Droit de vote : une limite d’âge ?

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(Soixante-huitards devant le Pain de sucre, Rio de Janeiro, Brésil – 2015 ;
Crédits : @annegaellon)

L’analyse des résultats du référendum britannique a fait ressortir particulièrement le poids des âges dans la vie politique. Les plus jeunes électeurs ont massivement privilégié le lien avec l’Union européenne, les plus vieux ont préféré l’aventure du Brexit.

Ce choix est assez paradoxal puisque le Brexit, le temps d’être effectif et de pleinement entré en vigueur, ne concernera plus une partie de ces électeurs-là. Ce sont leurs générations futures qui devront vivre dans cette situation.

Encore plus étonnant, les personnes âgées ont souvent bénéficié de la croissance des Trente Glorieuses qu’a accompagné l’Europe. Plus important, ce sont eux, les générations d’après-guerre qui connaissent mieux que quiconque la valeur de la paix. Néanmoins, nostalgiques parfois d’un passé idéalisé de leurs pays, ils refusent de voir le monde changer (voir La tentation du passé).

Dans nos sociétés en Europe, le poids électoral des personnages âgées est considérable. Il ne fait qu’augmenter avec l’accroissement de l’espérance de vie. Ainsi, en 2060, en France, un tiers des individus (et donc une part plus importante encore des électeurs) aura plus de soixante ans.

Pour autant, ne devrait-on pas limiter le droit de vote pour les plus âgés ?

Cette question peut apparaître brutale. Néanmoins, elle mérite d’être discutée, car elle ne concerne pas que le cas épisodique du référendum britannique de juin 2016, mais l’Europe des prochaines années.

En effet, nos sociétés sont confrontées à un défi sans précédent puisque pour la première fois, les plus jeunes ne sont plus le groupe majoritaire. Malgré la priorité affichée à la jeunesse par le Gouvernement français, nos politiques sont de plus en plus dirigées pour les personnes plus âgées. A cet égard, le fait n’est pas anodin que parmi les trente propositions de campagne de Nicolas Sarkozy en 2012 figure l’avancement du jour de paiement des retraites. De même, on peut constater que les différentes réformes de retraite concernent principalement les générations à venir, rarement les générations proches de le retraite, jamais celles déjà à la retraite.

Or, une société ne peut avancer, en se concentrant en priorité sur les générations qui s’en vont. Elle doit avoir à cœur de préparer le terrain pour les générations qui viennent.  S’il ne faut pas négliger les anciens, l’avenir d’un pays est porté par sa jeunesse. Dans un cas comme celui du référendum britannique, est-il logique que des personnes qui ne connaîtront pas ou peu les conséquences d’un Brexit puissent voter au détriment des personnes qui vivront dans une ère de Brexit sans avoir, pour les plus jeunes, eu voix au chapitre ?

Ce poids a d’ailleurs des répercussions sur les politiques publiques. L’épargne et la recherche de placements peu risqués ne cessent d’augmenter, limitant les possibilités de développement. La politique allemande dans la zone euro fait figure de cas d’école, avec une population attachée à l’épargne. L’ONU considère que la croissance pourrait être impactée de 30% en raison des conséquences du vieillissement sur le comportement des individus.

Ensuite, il s’agirait d’une mesure d’équité vis-à-vis de la jeunesse, par parallélisme. Les plus jeunes ne peuvent pas voter. Il paraît certes évident qu’un enfant de cinq ans ne puisse pas voter, n’étant pas encore capable de comprendre le monde qui l’entoure. Pourtant, passé un certain âge – relatif selon les individus -, il est difficile de dire que dix-huit ans est la barrière adéquate pour délimiter l’entrée dans le vote. Certaines jeunes sont engagés dans la vie politique et associative bien plus tôt. Pourquoi seraient-ils privés de vote ? On a choisi une barrière arbitraire, une sorte de moyenne de l’entrée dans l’âge de l’adulte. Peut-être conviendrait-il alors d’instaurer la même barrière une fois passé un certain âge ?

Enfin, certaines personnes âgées ne sont tout simplement plus à même de voter. La maladie d’Alzeihmer touche de plus en plus de personnes, d’autres maladies privent de discernement une partie de cette classe d’âge. Ne devrait-on pas s’assurer que les personnes qui votent le peuvent encore ? Après tout, à intervalles réguliers, une vérification pour la conduite est organisée.

A tout le moins, il paraît aujourd’hui nécessaire de limiter l’âge de nos élus. Puisque pour certaines élections, un âge supérieur à la majorité électorale est encore exigé, il faudrait instaurer un âge limite à partir duquel on ne peut plus se présenter. Passer un certain âge, on n’est plus à même de diriger aux aspirations d’un pays, au futur d’une nation. A cet égard, le Sénat se caractérise par un conservatisme impropre à la vie démocratique de notre pays et nécessitera une importante réforme de ses modalités d’élection (voir Elections au Sénat : à quand la révolution de Palais ?). En attendant, un collège partagé entre septuagénaires et octogénaires ne devrait pas avoir autant de pouvoirs.

Le droit de vote est un droit réservé depuis toujours à certaines catégories. Limiter ce droit pour les plus âgés devrait au moins être étudié.


Sur le droit de vote, voir La gauche et le droit de vote des étrangers : un rendez-vous manqué

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Étrange dit :

    La proposition est pour le moins incongrue, notamment en termes de représentativité.

    Gardons à l’esprit aussi que le « problème » que vous décrivez est amplifié par la faibles participations des plus jeunes aux diverses échéances électorales.

    Je trouve par contre amusant que vous trouviez étonnant que les séniors soient (au moins dans le cas anglais) plus eurosceptiques.

    Contrairement aux populations de moins de 30 ans (comme moi) on ne leurs répète pas à l’envie que l’UE c’est la paix depuis leurs plus tendre enfance.

    Sur le volet des 30 glorieuses, d’une part elles n’ont pas concernées que les pays de l’UE mais dans le cas particulier du Royaume Uni elles ont mêmes eu lieu avant son entrée. Difficile donc pour eux de tracer une quelconque parallèle.

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