davantage comme une force de nuisance que comme un parti d’appoint, alors même que la question irlandaise constitue l’un des sujets les plus sensibles du Brexit (voir Question irlandaise et Brexit : la quadrature du cercle).

Surtout, cette désunion a pour origine le dévoilement de la stratégie de Theresa May. Autant il était facile pour des politiques aux positions radicalement opposées sur l’Europe de se retrouver autour du premier discours de Theresa May articulé autour d’un « Brexit » flou (voir En avant pour le « flou » Brexit), autant il devient impossible de faire converger durablement ces positionnements autour d’un scénario. Comme le relevait le cardinal de Retz, « on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment » (voir Theresa May : 50 nuances de Brexit). Aucune des solutions actuelles ne fait consensus, ni même ne parvient à réunir une quelconque majorité. Un passage du projet devant la Chambre des communes s’apparente d’ores et déjà à une grande loterie politique.

L’interprétation même du référendum de 2016 est sujette à débat. A quoi les Britanniques se sont opposés ? A l’appartenance à l’Union européenne telle qu’elle existait alors. Pour autant, qui peut dire ce que les Britanniques voulaient réellement par la suite ? Plus de relation du tout ? Une nouvelle relation ? Davantage d’intégration ? Après tout, rien ne permet d’affirmer qu’une de ces réponses est plus juste que les autres (voir Le référendum, outil démocratique ou arme populiste ?).

Surtout, et le précédent irlandais en constitue un vibrant exemple, il n’est pas dit que le résultat à un référendum se maintienne avec le temps.

Déjà, de nombreuses promesses ont disparu le jour même du vote. On se souvient de Nigel Farage avouant sans aucune gêne que le NHS ne récupérerait jamais les 350 millions de livres promis (voir National Health Service : le grand corps malade du Brexit ?).

Ensuite, la situation internationale a considérablement évolué: entre une Russie agressive, des Etats-Unis devenus inamicaux.

Surtout, au fur et à mesure du Brexit, les Britanniques ont pu prendre conscience de leur isolement et de leur faiblesse. Le Royaume-Uni n’est plus l’Empire sur lequel le soleil ne se couche jamais. Il reste certes une grande puissance. Mais, il n’est plus en mesure de peser seul sur l’ordonnancement du monde (voir Brexit : la possibilité d’une île ?Brexit : la possibilité d’une île ?).

A cette impossible unité politique s’ajoute une difficile cohésion territoriale. En effet, le Royaume-Uni est fragmenté entre ses différentes entités. Ainsi, les régions proeuropéennes (Ecosse, Londres, etc..) ont rapidement demandé à bénéficier d’un régime dérogatoire pour continuer à rester proche de l’UE (voir L’Ecosse, une indépendance pour l’Union ?). Chose plus étonnante, des régions (Pays de Galle, Grimsby..). qui s’étaient manifestées pour le Brexit ont elles aussi demandé à accéder à ce régime.

Faute d’unité, le Royaume-Uni est incapable d’offrir une stratégie forte et cohérente. Tout l’inverse actuel de l’Union européenne dans ses négociations avec les Britanniques. C’est toujours plus facile de mener la danse lorsque tous ses  pas sont synchronisés.


Dernière actualisation sur le Brexit ici : A six mois de la sortie du Royaume-Uni, le Brexit dans l’impasse

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