Bouc-émissaires : les réfugiés (1/2)

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(Campagne sécuritaire – Royaume-Uni – 2017)

Il est des bouc-émissaires idéaux aux difficultés, notamment financières, que peut rencontrer notre pays. Deux catégories font plus particulièrement les frais des attaques politiques en période de crise :  les migrants – l’objet de ce billet – et les personnes sans emploi – objet d’un prochain billet -.

Depuis plusieurs semaines, le futur projet de loi du Gouvernement sur l’asile et l’immigration fait l’objet de critiques nourries et variées (un édito du journal Le Monde, un avis du Conseil d’Etat). 

Ce texte qui s’articule selon ses thuriféraires autour d’un juste équilibre entre humanité et fermeté est dénoncé par d’autres comme un grave recul dans le champ de l’asile.

Pourtant, la population est dans l’ensemble indifférente au devenir de cette loi et au sort des demandeurs d’asile.

A cet égard, il importe de clarifier les notions car de nombreux responsables politiques jouent d’une certaine confusion pour présenter un argumentaire favorable à leurs idées.

En effet, l’immigration comprend en France aussi bien les réfugiés (demandeurs d’asile ayant obtenu le statut) que des migrants dits économiques ou des personnes arrivant dans le cadre du regroupement familial.

Il convient de relever que le nombre d’entrées cumulées ne représente que 0,37% de la population et ne s’accroit que très peu avec le temps (il y a des années hautes et des plus basses).

Cela étant dit, quelle est la situation de l’asile en France ? Peu reluisante aussi bien vis-à-vis de ses voisins que de son histoire. 

En effet, d’une part, plusieurs Etats membres de l’Union européenne que nous nous plaisons à considérer comme modèle pour leur marché du travail, leur dialogue social ou leur taux de chômage accueillent beaucoup plus de demandeurs que nous sans créer cette fois chez nous de vocation de comparaison. La Suède, pays de 9,9 millions d’habitants assume à elle-même plus de 120000 demandeurs d’asile. L’Allemagne a reçu dans de bonnes conditions plus d’un million de personnes en 2016 (voir Années Merkel : la raison allemande) ! Il s’agissait pour ces pays de se montrer non seulement solidaires avec les personnes qui fuyaient la guerre, mais aussi avec les Etats frontières de l’Union européenne qui n’étaient plus en mesure de traiter correctement cette demande inédite (voir Du Grexit à l’oubli). Face à cette attitude humaniste, la France a balancé entre dédain et mépris. Pourtant, ces pays ont assumé quasiment seul cet afflux massif. La solidarité européenne fut absente. Mais, pire, l’Europe ne se montra pas digne de ses valeurs (voir Aylan : le naufrage des valeurs européennes.)

D’autre part, la France sous la menace du Front national renie une partie de son histoire. Le FN pourtant si prompt à agiter l’histoire de France à des fins politiques est étonnamment silencieux quant au passé de terre d’asile de notre pays. Oui, la France s’est enorgueillie plusieurs fois de donner droit de cité à des personnes bannies ou poursuivies pour avoir défendu la liberté d’expression ou combattu la tyrannie (voir France 2017 : une nation ouverte ?).

Or, force est de constater que ce texte qui cherche à afficher haut de bons sentiments s’inscrit en fait dans une ligne politique continue depuis 20 ans. Au passage, le nouveau texte est étudié alors même que les dernières législations dans ce domaine (2015 et 2016) sont à peine entrées en vigueur. Sous couvert de traiter la situation, les responsables politiques cherchent surtout à empêcher toute accusation de laxisme et à lutter ainsi contre le FN. Sauf que si cet objectif est certes louable, il n’en est pas moins dénué de réussite. Ils n’iront jamais assez loin pour certains. Il suffit de voir l’hystérie d’une partie de la droite à propos de l’aide médicale pour les étrangers. Attaquant régulièrement cette aide comme un surcoût intenable, certains font mine d’ignorer que la facturation de ces soins conduirait les gens à retarder leur prise en charge, et aboutirait ainsi à un véritable surcoût lorsque la maladie se sera aggravée.

En fin de compte, les textes se succèdent pour tenter de traiter humainement les demandes d’asile et de séparer cette gestion de celle plus classique de l’immigration.

L’hypocrisie que ces textes recèle est d’estimer qu’un traitement rapide des demandes permettra de mieux traiter les demandeurs. En réalité, il n’en est rien. C’est oublier que de nombreux demandeurs en arrivant ne parlent pas ou peu français. Ils doivent d’emblée être familiarisés avec le byzantisme administratif et la jungle documentaire.  Vous considérez avoir du mal à comprendre le fonctionnement de l’administration française ? Pensez à votre situation si vous ajoutiez en plus la barrière de la langue – qui plus est, après un voyage éprouvant.

Au demeurant, de nombreux demandeurs d’asile ont fui dans la précipitation leur pays et ne disposent pas des pièces justificatives sur eux, à l’instant t. Il faut parfois quelques temps pour prouver ce qu’ils avancent.

Certes, la France ne peut accueillir toute la misère du monde. Mais elle doit prendre sa part. Et cette part devrait non seulement refléter sa place mais aussi les valeurs qu’elle entend défendre. Force est de constater que ce projet de loi ne s’inscrit pas dans cette logique.


Voir aussi France 2017 : une nation ouverte ?

3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. andre dit :

    Remplacez France et français par Belgique et belge (sauf pour la langue, que nous partageons par ailleurs), et vous donnez une bonne description de la situation dans mon pays.
    Quelques éléments ont un écho direct dans mes propres réflexions: le binôme fermeté – humanité, dont le second n’est que le cache-sexe sans consistance du premier, ou la question de l’aide médicale.
    En Belgique, lorsqu’il est question de faire preuve d’humanité face aux migrants, on parle avec des trémolos de crainte dans la voix d’ appel d’air.
    Voici en partage quelques-unes de mes propres réflexions:
    https://asimon.eu/blog/belgique/humaine-et-ferme/
    https://asimon.eu/blog/societe/ces-peles-ces-galeux/
    https://asimon.eu/blog/migrations/on-narrete-pas-les-nuages/

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