Donald Trump est-il un personnage de fiction ?

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(Tableau – Musée des Beaux-Arts de Lyon – 2017)

J’avais déjà eu l’occasion d’aborder une série, injustement annulée à mon sens, Brain Dead (voir Brain Dead ou le néant de la politique). En effet, derrière le scénario loufoque, se présentait une satyre du système politique américain et de nos sociétés contemporaines – se moquant notamment de la place du sport et des produits sains.

Diffusée au cours du printemps 2016, cette série annonçait, si on y prête bienattention, l’avènement de Donald Trump et l’ « ère de la post-vérité” (Trump : au nom des autres).

Or, avec le temps – et particulièrement, au fur et à mesure de la Présidence de Donald Trump – la fiction télévisée ressemble de plus en plus au scénario décrit dans la série.

Oubliez ici la grandeur de la politique (modèle House of Cards) ou son caractère parfois pathétique (version Veep) [voir House of cards, Baron Noir, Borgen et Veep : quatre déclinaison de la politique dans les séries], ici, la politique n’existe tout simplement plus.

Dans la série, on voit des débats entre politiciens qui tournent à de véritables monologues où chacun parle sans écouter l’autre, une hystérisation des positions aboutissant à une paralysie générale (particulièrement manifeste aux Etats-Unis avec le fameux “shutdown”), des juristes jouer à la distinction entre “simulation de noyade” et “immersion prolongée”, des gens se soucier davantage de leur santé et de leur bien-être individuel que de l’état de leur pays, des médias être cloués au piloris, un procureur spécial élargir sa mission et un homme politique horripilant ne devant son salut populaire qu’à sa perpétuelle mauvaise foi, osant même cette réplique « je suis désolé de voir que mon collègue a plus de respect pour la vérité que pour la vie des pandas ».  Cette mauvaise foi est loin d’être sans conséquence puisqu’elle est utilisée pour justifier certaines velléités guerrières (une intervention « humanitaire » en Syrie).

Et forcément, les parallèles sont nombreux avec l’actuelle gouvernance de Donald Trump. Entre son hystérisation continue du débat, ses attaques répétées contre les médias accusés de diffuser des « fake news », son souhait de détourner la mission du procureur spécial ou ses déclarations agressives contre certains pays, Donald Trump présente par bien des aspects des similitudes avec son double de fiction, Red Wheatus – pourtant imaginé et développé début 2016.

Que dire aussi de certaines saillies verbales à propos de l’histoire américaine, et plus particulièrement des monuments aux confédérés ? A la proposition de donner à un square le nom d’une personnalité confédérée par Red Wheatus dans la série fait écho la polémique sur le maintien de la statue d’un général confédéré qu’a défendu Donald Trump.

Une stratégie globale de provocation permettant de détourner l’attention. Et l’indignation n’a pas le temps de se constituer que déjà elle doit se déplacer sur un autre sujet, objet d’une nouvelle provocation.

Cette stratégie de provocation est pour l’heure une réussite grâce à l’écho multiplicateur des réseaux sociaux, qui permettent des messages sans filtre, en continu ; le recul et le décryptage nécessaires arrivant toujours trop tard.

Or, alors que son double doit ses excès à une mainmise étrangère, Donald Trump est bien le maître de ses exubérances. Seul point de distinction, c’est malheureusement le plus inquiétant. Et tout ceci est loin d’être une farce pour débuter ce mois d’avril. Reste à voir si cette situation durera « seulement » 2 ans ou 6 ans de plus.


Sur ce thème, voir aussi Brain Dead ou le néant de la politiqueLa méthode Trump à l’épreuve et Trump : au nom des autres.

4 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. andre dit :

    On peut toujours espérer: c’est bien la même Amérique qui avait élu Obama … Il semble bien qu’il y ait un mouvement plus ou moins régulier de balancier, les déçus passant allègrement d’un camp à l’autre.
    Reste à savoir si Trump fera finalement plus de déçus, voire de dégoûtés, que de fanatiques bas du front.

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