Céline et Houellebecq : jusqu’où peut aller le cynisme littéraire ?

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(Oeuvre de Ben – Centre de Pompidou-Metz – 2010)

Nouvelle parenthèse littéraire avec deux auteurs qui sont loin de laisser indifférents le public et la critique, Louis-Ferdinand Céline et Michel Houellebecq.

Ces écrivains me semblent présenter suffisamment de convergences pour faire l’objet d’un billet commun.

En effet, il paraît difficile de nier que l’un comme l’autre sont dotés de qualités littéraires évidentes. Ils ont un style qui leur est propre, et les démarque considérablement de leurs contemporains. Cette brève « étude » ne prétend pas d’ailleurs rapprocher leurs façons d’écrire puisque là où le style célinien me semble saccadé par la profusion d’argots et de grossièretés, le style houellebecquien est plus épuré et fluide.
C’est plutôt le fond des oeuvres qui sera examiné ici, ainsi que le positionnement de l’artiste dans son époque. A cet égard, Jean-Paul Sartre dans le premier numéro de la revue de Les temps modernes au sortir de la 2e Guerre Mondiale, avait très bien rappelé qu’un « artiste est en situation avec son époque. Chacun de ses paroles compte. Chacun de ses silences aussi. » Oui, un auteur est comptable de ses oeuvres, autant de ce qu’elles disent que de ce qu’elles taisent.
Or, force est de constater que Céline comme Houellebecq peignent – figurativement parlant – une humanité exécrable dans son comportement, petite dans ses actions et engluée dans le morne quotidien . Les héros sont rarement attachants, les personnages secondaires portent tous en eux un certain pathétisme. Au cours de Voyage au bout de la nuit, par exemple, seule l’apparition inopinée et quasi mystique d’Alcide offre une bouffée d’oxygène au marasme ambiant. Il « tutoyait les anges. (…) Il dormait comme tout le monde. Il avait l’air bien ordinaire. Ça serait pourtant pas si bête s’il y avait quelque chose pour distinguer les bons des méchants ».
Evidemment, aucun sujet n’est tabou, et chaque auteur est libre d’écrire sur ce qu’il veut. On doit pouvoir écrire sur tout. Pourtant, les partis pris de ces artistes sont révélateurs d’orientations, voire d’aspirations plus profondes. Difficile de voir une coïncidence entre l’aversion pour le monde de Céline et son choix de s’engager dans un nouvel ordre. De même, le cynisme permanent de Houellebecq a certainement joué dans son hésitation d’appeler à voter Marine Le Pen (ici).

Cette représentation mâtinée de noirceur du monde est peut-être réaliste. Mais, elle témoigne d’un profond dégoût de l’humanité, qui peut conduire à certains excès. Aux Juifs, boucs-émissaires du premier, répondent les Musulmans, têtes de turcs du second. Sans renier leur talent littéraire, rappelons que rien n’oblige à se soumettre à leur lecture.


D’autres billets sur la littérature sont disponibles : Election 2017 : un parfum d’étrange défaite et Stefan Zweig ou le drame de l’Europe.

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