Charlie hebdo : 3 ans après, être toujours Charlie ?

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(Graffiti « Je suis Charlie – Trier, Allemagne – 2017)

« Je suis Charlie ». Ce slogan a été le symbole du soutien fort et la mobilisation pour la liberté d’expression qui suivit le drame de janvier 2015. Spontanément, des millions d’anonymes partagèrent cette phrase, comme signe de ralliement. Mais, ralliement à quoi ? Aux journalistes lâchement assassinés? Ou à quelque chose qui les dépasse et les transcende ? Si les marches républicaines s’organisèrent au nom de Charlie Hebdo, leur raison d’être fut bien de défendre la liberté de caricature, et à travers elle la liberté d’expression, socle de toute démocratie digne de ce nom.

Oui, mais voilà, trois ans après, le jeu de la récupération a commencé. Politiques et intellectuels s’écharpent désormais en place publique par médias interposés. Quelle tristesse de voir ainsi s’affronter Charlie Hebdo et Mediapart (notamment Edwy Plenel), l’un de reprocher la complaisance de l’autre, l’autre de pointer l’outrance de l’un. Derrière cette querelle, s’affrontent deux visions de la gauche sur la laïcité : à l’absolu de l’un s’oppose la relativité de l’autre. A ce conflit de mots s’est greffé un ancien Premier Ministre désireux de régler quelques comptes avec le directeur de Mediapart.

Hier, le 6 janvier 2018, au détour d’une commémoration cérémoniale, le débat a ressurgi. « Toujours Charlie ! » ont défendu des centaines de personnes. Si je partage le mot d’ordre, je m’interroge sur sa portée. Parce que, comme la laïcité (voir Manifeste de foi en la laïcité française), Charlie Hebdo est devenu un sujet de fracture. Loin de dégager un consensus, il crée aujourd’hui des dissensions. La faute notamment aux récupérations et aux détournements. Car, comme certains invoquent la laïcité contre les pratiques de l’Islam, d’autres usent de Charlie pour les mêmes raisons. Bien sûr, la nouvelle notoriété acquise par le journal portait le risque d’une logique de récupération, le transformant contre son gré en porte-étendard d’une cause éloignée de la sienne.

Or, Charlie Hebdo s’est caractérisé par une attaque non pas d’une religion mais de la religion – entre autre, politiques et intellectuels ayant eu leur lot de moqueries et d’injures. Et c’est bien là ce qui distingue le journal d’une partie de ses avocats d’un jour qui réduisent la question à un sujet au risque de perdre de vue l’objectif. 

Plutôt que de chercher absolument à savoir qui est ou non Charlie pour stigmatiser ou condamner – attitude un brin familière avec l’hallali que subirent les abstentionnistes à la dernière élection, voir Drôle de campagne : haro sur les abstentionnistes ? – , il serait peut-être préférable d’argumenter et de convaincre que Charlie Hebdo n’est que la représentation d’une liberté qui nous tient tous à coeur, celle de s’exprimer. Si ce droit a ses limites, la liberté doit rester la règle.

A l’inverse, que répondre à ceux qui reprochent à Charlie Hebdo son humour vulgaire ? Qu’il est le digne héritier d’Hara-Kiri ce journal qui se voulait « bête et méchant » ? Insuffisant certainement. On trouvera certainement une réponse plus adaptée de l’autre côté de l’Atlantique, dans la Cour suprême américaine. En effet, à l’occasion d’une affaire opposant un prêtre et un journal (Larry Flint, 1988), elle avait rappelé que “dans le cadre des affaires publiques, bien des choses dont le mobile n’est pas admirable n’en sont pas moins protégés par le premier amendement”. Quelque soit l’opinion sur le caractère du journal, rien ne remet en question le fond du débat.

En fin de compte, on devrait toujours pouvoir rire de tout. Mais, le rire semble devenu soudain une affaire trop sérieuse. Risible, non ?

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