Johnny Hallyday : à la recherche des grands Hommes

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(Panthéon – Paris, France – 2012)

La mort de l’« Elvis Presley français » (sic) a remué le cœur de nos concitoyens comme de nos politiques. L’émotion certainement jouant quelques tours à ces derniers, plusieurs d’entre eux ont osé des comparaisons hasardeuses, voire carrément grotesques.

Attention, il ne s’agit ni de nier la tristesse que beaucoup ont pu ressentir à la mort du chanteur ni de manquer d’empathie à l’égard de gens qui ont pu se sentir toucher par ce décès. Johnny Hallyday, qu’on l’aime ou non, était une star, une vraie, loin de tous ces chanteurs d’un soir à qui on attribue un peu vite ce qualificatif.

Pour autant, toute star étant, fallait-il comme la députée Aurore Bergé, dire que « l’émotion qui traverse le pays suite au décès de Johnny Hallyday sera comparable à celle qui a suivi le décès de Victor Hugo ? ». Je ne prétendrai certes pas deviner si le futur réservera le même accueil triomphal aux oeuvres musicales – voire cinématographiques – de Johnny Hallyday qu’à celles littéraires de Victor Hugo. Je ne me lancerai pas plus dans un concours d’équivalence entre les classiques de l’un et les hits de l’autre.

Néanmoins, c’étaient 2 millions de Français qui s’étaient réunis pour l’hommage national consécutif à son décès en 1885 – Paris comptant alors 2,2 millions d’habitants. Un record de personnes présentes qui tient toujours et que ni la Libération de Paris en 1944, ni la victoire à la Coupe du monde de football en 1998 ni la manifestation post-Charlie en 2015 n’ont atteint. Et ce n’est certainement pas un hasard. En effet, cette population hétéroclite ne s’était pas déplacée seulement pour l’auteur, mais aussi pour l’homme, qui fut de beaucoup de combats. Contre Napoléon III. Contre la peine de mort. Pour la liberté d’expression. Pour l’école.  Un homme qui fut condamné à l’exil et rentra en héros.

« Si l’on n’est plus que mille, eh bien, j’en suis ! Si même
Ils ne sont plus que cent, je brave encor Sylla ;
S’il en demeure dix, je serai le dixième ;
Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là ! » (V. Hugo, Les Châtiments)

Or, certains politiques ont poursuivi l’analogie avec Victor Hugo encore plus loin. Ainsi, le député européen Jérôme Lavrilleux, a proposé de panthéoniser Johnny, prétextant que « Et si pour une fois, une seule fois, l’homme a portée d’Homme rentrait au Panthéon ». Si, faire du chanteur, évadé fiscal, un homme du peuple tient de la paresse intellectuelle, que dire de l’idée en elle-même ?

Le plaisir d’imaginer la Ministre de la Culture Nyssen accompagner l’entrée de la star dans l’Eglise Sainte-Geneviève d’un « Entre ici, Jean-Philippe Smet » ne permettrait pas d’effacer le malaise de sa présence dans le Temple de la République ! Dans ce cénacle des grands Hommes, figurent quand même Voltaire, Jean-Jacques Rousseau, Jean Moulin, Emile Zola, Marie Curie et tant d’autres ! C’est bien le reflet de notre époque, où tout se vaut et où tout devient relatif. On ne sait plus différencier les réalisations des uns et des autres. La France vient à peine de lancer la panthéonisation de Simone Veil que certains veulent déjà lui coltiner Johnny Hallyday. Simone Veil, qui comme l’avait très dit Jean d’Ormesson le jour de son entrée au sein de l’Académie, est la représentation vivante des combats de notre devise : « la liberté des Hommes, l’égalité des femmes et la fraternité des peuples ».

Il suffit de regarder tous les absents du Panthéon pour comprendre l’inanité d’y adjoindre le chanteur. Montesquieu (voir La justice dans la séparation des pouvoirs), George Sand et Albert Camus par exemple n’ont toujours pas eu le droit à cet accueil. Ils ont pourtant marqué l’Histoire de notre pays. Que dire aussi de la sous-représentation des femmes dans cette enceinte alors que les prétendantes ne manquent pas ?

Il est vrai que la nature a horreur du vide. Les grands Hommes ont, semble-t-il, disparu. Ces phares au-dessus de la tempête, ces êtres engagés et combatifs. Simone Veil nous a quitté. Viendra un jour où Robert Badinter, certainement le dernier des politiques consensuels de la Ve République, partira. Et alors ? Qui nous restera-t-il ensuite ? Faudra-t-il un jour panthéoniser Zinedine Zidane pour avoir eu le courage de placer sa tête sur deux corners un soir de juillet parce qu’aucune autre grande figure n’émerge ?

En réalité, la question n’est pas « qui restera-t-il comme grands Hommes » mais « que restera-t-il de ces grands Hommes »  ? Une seule chose. La possibilité d’être à leur hauteur. Et c’est déjà un sacré défi, le nôtre.

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