Brexit : le revers de la médaille ?

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(House of Parliament – Londres, Royaume-Uni)

Avec son sens de la formule qui lui permit certainement de traverser sans trop de difficultés de nombreux régimes, le diplomate Talleyrand relevait que «quand je me regarde, je me désole ; quand je me compare, je me rassure ». Cet double état en apparence contradictoire s’applique à merveille à l’Union européenne dans ces négociations avec le Royaume-Uni sur le Brexit.

Tout d’abord, force est de constater que la situation de l’Union européenne depuis le Brexit ne semble guère s’être améliorée. Certes, la dislocation annoncée n’a pas eu lieu. Néanmoins, il semble difficile aujourd’hui de se réjouir de l’état de la construction européenne.

En effet, depuis le référendum de 2016, si les Pays-Bas et la France n’ont finalement pas cédé aux sirènes populistes, l’Autriche, l’Italie et la République tchèque ont rejoint à différents degrés les Polonais et les Hongrois dans le virage à droite (voir Tour d’horizon des Etats européens). Les forces européennes reculent un peu partout. La photo du Conseil européen qui réunit les chefs d’Etat et de gouvernement offre un panorama de plus en plus inquiétant. A cet égard, l’Union européenne affronte l’échéance électorale de 2019, critiquée comme rarement et affaiblie comme jamais (voir Elections européennes 2019 : l’heure d’un débat public ?)

Par ailleurs, alors que le Brexit pouvait constituer une opportunité formidable pour faire avancer l’Europe – après tout, l’argument courant était de dire que les Britanniques bloquaient tout progrès -, l’inertie générale semble être la règle. Tout le monde semble avoir oublié la présentation par la Commission de 5 scénarios aux finalités très diverses (voir Les 27 en quête d’un cap). A quoi servait-il de montrer les différentes options si c’est pour ne pas choisir ? Les Etats membres sont étrangement silencieux

La Commission, elle, est aux abonnés absents, entre têtes d’affiche invisibles, affaires récurrentes et inaptitudes politiques (voir L’effacement de la Commission européenne : « et pourtant, elle tourne » !).

Or, cette paralysie généralisée se retrouve évidemment dans la déclinaison des politiques publiques. Outre les problèmes persistants toujours non-résolus (devenir de la zone euro, traitement de la question migratoire), d’autres sujets semblent au point mort.

Ainsi, l’Europe de la défense, mise à part quelques exhortations, reste toujours au stade embryonnaire (voir Europe de la défense : à l’attaque ?). Ce n’est pas faute d’avoir les Etats-Unis qui dénonce le coût de l’alliance transatlantique. Il y avait pourtant une opportunité dans l’Union européenne post-Brexit pour mettre en place quelque chose de concret.

Le budget européen fut une autre occasion manquée. Le futur cadre financier pluriannuel (2021-2017) offrait une fenêtre d’intervention intéressante. Il se découpe au mieux en mesurettes au pire en coupes sèches. Loin d’une révolution programmatique, il maintient l’existant avec quelques retouches. Tout juste, entend-il revoir la place prépondérante de la PAC et évoque-t-il un conditionnement aux droits fondamentaux. Mais, il ne répond ni à l’ambition de ces concepteurs ni à l’ampleur des défis. Il ne règle pas non plus la question éminemment sensible des rabais consentis à certains Etats. A quand de véritables financements de missions sociales ? [voir Budget européen : avenir difficile (2/2)]

Ce panorama sombre est pourtant éclairé par la situation ambivalente de son principal partenaire. Loin de bénéficier des difficultés de l’Union européenne, le Royaume-Uni est engoncé dans ses propres turpitudes. C’est peut-être là le seul motif de satisfaction des Européens aujourd’hui : se dire que ça pourrait être pire, ils pourraient être dans le cas des Britanniques (voir Un an après : le blue(s) du Brexit et Le labyrinthe du Brexit : par où la sortie ?).


Comme l’année dernière, série d’articles sur le Brexit à venir :
– Le labyrinthe du Brexit : par où la sortie ?
– Brexit : le soap permanent ?

Petit retour vers le passé avec les 3 articles écrits en 2017 lors de l’anniversaire
– Brexit : année 0 : la fin de l’innocence britannique
– Brexit : tragédie shakespearienne : écriture d’invention autour du Brexit
– Abécédaire du Brexit : le Brexit en 26 lettres

Un résumé de la situation : Brexit : quels enjeux ?

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