Primaires ouvertes : rétrospective

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(Tee-shirt collector – Affaire de l’EPAD)

Il y a un an, François Fillon écrasait le premier tour des Primaires de la Droite et de la Centre, faisant alors de lui le candidat « naturel » de son camp et le potentiel vainqueur de la Présidentielle 2017.

Son échec retentissant le 23 avril, couplé à la déconfiture de Benoît Hamon, lui-aussi vainqueur de primaires, cette fois au Parti socialiste, ont poussé de nombreux commentateurs à vouer aux gémonies le système des primaires (par exemple, sur Slate, ici). Surtout, que dans le même temps, Emmanuel Macron, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, sans être formellement investis par des militants, triomphaient dans les urnes.

Or, la non-qualification au second tour des deux grands partis de Gouvernement ne doit rien à ce pré-processus électoral. Elle est à la conséquence d’éléments extérieurs qu’il convient de bien saisir pour ne pas se tromper dans les raisons de la défaite de ces candidats.

Il était certes tentant de réaliser comme certains politiques l’ont fait des procès pour se défausser de leurs propres responsabilités, voire à préparer les futures échéances à venir. A cet égard, l’opposition envers les primaires est parfois dû à leur propre incapacité à obtenir une approbation plus générale que celle des militants. Ce n’est pas un hasard si Nicolas Sarkozy avait longtemps été réticent à leur mise en place. On retrouve d’ailleurs une même réticence chez Laurent Wauquiez.

Pour rappel, les primaires ouvertes permettent à tout Français intéressé, moyennant une participation modique et la signature d’une charte d’apparat, de contribuer à la désignation du candidat d’un ou plusieurs partis à l’élection présidentielle. L’ouverture de ce processus à d’autres cercles que les militants a ainsi contribué à renforcer la légitimité du candidat désigné. Il n’est pas interdit de penser que sans ce processus, jamais François Hollande n’aurait été élu Président de la République. Les primaires du Parti socialiste en 2011 ont permis de crédibiliser sa candidature, favorisé par la forte participation.

Alors, pourquoi François Fillon et Benoît Hamon n’ont-ils pas bénéficié du même effet primaire ?

Les causes diffèrent pour l’un et pour l’autre.

Pour François Fillon, c’est une affaire personnelle qui a entamé la victoire annoncée de ce candidat. En effet, sans l’affaire Penelope Fillon – l’emploi à caractère fictif ou non de sa femme comme collaboratrice parlementaire -, il est fort probable que François Fillon serait l’actuel Président de la République. Jusqu’à cette affaire, il était – et de loin – le favori des sondages. Ce n’est donc pas aux primaires que doit être imputé cet échec, mais au jusqu’au-boutisme d’un homme et de ses soutiens désireux de prouver, envers et contre tout, sa bonne foi (Le Monde décrit très bien cet entêtement irrationnel ici).

Pour Benoît Hamon, il me semble que les Primaires ont justement contribué à légitimer sa candidature. Il était d’ailleurs crédité alors d’un honorable 12% dans les instituts de sondage. Son décrochage est survenu plus tard. Il a certes été affecté par la déliquescence du Parti socialise à laquelle il a contribué (voir Parti socialiste : l’heure du glas ? ). Mais, cette baisse a aussi traduit des difficultés de communication autour de son projet (et notamment de son idée phare de revenu universel). Plus qu’une trahison de ses pairs, c’est une fuite des électeurs tentés vers les deux figures du spectre de gauche, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. D’ailleurs, ce dernier doit en partie son bon score à Emmanuel Macron, qui a contribué à polariser les électeurs les plus à gauche et à les détourner de Benoît Hamon vers Jean-Luc Mélenchon.

Dès lors, il serait éminemment regrettable que les primaires ouvertes pâtissent de ce double échec. Elles ont constitué un indéniable progrès pour améliorer l’intermédiation des partis politiques entre le pouvoir et les citoyens.


Sur la thématique des Partis et hommes politiques, voir aussi Election présidentielle 2017 : tous gaullistes ? et Au nom du peuple : le mythe d’une fiction.

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