Elections européennes 2019 : une circonscription unique, enfin !

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(Parlement européen – Strasbourg, France – 2013)

Depuis quelques scrutins, le premier parti de France aux élections européennes est la coalition des abstentionnistes. Entre une campagne souvent fade, une structure institutionnelle en apparence complexe et des enjeux perçus comme lointains, les raisons ne manquent pas pour expliquer le désintérêt, voire la méfiance des citoyens à l’égard de ces élections.

Si de nombreux politiques rejettent la responsabilité de cet échec sur l’Europe, rien n’est fait jusqu’à présent pour permettre aux citoyens de reinvestir cette question ignorée durant cinq ans. On ne peut pas demander aux citoyens de se passionner pour une thématique qui est au mieux absente des débats politiques au pire décrite comme le mal incarné.

A ces problématiques s’est ajouté depuis 2004 un charcutage électoral inédit. En effet, dans un régime quasi présidentiel où le candidat une fois élu ressemble à un monarque républicain, les scrutins intermédiaires ont valeur de plébiscite sur l’action présidentielle. Plus encore, en ne comprenant qu’une seule circonscription et en se jouant à la proportionnelle, les élections européennes étaient les plus destinées à servir de baromètre politique. Sous ce premier format, le parti de l’opposition emportait ainsi fréquemment la victoire.

En parallèle, le risque était grand qu’un tel scrutin (proportionnelle à un tour au sein d’une seule circonscription) finisse par favoriser excessivement le Front national, qui ne disposait souvent que d’une tête d’affiche au niveau national.

C’est pourquoi en 2003 le Gouvernement de Jean-Pierre Raffarin avait procédé à une réforme électorale découpant la France en 8 euro-circonscriptions. Car oui, ces circonscriptions électorales ne reposaient sur aucune assise territoriale et dépassaient largement le cadre des régions (22 à l’époque). Force est de constater que la réforme de la carte régionale en 2015 (passage à 13 régions) n’avait pas conduit à un alignement de l’une sur l’autre.

Or, le parti En Marche ! en plaçant l’Europe au coeur de son ADN programmatique a souhaité repolitiser ce scrutin. C’est tout le sens du récent retour à une circonscription électorale unique. Les responsables de ce parti considèrent qu’une victoire est possible, en plaidant clairement la cause européenne.

En parallèle, force est de constater que la possibilité de limiter le score du Front national à travers les euro-circonscriptions a été un échec puisqu’en 2014, celui-ci fut le premier parti parmi les votants, envoyant la plus grande délégation.

Ce changement électoral n’a pourtant pas manqué d’être dénoncé par le parti Les Républicains, arguant du risque d’avoir des eurodéputés coupés de leur territoire.

A cette critique, il est possible de formuler 3 séries d’objection.

Tout d’abord, le rôle d’un eurodéputé n’est pas de représenter un territoire infranational. A l’instar du Congrès américain, le découpage doit avoir lieu au niveau des Etats membres.

Ensuite, les anciennes eurocirconscriptions n’assuraient nullement une représentation des terriroires locaux. D’une part, elles sont trop étendues pour permettre réellement cette fonction. D’autre part, elles ne s’inscrivent pas dans les identités locales préexistantes.

Enfin, les territoires locaux bénéficient déjà d’une instance de représentation au sein de l’UE. Le Comité des Régions.

En réalité, Les Républicains craignent actuellement ce qu’oblige une seule circonscription : une clarification programmatique (voir La droite et l’Europe : une question de souveraineté ?). Clarification programmatique pourtant nécessaire pour permettre aux citoyens de se prononcer parmi des options expressément définies.

Simplification et clarification sont les deux avancées permises par la circonscription territoriale unique. Elle est, il est vrai, insuffisante en soi. C’est un outil que les responsables et les citoyens doivent désormais s’approprier.


Sur ce thème, voir aussi La revalorisation du Parlement européen : quel bilan ? et Elections européennes : 2019, c’est maintenant.

Pour une présentation globale des enjeux de ces élections, c’est ici : Elections européennes 2019 : l’heure d’un débat public ?.

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