Propos de Wauquiez : la fin du « politiquement correct » signifie-t-elle le début du parler-vrai ?

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(Oeuvre – Musée de Dali – Figures, Espagne – 2012)

Ce ne sera une surprise pour personne. Mais, la parole du politique a quelque peu perdu de sa superbe. Le verbe est certes porté à son paroxysme, mais l’action ne suit pas. Il est loin le temps où il suffisait de déclarer « que la lumière soit » pour que « la lumière fût ».  Cette quasi fatalité – à entendre les responsables politiques – a produit chez l’électeur indifférence et méfiance.

Indifférence d’abord avec la banalisation des grandes messes télévisées où le candidat ou l’élu présente sa stratégie. Méfiance ensuite avec les promesses répétées à longueur de campagne et trahies au lendemain de l’élection.

Pour se prémunir de cette fatalité, le politique a alors parfois usé d’un langage détourné, la langue de bois, pour ne plus devoir s’engager, y compris en paroles.

Or, depuis quelques années, on ne compte plus les responsables politiques à vouloir s’affranchir de cette barrière linguistique. En 2006, déjà, un élu du RPR signait un livre au nom évocateur Promis, j’arrête la langue de bois ! Son nom ? – surtout ne riez pas-  Jean-François Copé – vous avez ri –

A cette fin autoproclamée de la langue de bois s’est ajoutée plus récemment un combat contre le « politiquement correct ». Et on touche ici à une notion plus difficile à cerner car sa définition fluctue en fonction de ses utilisateurs, sans compter les arrières-pensées et les présupposés qu’elle suppose. Il y aurait, aux dires de certains, une retenue chez le responsable politique lambda qui l’empêcherait de pouvoir dire ce qu’il faut dire, le conduisant à devoir taire certaines vérités embarrassantes. Le responsable de bonne foi serait donc confronté à un discours dominant véhiculé par les médias, la gauche, les bobos – rayez les mentions inutiles -, le « politiquement correct ». Pour préserver la paix sociale – et plus particulièrement pour ne pas heurter certaines catégories de population -, le responsable policerait alors son propos. Ainsi, selon cette théorie, on n’aurait plus le droit de pointer du doigt les pauvres, les Arabes, les jeunes, etc… Les problèmes seraient bien là, mais, on préférerait les taire pour ne pas gêner. Il faudrait donc battre un « politiquement correct » étouffant pour arriver au « parler-vrai ».

En réalité, ce cas de figure prête à sourire, tant le discours entendu aujourd’hui semble éloigné de ces canons-là. L’espace politico-médiatique est saturé de prises de positions, voire d’attaques, contre certaines populations. Par un rebours d’ailleurs assez intéressant, les assaillants se présentent ici comme les victimes d’un système qui leur donne pourtant temps d’antenne et droit de cité. Comment ne pas penser à Eric Zemmour, éternel insatisfait, conspuant à tour de rôle les femmes, l’islam et la gauche ? Mais, le cas est loin d’être unique et se répand chez de nombreux autres chroniqueurs ou responsables politiques.

Plus récemment, Donald Trump a fait justement campagne contre un prétendu « politiquement correct » qui empêcherait de résoudre les problèmes des honnêtes gens. En France, ce crédo utilisé par le Front national depuis sa création a été repris par un responsable plutôt inattendu, le président du parti Les Républicains, Laurent Wauquiez. Se prévalant de tenir un discours de vérité, à rebours des autres responsables politiques, Laurent Wauquiez tombe comme Donald Trump avant lui – ce n’est évidemment pas un hasard – dans un discours de la surenchère verbale et de l’outrance permanente.

On devrait pourtant attendre de nos responsables davantage de tacts et de mesures. S’il est à espérer que le responsable politique s’affranchisse de la langue de bois, ce n’est pas pour qu’il tombe ensuite dans le mensonge. Il serait bien de ne plus confondre parler vrai et outrances verbales.


Sur ce thème, voir aussi Au nom du peuple : le mythe d’une fiction et Brain Dead ou le néant de la politique

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. G.Cesta dit :

    Le parler vrai… lointain descendant du mentir vrai d’Aragon ou par le truchement d’un récit fictionnel on s’approchait au plus prêt de la vérité?

    J'aime

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