Fête de l’Europe : ode à la joie ?

Europe,

J’ai longtemps repoussé l’échéance pour t’écrire. Après tout, c’est un peu de ta faute, tu m’apparaissais lointaine, inaccessible.

Oui, mais voilà, tu es désormais menacée, et je me sens obligé de m’inquiéter. J’aimerais t’aider. Mais, à mon niveau, je ne peux que t’écrire. C’est peu pour toi, beaucoup pour moi.

Je doute. C’est bien, me diras-tu. Je viens du pays de Descartes, après tout. Pas tant que ça, te répondrai je. Quelque chose s’est cassé. Le sens-tu ?

Bien sur, tu en as connu d’autres. Ne dit-on pas qu’à chaque crise dans ta construction, quelqu’un sut amener un nouvel élan pour te relancer ? Sur qui t’appuieras-tu cette fois : une Cour de justice sans audace, un Parlement sans courage, une Commission sans volonté ou un Conseil sans idée ?

N’as-tu donc rien d’autre à me proposer ? Pourquoi devrais je rester à ta table alors que tu n’as plus aucun atout dans ta main ? N’y pense même pas, le bluff n’a jamais été ton fort. Tu es en crise, celle de la soixantaine. L’heure de la retraite ? Déjà remisée au placard ? Déjà vieille ? Mais, as-tu seulement été jeune ?

Depuis quand le ver est dans le fruit ?

Le départ prévu du Royaume-Uni ? Non. Plus lointain.

L’échec déjà annoncé du nouveau mémorandum pour sauver la zone euro ? Non. Plus lointain.

La disparition des symboles fédéralistes dans le Traité de Lisbonne ? Non. Plus lointain (voir Traité de Lisbonne : quel bilan 10 ans après ?).

L’élargissement de 2004 ? Non. Plus lointain (voir L’élargissement à l’Est : une erreur historique ?).

La dérogation accordée au Royaume-Uni sur la politique sociale dans l’Acte Unique Européen ? Non. Plus lointain.

L’absence des domaines régaliens dans le Traité de Rome ? Non. Plus lointain (voir Traité de Rome : sexagénaire Europe).

Le rejet par la France du Traité sur la Communauté Européenne de Défense ? Non. Plus lointain.

Comment, dès l’origine ? Oui. Un Conseil trop puissant, une Commission irresponsable politiquement, un Parlement inexistant, des Etats pointilleux quant à leurs prérogatives, des citoyens frileux devant cette audace.

En fin de compte, tout vient de l’origine. Il y avait un grand projet, mais peu de personne pour le porter. Quelques hommes de conviction, oui. Mais, était-ce suffisamment ?

Pourtant, sache que même si je doute, je continue à croire en toi.

En fin de compte, ton existence même est et restera un pied de nez aux pessimistes de tout bord. Le 9 mai justement doit être l’occasion de se réunir entre Européens, des Finnois aux Grecs, des Allemands aux Polonais, des Lettons aux Maltais, des Anglais aux Français. Entre ces peuples, les haines se sont tues, les murs sont tombés. Plutôt que le repli sur soi, plaidons la confiance dans l’autre, dans un vivre-ensemble européen (voir Europe : Unis face à l’adversité).

A toi, la princesse troyenne qui demeura longtemps un songe avant de te concrétiser enfin dans un projet moderne.

Pourvu que 2019 soit enfin l’année de ta consécration.


Petite pièce de théâtre sur l’Europe : voir Unis dans l’adversité – Acte I

Sinon, le dossier sur les élections européennes 2019 est ici.

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