BRICS : concept théorique ou réalité géopolitique ?

IMG_5577

(Christ rédempteur – Rio de Janeiro, Brésil – 2016 ; Crédits : @annegaellon)

Où sont les BRICS – acronyme représentant un quintet d’Etats (Brésil, Russie, Inde, Chine, et Afrique du Sud) ? Telle pourrait être aujourd’hui la question. Après avoir été propulsé sur le devant de l’actualité avec la crise économique de 2008 qui a semblé bousculer le monde occidental, à commencer par son porte-étendard, les Etats-Unis, les BRICS sont aujourd’hui en recul. Comment expliquer cette place singulière, alors qu’un bel avenir leur paraissait promis ?

Cette rétrogradation a une double cause : l’accumulation de situations individuelles défavorables et l’absence de force collective de groupe.

Mais pour mieux comprendre la réalité tangible des BRICS, il faut remonter à l’origine de ce concept. En effet, les BRICS sont d’abord une construction théorique, mise en avant par John O’Reilly, économiste de la banque Goldmans Sachs en 2001. Celui-ci prédisait alors l’émergence d’un groupe d’Etats composés du Brésil, de la Russie, de l’Inde et de la Chine, les BRIC. Rétrospectivement, cela pouvait sembler aller de soi. Après tout, le Brésil et la Russie disposaient d’importantes ressources naturelles – agriculture pour le premier et hydrocarbure pour la seconde. L’Inde et la Chine pouvaient eux compter sur une population pléthorique – les fameux «Etat-continent ». Toutefois, ce pronostic avait la force d’envisager un redressement de la Russie alors engluée dans un certain marasme et le retour au premier plan de la Chine sortie tout juste du maöisme (pour rappel, à cette époque, la Chine vient seulement de rejoindre l’OMC).

Pour autant, dès le départ, à ce concept d’origine économique s’est greffé une appréciation plus politique, la future désoccidentalisation du monde. Très vite, les BRIC ont pris soin de vouloir incarner la perspective d’une société internationale différente de celle connue jusqu’alors. Ce n’est pas un hasard si l’acronyme BRIC a rapidement connu un pluriel. Les BRICS, soit les BRIC plus l’Afrique du Sud (le S pour South Africa). En ajoutant un pays africain, loin des standards économiques de ces partenaires, il s’agissait avant tout de faire une démonstration politique, représenter les 3 continents sous-représentés dans l’ordre international (Asie, Afrique, Amérique du Sud).

La crise de 2008 a permis de favoriser les souhaits de ces Etats, en décentrant un monde tourné principalement vers la Triade (Japon-Europe-Amérique du Nord). La création du G20, représentant les 20 économies principales du monde, a permis l’inclusion de nouveaux pays dans la gestion des problèmes économiques du monde. Ce forum élargi était le témoin de la nouvelle place des pays émergents.

Si ces Etats avaient su s’unir autour de leur commune volonté de changer le monde actuel, il restait encore le plus dur, s’entendre sur le monde de demain. Et c’est là que l’unité de façade a fait face aux rivalités qui sous-tendent les relations entre ces Etats. Après tout, trois d’entre eux (Chine, Inde et Russie) partagent des zones d’influence communes et ont des oppositions historiques les uns avec les autres. Chaque alliance est d’ailleurs examinée à l’aune de la lutte d’influence que se livrent ces trois puissances. Ce n’est donc pas un hasard si hormis la nomination d’un Brésilien à la tête de l’OMC et le cas syrien, les BRICS n’ont enregistré aucun succès diplomatique. Pire, à plusieurs reprises, les BRICS se sont ouvertement opposés les uns aux autres pour l’attribution de certains postes, favorisant des candidatures extérieures. De la Française Christine Lagarde reconduite à la direction du FMI au Portugais Antonio Guterres devenu Secrétaire général des Nations Unies, de nombreuses nominations ont été subies plutôt que choisies par les BRICS, preuve d’une influence moindre que ne leur donnerait a priori leur poids économique.

En parallèle, les BRICS ont tous connu des difficultés plus ou moins persistantes dans leur développement. L’Afrique du Sud comme le Brésil sont englués dans une crise politique sans fin, crise qui a fini par affecter l’économie du pays dans son ensemble. La Russie subit encore l’impact des sanctions prises à la suite de son annexion de la Crimée en 2014 (Récession en 2016). L’Inde et ses multiples stratifications connaît d’importants ralentissements dans sa croissance. Quant à la Chine, si elle redresse actuellement la barre, elle a connu une année 2016 compliquée. Surtout, ces Etats font face à de nombreux défis futurs, loin d’être résolus. La Russie connaît une démographie catastrophique, l’Inde a une pauvreté endémique, la corruption en Afrique du Sud et au Brésil est reine, la Chine fait face à une dette abyssale. De la réponse à ces défis dépendra le développement futur de ces pays.

Les BRICS devaient constituer les nouvelles fondations du nouvel ordre mondial. Ce n’est pas – encore – pour demain.


Voir aussi Quand la Chine tremblera, le monde s’éveillera et La Russie, un partenaire pour l’Union ?

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. cabanis dit :

    Merci à vous, je diverge sur un point : L’Inde et ses multiples stratifications connaît d’importants ralentissements dans sa croissance. A Cabanis

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s